CHAPITRE XX – De l’aveu de notre propre faiblesse et des miseres de cette vie

Voir note Ce chapitre n'appartient pas au manuscrit de Lubeck.

I

1 Le Disciple : Je confesserai contre moi mon injustice*, je Te confesserai, Seigneur, ma faiblesse. Ps., XXXI, 5.

2 Souvent, un rien m’abat et m’attriste.

3 Je me propose d’agir avec force, mais dès qu’une faible tentation survient, elle produit en moi grande anxiété.

4 Parfois, c’est d’une chose bien insignifiante que provient une pénible tentation ; quand je me crois tant soit peu bien gardé et que je n’y pense pas, un léger souffle survient plus d’une fois, qui me terrasse presque complètement.

II

5 Vois donc, Seigneur, ma bassesse Ps., XXIV, 18 et CXVIII, 153. et ma fragilité que Tu remarques partout.

6 Aie pitié de moi, retire-moi de la boue, de peur que je ne m’y enfonce Ps., LXVIII, 15. et ne demeure abattu en toute occasion.

7 Cela m’écarte souvent de Toi et me confond devant Toi d’être si chancelant et si fragile pour résister à mes passions.

8 Et si je ne vais pas tout à fait jusqu’à y consentir, néanmoins leur acharnement me tourmente et me pèse, et j’ai grand dégoût de vivre ainsi chaque jour aux prises avec elles.

9 Tout cela me fait connaître ma faiblesse, car les imaginations m’envahissent toujours beaucoup plus facilement qu’elles ne me quittent.

III

10 Qu’il Te plaise, très puissant Dieu d’Israël, jaloux des âmes fidèles, de Te tourner vers la fatigue et la douleur de Ton serviteur et de l’assister en tout ce qu’il poursuivra Gen., XXXIII, 20 ; Ps., IX, 14 ; Jos., I, 9. !

11 Fortifie-moi d’une énergie céleste, afin que ne puisse dominer le vieil homme I Reg., II, 9 ; Rom., VI, 6. – cette misérable chair que mon esprit n’a pas pleinement soumise – cet adversaire qu’il faut combattre aussi longtemps que l’on respire en cette misérable vie.

12 Hélas ! Qu’est-ce que cette vie, où ne cessent ni tribulations, ni misère, où tout est plein de pièges Ps., LVI, 7 ; Ps., CXL, 9. et d’ennemis ?

13 Car à peine une tribulation ou une tentation s’est retirée qu’une autre lui succède, et pendant que le premier conflit dure encore, plusieurs autres surviennent à l’improviste Pour une fois, Lamennais – homme au visage déchiré s'il en fut – glose pertinemment : «Que sont les épreuves qui nous viennent du dehors, comparées à celles que nous trouvons au dedans de nous-même ? On résiste aux premières avec toutes ses forces ; elles sont divisées dans les secondes et les puissances de l'âme se combattent mutuellement, combat terrible...» Mais il n'y a pas à être «humilié de cette guerre honteuse» car cela prouve tout simplement que l'homme qui en est humilié ne s'est pas encore rendu compte qu'il était un abîme de misère ! Il n'y a pas à être humilié, comme le croyait Nietzsche... de ne pas être Dieu ! .

IV

14 Comment peut-on aimer une vie qui a tant d’amertume et qui est sujette à tant de calamités et de misères ?

15 Comment même peut-on appeler vie ce qui engendre tant de morts et de fléaux ?

16 Cependant, beaucoup aiment cette vie et cherchent à s’y délecter.

17 On reproche souvent au monde d’être trompeur et vain, cependant on ne l’abandonne pas facilement tant que dominent trop les convoitises de la chair.

18 Certaines choses portent à l’aimer, d’autres à le mépriser.

19 Portent à l’amour du monde la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie I Joan., II, 16. ; tandis que les peines et les justes misères qui s’ensuivent enfantent la haine et le dégoût du monde.

V

20 Cependant, (ô douleur) la délectation mauvaise triomphe de l’esprit adonné au monde et elle songe qu’il est délicieux Job, XXX, 7. d’être sous l’empire des sens parce qu’elle n’a ni connu ni goûté la suavité de Dieu nec vidit, nec gustavit. Ni vu intellectuellement, ni goûté par la volonté. et le charme tout intime de la vertu.

21 Ceux qui méprisent parfaitement le monde et s’appliquent à vivre pour Dieu sous une sainte discipline, ceux-là n’ignorent pas la divine douceur promise aux vrais renonçants, et ils voient plus clairement combien le monde s’égare lourdement et se trompe de toute manière.