CHAPITRE XIV – Qu’il faut considerer les secrets jugements de Dieu pour ne pas nous enorgueillir en
NOS BONNES ŒUVRES
I
1 Le Disciple : Tu fais tonner sur moi Tes jugements, Seigneur, et Tu secoues tous mes os de crainte et de tremblement Jean de la Croix prend dans son sens fort et total «la crainte et le tremblement» ; il commente ce passage de Job, IV, 12, 16 pour exposer l'horripilation et les frissons qui saisissent les mystiques dans un contact direct avec le Sacré. Parfois même, dans le cas de ravissements violents, chez un mystique dont le corps n'est pas encore habitué, il s'ensuit une dislocation des os. (Cf. Cantique spirituel, Str. XIV, v. 5) , et Tu épouvantes fortement mon âme Ps., CXVIII, 120 ; Job, IV, 14. .
2 Je reste frappé d’étonnement et considère que, en face de Toi, les cieux ne sont pas purs Job, XV, 15. .
3 Si Tu as trouvé la corruption dans tes anges, et ne les as pas épargnés Job, IV, 18 ; II Petr., II, 4. , qu’aviendra-t-il de moi ?
4 Les étoiles sont tombées du ciel Apoc., VI, 13. , et moi, poussière, que puis-je prétendre ?
5 Ceux dont les œuvres apparaissaient louables sont tombés au plus bas, et ceux qui mangeaient le pain des anges, je les ai vus se délecter aux glands des pourceaux Ps., LXXVII, 25 ; Luc., XV, 16. .
II
6 Il n’y a donc nulle sainteté si Ta main, Seigneur, se soustrait ?
7 Nulle sagesse ne profite, si Tu cesses de la gouverner.
8 Nulle force n’aide, si Tu cesses de la conserver.
9 Nulle chasteté n’est sûre, si Tu ne la protèges pas.
10 Nulle garde de soi-même ne profite si Ta vigilance sacrée s’en va.
11 Car abandonnés, nous sombrons et nous périssons.
12 Mais visités, nous vivons et nous relevons.
13 Sans doute nous sommes instables mais par Toi affermis, tièdes mais par Toi embrasés.
III
14 O ! que je dois me sentir moi-même humble et abject !
15 S’il me semble avoir quelque chose de bon, que je dois le tenir pour rien !
16 O ! Seigneur, que je dois me soumettre profondément à Tes jugements insondables Ps., XXXV, 7. Abyssalis : abyssal, insondable, vient de abyssus : abîme, c.-à-d. une profondeur insondable dont les mystiques ont fait un attribut de Dieu. L'opposition du néant : 0 (zéro) à l'abîme : +∞ n'est point parfaite. Bien meilleure est cette invocation que Jésus faisait répéter à Marie des Vallées : en lesquels je ne me trouve être rien d’autre que néant et encore néant !
17 O ! poids [d’amour] immense ! mer infranchissable où je ne retrouve rien de moi, qu’un néant dans le Tout.
18 Où peut donc se cacher la gloire ? Où se confier la vertu ?
19 Toute vaine glorification est absorbée dans la profondeur de Tes jugements sur moi.
IV
20 Qu’est toute chair à Ton regard ? L’argile peut-elle se glorifier en face de celui qui la façonne ? I Cor., I, 29 ; Is., XLV, 9 ; Rom., IX, 20 et alibi.
21 Comment peut-il s’élever en de vains discours, celui dont le cœur est véritablement soumis à Dieu ?
22 Le monde entier ne sait grandir celui que la Vérité S’est soumise, et toutes les louanges des lèvres ne sauraient ébranler celui qui a affermi toute son espérance en Dieu.
23 Car ceux mêmes qui parlent, les voici tous néant ; ils s’évanouiront en effet avec le bruit des mots.
24 Mais la Vérité du Seigneur demeure éternellement ! Ps., CXVI, 2.