CHAPITRE XLIII – Contre une science vaine et laïcisee
Voir note Mgr Puyol observe que, parmi toutes les réflexions auxquelles ce chapitre a donné lieu, il n'a point rencontré «un seul fragment qui se rapporte au sujet traité», c'est-à-dire l'opposition entre la voie des doctes et des savants qui acquièrent la science théologique par leurs propres efforts, naturels et rationnels, et arrivent «à la connaissance du Créateur par l'intermédiaire de syllogismes», et la voie mystique «qu'enseigne Denys, suivi par une nombreuse et sainte école», où l'oraison, vous mettant en contact avec Dieu, vous infuse surnaturellement la véritable Théologie mystique au sens strict.
I
1 Le Verbe : Mon fils, que les belles et subtiles paroles des hommes ne t’émeuvent pas, car le Royaume de Dieu n’est pas dans les discours mais dans la vertu. I Cor., IV, 20.
2 Sois attentif à Mes paroles qui enflamment les cœurs et illuminent les esprits, entraînent à la componction et versent toutes sortes de consolations.
3 Ne lis jamais un mot pour paraître plus savant ou plus sage, mais applique-toi à mortifier tes vices, car cela t’avancera davantage que de connaître un grand nombre de questions difficiles.
II
4 Après avoir beaucoup lu, connu la multiplicité , il te faudra toujours multa cognoveris : «l'innombrable intelligence» du Serpent, dira Paul Valéry. revenir à l’Unique Principe.
5 C’est Moi qui enseigne à l’homme et accorde aux petits enfants une intelligence Ps., XCIII, 10 ; Ps., CXVIII, 130. des choses plus claire que celle qui peut être enseignée par les hommes.
6 Celui à qui je parle sera vite sage et avancera beaucoup dans la vie spirituelle.
7 Malheur à ceux qui interrogent les hommes sur beaucoup de choses curieuses et se soucient peu du moyen de Me servir.
8 Viendra le temps où le Maître des maîtres, le Christ, Seigneur des anges, apparaîtra pour entendre les dires de tous, c’est-à-dire pour examiner la conscience de chacun ; et alors Jérusalem Dans l'Écriture Sainte, «Jérusalem» désigne souvent l'âme. sera scrutée la lampe à la main, les secrets des ténèbres seront manifestés Coloss., III, 4 ; Sophon., I, 12 ; I Cor., IV, 5. et les langues habiles à argumenter se tairont.
III
9 Moi, J’élève en un instant l’esprit humble afin qu’il comprenne plus de raisons de l’éternelle Vérité qu’en dix ans d’études dans les écoles . Il s'agit ici d'une grâce de Lumière instantanée et consécutive à l'union pleine, ainsi caractérisée par sainte Thérèse d'Avila dans le Château, cinquièmes Demeures, chap. I :
10 Moi, J’enseigne sans fracas de paroles, sans confusion d’opinion, sans faste honorifique, sans conflit d’arguments . L'auteur évoque ici les fameuses disputes ou quolibet de la scolastique qui, valables en certains cas, contre les hérésies, troublent les consciences en ne faisant reposer la Vérité, qui est Dieu, que sur des argumentations rationnelles. «L'apologétique n'a jamais converti personne» s'exclame un professeur d'apologétique au début de son cours.
11 Moi, J’enseigne à mépriser le terrestre, à dédaigner ce qui passe, à chercher et à savourer l’éternel, à fuir les honneurs, à supporter les scandales, à mettre en Moi toute espérance, à ne rien désirer hors de Moi et à M’aimer ardemment par-dessus tout.
IV
12 Quelqu’un qui M’aimait intimement a appris des choses divines et en parlait à merveille . Nous sommes un peu étonné de toutes les suppositions étranges des commentateurs ! Chaque fois qu'un mystique dit : quelqu'un, une personne qui... il s'agit de lui, tout simplement.
13 Il est plus profitable de tout quitter que d’étudier des subtilités.
14 Mais aux uns, Je parle le langage commun, aux autres, un langage spécial . Le langage commun utilise des signes verbaux, paroles intérieures distinctes. C'est le langage humain par bruit de paroles, tandis que des lumières infuses sont infusées dans la fine pointe, le sommet de l'ut intellectus et peuvent se traduire par la suite en langage humain.
15 A quelques-uns, J’apparais doucement en signes et en figures, tandis La douce apparition se rapporte aux songes fréquents dans l'Ancien Testament, plus doux que les apparitions à l'état de veille ou extatique. Évoquons-en un, généralement non cité, que nous extrayons de la Cause de Béatification de Thérèse de l'Enfant-Jésus, par Mgr Roger de Teil (Desclée de Brouwer, 1911). Thérèse l'eut quatre mois avant sa mort (30 septembre 1897) : qu’à d’autres Je révèle une foule de mystères Dan., II, 28. dans une grande lumière. La douce apparition se rapporte aux songes fréquents dans l'Ancien Testament, plus doux que les apparitions à l'état de veille ou extatique. Évoquons-en un, généralement non cité, que nous extrayons de la Cause de Béatification de Thérèse de l'Enfant-Jésus, par Mgr Roger de Teil (Desclée de Brouwer, 1911). Thérèse l'eut quatre mois avant sa mort (30 septembre 1897) :
16 Les livres n’ont qu’une voix, mais n’instruisent pas tous également, parce qu’à l’intérieur je suis le Docteur de Vérité, qui scrute les cours, pénètre les pensées, provoque les actes, distribuant à chacun selon que je juge Joan., XVI, 13 ; I Paral., XXVIII, 9. convenable . La compréhension des Écritures et de tout texte traitant de Dieu ne vient pas de l'intelligence ou de la science du lecteur, mais de ce que le Docteur intérieur lui découvre. Cela seul explique certains aveuglements incompréhensibles chez de grands savants, lorsqu'ils traduisent les Pères du Désert ou saint Jean de la Croix, par ex. C'est Dieu qui donne tout et surtout l'intelligence (cf. plus haut, chap. II, note 735 du vers. 7).