CHAPITRE IV – Qu’il faut vivre dans la verite et l’humilite en la presence de Dieu

Voir note Il faut marcher devant le Père en la Vérité qui est le Verbe de Dieu (Lui-même l'affirme au verset 7). Il ne s'agit nullement d'une vérité avec un petit «v», mais de la Vérité-Fils. Elle est précisément l'Humilité même. Comme l'a montré S. Denys l'Aréopagite, Dieu est à la fois le plus grand et le plus petit. Nous sommes toujours ramenés à la vie intérieure du Christ faite de vérité et d'humilité.

I

1 Le Verbe : Mon fils, marche en Ma présence dans la Vérité, et cherche-Moi toujours dans la simplicité de ton cœur Gen., XVII, 1 ; III Reg., II, 4 ; Sap., I, 1. «Marche en Ma présence et sois parfait.» C'est le type même de la parole substantielle, comme l'observe Jean de la Croix : «Aussitôt Abraham fut parfait et marcha toujours à la vue de Dieu. Tel est le pouvoir de la parole [de Dieu] en l'Évangile, dont Il guérissait les malades et ressuscitait les morts... en parlant seulement» (Montée du Mont Carmel, II, chap. XXXI). .

2 Qui marche en Ma Présence, dans la Vérité, *sera protégé contre les assauts du mal et la vérité le délivrera des séducteurs Sap., X, 12. et des médisances des injustes.

3 Si la Vérité te délivre, tu seras vraiment libre Joan., VIII, 36. et n’auras point souci des vaines paroles des hommes.

II

4 Le Disciple : Seigneur, ce que Tu dis est vrai. Qu’il en soit ainsi avec moi, je T’en supplie.

5 Que Ta vérité m’enseigne Ps., XXIV, 5. , qu’Elle me garde et me conserve jusqu’au salut final.

6 Qu’elle me délivre de toute affection mauvaise et de toute inclination désordonnée ; et je marcherai avec Toi dans une grande liberté de cœur.

III

7 Le Verbe : Je t’enseigne, Moi, (dit la Vérité), ce qui est droit et agréable à Mes yeux I Joan., III, 22. .

8 Pense à tes péchés avec grand déplaisir et tristesse et n’estime jamais être quelque chose à cause de tes bonnes œuvres.

9 En réalité, tu es pécheur, enchaîné et pris dans les replis de beaucoup de passions.

10 De toi-même, tu ne peux jamais parvenir qu’au néant, et tu glisses vite, et tu seras vite vaincu, vite troublé et vite détruit.

11 Tu n’as rien dont tu puisses te glorifier, mais beaucoup de choses où tu doives t’abaisser, car tu es bien plus fragile que tu n’es en mesure de le comprendre.

IV

12 Qu’en tout ce que tu fais, rien donc ne te semble grand, rien considérable, rien précieux ni admirable, que rien ne t’apparaisse digne d’examen, que rien ne te semble haut, rien vraiment louable et désirable, sauf ce qui est éternel.

13 Que l’éternelle Vérité te plaise par-dessus tout.

14 Que ton extrême bassesse te déplaise toujours Ce point de vue ascétique d'humilité acquise n'est évidemment pas tout à fait exact, car c'est grâce à notre «in-existence» et notre «in-capacité» (sauf de creuser le mal) que nous devons l'infinie miséricorde de Dieu. «Là où le péché abonde, la grâce surabonde» (Rom., V, 20). Comment pourrions-nous perdre notre temps à nous regarder nous-même dans notre bassesse... au lieu de nous tourner uniquement vers l'immensité d'Amour de Dieu ? .

15 Que tu ne craignes rien, ne blâmes rien et ne fuies rien tant que tes propres vices et tes propres péchés, qui doivent te déplaire plus que n’importe quelle perte temporelle.

16 Quelques-uns marchent en Ma présence, non avec sincérité Tob., III, 5. mais poussés par une certaine curiosité et prétention ; ils veulent connaître Mes secrets et pénétrer les profondeurs de Dieu, en se négligeant, eux et leur propre salut.

17 Ceux-là glissent souvent en de grandes tentations, et de grands péchés, à cause de leur orgueil et curiosité, parce que je M’oppose à eux.

V

18 Crains les jugements de Dieu, aie grand peur de la colère du Tout- Puissant II Mach., VII, 38. .

19 Ne discute pas les œuvres du Très Haut Eccli., III, 22 ; Eccli., XI, 4. , mais examine tes propres iniquités, combien de fois tu as commis de fautes et combien de fois tu as omis le bien.

20 D’aucuns mettent seulement leur dévotion dans les livres, d’autres dans des images, d’autres encore dans des signes extérieurs et des symboles.

21 D’aucuns même M’ont sur les lèvres, mais guère dans leur cœur.

22 Tout autres sont ceux qui, illuminés d’intelligence et purifiés d’affection, halètent sans cesse semper anhelant : halètent sans cesse, traduit bien les «élévations», «aspirations» continuelles de la prière perpétuelle, comme collée à la respiration. vers les demeures éternelles, entendent avec peine parler des choses de la terre et ne se soumettent qu’avec regrets aux nécessités de la nature.

23 Ceux-là éprouvent ce qu’en eux dit l’Esprit de Vérité Joan., XVI, 13 ; Mattl., X, 20. ,

24 Qui leur enseigne à mépriser les biens de la terre et à aimer ceux du ciel, à négliger le monde et à désirer sans arrêt, jour aussi bien que nuit, le Ciel…