CHAPITRE XL – Que l’homme ne possede, de lui-meme, rien de bon et ne peut se glorifier de rien
I
1 Le Disciple : Seigneur, qu’est l’homme pour Te souvenir de lui ou le fils de l’homme, pour que Tu le visites ? Ps. VIII, 5.
2 En quoi l’homme a-t-il mérité que Tu lui donnes Ta grâce ?
3 Seigneur, de quoi puis-je me plaindre si Tu m’abandonnes ou que puis-je réclamer en bonne justice Gen., XLIV, 16. si Tu ne fais pas ce que je Te demande ?
4 Voici ce que je puis, certainement, penser et dire, en vérité : Seigneur, je ne suis rien, je ne peux rien ; de moi-même je ne possède rien de bien, mais je suis défaillant en tout et tends toujours au néant.
5 Et si Tu ne m’assistes et ne m’informes intérieurement je deviens tout à fait tiède et relâché.
II
6 Toi Seigneur, Tu es toujours Toi, le même, et Tu demeures éternellement, toujours bon, juste et saint, faisant bien, justement et saintement, toutes choses, et les disposant avec sagesse. Ps., CI, 13, 28 ; Sap., XII, 15.
7 Mais moi, qui suis plus enclin au recul qu’à l’avancement, je ne demeure pas toujours dans un seul état, parce que sept temps ont passé au-dessus de moi. Dan., IV, 13.
8 Cependant, tout va aussitôt mieux dès qu’il Te plaît et que Tu me tends une main secourable, car Toi seul, sans l’aide de l’homme, Tu peux m’assister et si bien m’affermir que je ne change plus de visage en diverses occasions, I Reg., I, 18. mais que mon cœur se tourne vers Toi et se repose en Toi seul.
9 C’est pourquoi si je savais bien rejeter toute consolation humaine, soit pour acquérir la dévotion, soit en raison de la nécessité qui me pousse à Te I Reg., I, 18. chercher (car ce n’est pas l’homme qui me consolera) alors je pourrais à bon droit espérer Ta grâce et exulter du don d’une consolation nouvelle.
IV
10 A Toi de qui tout vient, je rends grâce chaque fois que j’ai bien réussi !
11 Pour moi, je suis vanité, un rien en Ta présence, un homme Ps., XXXVIII, 6, 7. inconstant et infirme.
12 De quoi donc puis-je me glorifier et pourquoi désirer être estimé ?
13 Serait-ce de mon néant ? Ce serait le comble de la vanité.
14 Vraiment la présomption de gloire est une mate peste, la pire vanité parce qu’elle écarte de la vraie gloire et dépouille de la grâce du ciel.
15 Aussi longtemps, en effet, que l’homme se complaît en lui-même, il Te déplaît ; aussi longtemps qu’il aspire à pleine bouche les louanges humaines, il se prive de véritables vertus.
V
16 C’est en effet la vraie gloire et la sainte exultation de se glorifier en Toi non en soi, de se réjouir en Ton Nom et point en sa vertu propre, de ne pas se complaire en aucune créature si ce n’est par amour pour Toi.
17 Que Ton Nom soit loué non le mien ; que Ton œuvre soit exaltée, non la mienne ; que Ton saint Nom soit béni Ps., CXII, 1 ; Ps., XCI, 6 ; Ps., CXII, 2. , et qu’il ne me soit rien attribué des louanges des hommes ! Quelle curieuse prière... que Mgr Puyol admire ! Ce ne peut être que celle d'un progressant qui n'a pas encore compris véritablement les rapports Créateur-créature. Qu'il fait bon relire le Magnificat où Marie exprime la pure attitude de l'âme qui reçoit tout :
18 Tu es ma gloire, Tu es l’exultation de mon cœur. Ps., III, 4 ; Ps., CXVIII, 111.
19 Je me glorifierai en Toi et j’exulterai tout le jour, mais non en moi sinon en mes infirmités Ps., LXXXVIII, 17 ; II Cor., XII, 5. .
VI
20 Que les Juifs cherchent la gloire qu’on se renvoie les uns aux autres, moi je ne recherche que celle qui vient de Dieu seul. Joan., V, 44.
21 A la vérité, toute gloire humaine, tout honneur temporel, toute grandeur mondaine, sont vanités et folies, comparés à Ta gloire éternelle.
22 O ! Ma Vérité et ma Miséricorde, mon Dieu, Trinité bienheureuse ! A Toi seul louange, vertu, honneur et gloire, pendant des siècles infinis de siècles. Ps., LVIII, 18 ; I Tim., I, 17.