CHAPITRE XIII – Qu’il faut obeir, en humble soumission, a l’exemple de jesus-Christ
I
1 Le Verbe : Mon fils, qui s’efforce de se soustraire à l’obéissance se soustrait lui-même à la grâce, et qui cherche des avoirs particuliers perd le bien commun.
2 Qui ne se soumet pas librement et spontanément à son supérieur a la preuve que sa chair ne lui obéit pas encore parfaitement, mais qu’elle regimbe souvent et murmure.
3 Apprends donc à te soumettre rapidement à ton supérieur si tu souhaites dompter ta propre chair.
4 Car l’ennemi du dehors est plus vite vaincu si l’homme intérieur n’a pas été détruit.
5 Ton âme n’a pas de plus dangereux et pire ennemi Tob., XII, 10. que toi-même envers toi-même, non en parfait accord avec ton esprit.
6 Il convient, en tout, d’endosser le vrai mépris de toi-même si tu veux prévaloir sur la chair et le sang.
7 Car tu t’aimes encore d’une façon trop déréglée, aussi t’alarmes-tu de te résigner pleinement à la volonté des autres.
II
8 Est-ce donc si grande affaire que toi, qui es poussière et néant, tu te soumettes à un homme à cause de Dieu, quand Moi le Tout-Puissant et le Très-Haut, qui ai tout créé du néant Gen., XVIII, 27 ; Ps., XIV, 4 ; Ps., LVII, 8 ; Eccli., I, 8 ; II Mach., VII, 28. je Me suis humblement soumis à l’homme à cause de toi ?
9 Je suis devenu le plus humble et le dernier de tous Is., LIII, 3, 4. , afin que tu vainques ton orgueil par Mon humilité.
10 Apprends à obéir, poussière ! Apprends à t’humilier, terre et limon, et à t’abaisser sous les pieds de tous Contrairement à ce qu'on pouvait attendre, l'auteur ne joue pas sur «humus» et humilité, il emploie les mots de «terra» et «limus». !
11 Apprends à briser tes volontés et à te prêter à toute sujétion Il s'agit toujours ici de maîtriser, refréner, courber la volonté propre : la volonté ut voluntas. C'est une pratique d'ascèse. Bien plus haut est l'abandon total de la volonté, l'échange des volontés. .
III
12 Enflarmme-toi contre toi-même, ne souffre pas qu’en toi subsiste l’enflure, mais montre-toi si soumis et si petit que tous puissent marcher sur toi et te fouler aux pieds comme la boue des chemins Est-il besoin d'ajouter que toute cette excitation imaginative de sentiments contre soi-même est factice, la simple prière d'échange de volonté répétée quotidiennement obtiendra sans «athlétisme», comme dirait saint Paul, ce que tous ces discours ne peuvent que grignoter. .
13 Qu’as-tu à te plaindre, homme de néant ?
14 Comment peux-tu contredire aux reproches qu’on t’adresse, sordide pécheur, toi qui as tant de fois offensé Dieu et tant de fois mérité l’enfer ?
15 Mais Mon œil t’a épargné, car ton âme a été précieuse à Mon regard Ez., XX, 17 ; I Reg., XXVI, 24. , afin que tu connaisses Mon amour et te montres toujours reconnaissant de Mes bienfaits, que tu t’adonnes sans cesse à la véritable soumission et humilité, et patiemment, supportes le mépris de toi-même.