CHAPITRE XXXII – De l’abnegation de soi-meme et de l’abdication de toute cupidite

I

1 Le Verbe : Mon fils, tu ne peux posséder parfaitement la liberté si tu ne fais totalement abnégation de toi-même Matth., VI, 24. .

2 Ils ont des fers aux pieds, tous les propriétaires, ceux qui s’aiment eux-mêmes, les cupides, les curieux, les gyrovagues Curieux : selon Denys, ce sont ceux qui disputent sur la science des êtres ou les sciences du monde ; ils se livrent à des discussions subtiles soumettant la foi à la raison. On dirait, de nos jours, les théologiens rationalistes. Denys range les curieux parmi les «auditeurs inaptes» à entendre la Sagesse divine. Gyrovagues : D'après la règle de saint Benoît, ce sont des moines vagabonds qui, «pendant toute leur vie, vont chercher l'hospitalité à travers diverses provinces, pour trois ou quatre jours, dans des monastères différents, toujours vagabonds, jamais stables, serviteurs de leur propre volupté et des plaisirs de la bouche...» De nos jours, ce genre de vagabondage est d'ordre intellectuel (dialectique) et d'ordre volontaire (activisme). recherchant toujours leurs aises et non ce qui est de Jésus-Christ. Souvent ils forgent et II Tim., III, 2 ; Phil., II, 21. combinent au contraire ce quine saurait durer.

3 Car tout périra, qui n’est pas né de Dieu.

4 Retiens cette maxime brève mais parfaite Rom., IX, 28. : “Laisse tout et tu trouveras tout. Abandonne la passion et tu obtiendras le repos .” Abdicatio : l'abdication de la cupidité – mentionnée dans le titre – est au contraire le détachement de la créature qui peut être : soi-même ou le prochain.

5 Approfondis cela en ton esprit et, quand tu l’auras nus en pratique, tu comprendras toute chose.

II

6 Le Disciple : Seigneur, cela n’est point l’œuvre d’un seul jour*, ni jeu I Esdr., X, 13. d’enfant ; au contraire, cette brève sentence renferme toute la perfection des religieux.

III

7 Le Verbe : Mon fils, tu ne dois pas te détourner, ni être abattu, aussitôt que tu entends parler de la voie des parfaits, mais te stimuler davantage à monter plus haut ou, du moins, y aspirer de tous tes désirs.

8 Je souhaiterais que tu en sois là et parvenu à ce point où tu ne t’aimes plus toi-même, mais où tu es pure attente du moindre signe de Ma part, ainsi que du père spirituel à qui je t’ai confié. Alors tu Me plairais fort et toute ta vie se passerait dans la joie et la paix.

9 Tu as encore mille choses à abandonner et, si tu ne Me les résignes pas entièrement, tu n’obtiendras pas ce que tu demandes.

10 Je te conseille, pour devenir riche, de M’acheter l’or affiné au feu, Apoc., III, 18. c’est-à-dire la sagesse céleste qui foule aux pieds tout ce qui est ici-bas.

11 Mets bien au-dessous d’elle la sagesse de la terre et toute complaisance en toi et dans les hommes.

IV

12 Je l’ai dit : Il te faut acheter le plus humble au prix de ce qui est précieux et élevé dans les choses humaines.

13 Car la vraie sagesse céleste semble mesquine et sans valeur, presque mise en oubli elle n’a point de très hauts sentiments d’elle-même, et ne cherche pas à se glorifier sur la terre Rom., XII, 16 ; Ps., X, 18. bien que beaucoup la prêchent, de bouche seulement, tandis que leur vie la dément de très loin.

14 C’est pourtant la perle précieuse, cachée à la multitude. Matth. XIII 46.