CHAPITRE XXXIII – De l’instabilite du cœur et de la supreme elevation vers Dieu
Voir note Nous retrouvons ce mot d'intention dont les traducteurs ont tous, à notre connaissance, négligé le sens technique issu de la prière des Pères du Désert (cf. Op. I, chap. XVIII, note 267 du vers. 7). L'intentionc'est ce qui permet de tendre librement à Dieu (liber intendere divinis) lisons-nous au verset 6 du chap. XXXI de l'Op. IV.
I
1 Le Verbe : Mon fils, ne te fie pas à ton humeur ; celle de ce moment-ci se changera vite en une autre.
2 Tant que tu vis, tu es sujet à changement, même involontaire Rom., VIII, 20. ; tu te trouveras tantôt gai tantôt triste, tantôt apaisé tantôt troublé, tantôt dévot tantôt non, tantôt appliqué tantôt languide , tantôt sérieux tantôt léger. L'acedia est une sorte de dégoût de l'âme, d'où langueur et paresse dans les exercices spirituels.
3 Mais au-dessus de ces changements, l’homme sage et bien instruit de la vie spirituelle reste ferme sans prêter attention à ce qu’il éprouve en lui- L'auteur oppose ici l'attention, qui se tourne vers le monde visible, à l'intention qui pénètre en Dieu. même, ni de quel côté souffle le vent de l’instabilité, mais vise à ce que son élan d’esprit parvienne à la fin désirée qui lui est due.
4 Il pourra ainsi, en effet, demeurer un et le même, inébranlable en l’œil simple Matth., VI, 22 ; Luc., XI, 34. de son intention dirigée sur Moi sans interruption au milieu de tant d’événements divers.
II
5 Plus l’œil de l’intention est pur, plus on marche avec constance au travers des tempêtes de toutes sortes.
6 Mais la pureté de l’œil s’obscurcit en maintes occasions.
7 Car il se retourne vire en effet sur quelque chose de délicieux qui se présente ; on rencontre rarement quelqu’un qui soit totalement libre de la macule de sa propre recherche . La grande, la seule difficulté du maintien perpétuel des élans monologiques vers Dieu, est leur monotonie ; l'esprit se laisse aller à des divagations, sentiments, discours beaucoup plus agréables pour lui. La pureté de l'élancement par œillade s'obscurcit dès qu'il y a recherche de l'agréable dans l'exercice spirituel. L'auteur ne parle pas ici de tentations du monde.
8 Ainsi les Juifs vinrent autrefois à Béthanie, chez Marthe et Marie, non tant à cause de Jésus mais pour voir Lazare Joan., XI, 19 ; Joan., XII, 9. .
9 Il faut donc purifier l’œil de l’élan d’esprit, afin qu’il soit simple et droit, et le diriger vers Moi par delà tous les objets qui s’interposent.