CHAPITRE X – Qu’il est doux de servir Dieu dans le mepris du monde
Voir note Ce chapitre est écrit par un religieux qui exalte son état de vie. Il reconnaît d'ailleurs que l'état de vie d'acquisition de la perfection, n'est qu'un moyen de sanctification, il n'entraîne pas forcément la perfection.
I
1 Le Disciple : De nouveau, Seigneur je Te parlerai et maintenant ne me tairai plus ; je ferai entendre aux oreilles de mon Dieu, de mon Seigneur et de mon Roi qui est au plus haut des cieux : “O qu’elle est grande, Seigneur, l’abondance de Ta douceur, que tu as cachée pour ceux qui Te craignent La citation du Ps. XXX, 20 se retrouve à l'Op. III, chap. XIV, I, où elle est appliquée à la Sainte Eucharistie, ce qui laisse à penser que l'auteur avait des communions sensibles. !” Ez., XXIV, 27 ; Ps., LXVII, 25 ; Ps., XXX, 20.
2 Mais qu’es-Tu pour Tes amis ? Qu’es-Tu pour ceux qui Te servent de tout cœur ?
3 Vraiment ineffable est la douceur de Ta contemplation que Tu prodigues à Tes amis !
4 Tu m’as montré surtout la douceur de Ta charité en ceci : alors que je n’étais pas, *Tu m’as créé ; alors que j’errais loin de Toi, Tu m’as ramené afin de Te servir et Tu m’as ordonné de T’aimer Job., X, 8 ; Is., LVII, 17, 18 ; Deut., XIX, 9. .
II
5 O source d’amour perpétuel, que dirai-je de Toi ?
6 Comment pourrai-je T’oublier, Toi qui as daigné Te souvenir de moi, même après que je me fusse consumé jusqu’à en périr ?
7 Tu as fait miséricorde à Ton serviteur Ps., CXVIII, 65. , au-delà de toute espérance, et Tu lui as donné Ta grâce et Ton amitié au-delà de tout mérite.
8 Que Te rendrai-je pour cette grâce ?
9 Car il n’a pas été donné à tous de tout quitter, de renoncer au siècle pour embrasser la vie monastique.
10 Y a-t-il grand mérite à ce que je Te serve, Toi que toute créature est tenue de servir Judith, XVI, 17. ?
11 Non, Te servir ne doit pas me sembler très méritoire, mais ce qui m’apparaît plutôt grand et admirable, c’est que Tu daignes me recevoir à Ton service, moi si pauvre et si indigne, et me réunir à Tes serviteurs bien-aimés.
III
12 C’est à Toi qu’appartient tout I Paral., XXIX, 14 et alibi. ce que j’ai et ce avec quoi je Te sers.
13 Mais, en vérité, renversant les rôles, Tu me sers plus que moi, Toi.
14 Voici le ciel et la terre créés pour le ministère de l’homme prêts à faire chaque jour tout ce que Tu leur as commandé.
15 Et cela est peu, parce que même les Anges ont été ordonnés au ministère de l’Homme.
16 Mais ce qui surpasse tout, c’est que Toi-même as daigné servir l’homme, et que Tu as promis de Te donner Toi-même à lui Luc., I, 73. .
IV
17 Que Te donnerai-je en retour pour tous ces milliers de bienfaits ?
18 Puissé-je Te servir tous les jours de ma vie !
19 Puissé-je, même un seul jour, Te rendre un service suffisamment digne !
20 Tu es digne, en vérité, de tout service, tout honneur* Apoc., IV, 11. et toute louange éternelle.
21 Tu es vraiment mon Seigneur et je suis Ton pauvre serviteur tenu de Te servir de toutes mes forces et qui ne doit jamais se lasser de Te louer.
22 Telle est ma volonté, tel est mon désir ; daigne, Toi, suppléer à tout ce qui me manque.
V
23 Te servir et tout mépriser pour Toi est grand honneur et grande gloire.
24 Ils posséderont grande grâce ceux qui spontanément se soumettront à Ta très sainte servitude.
25 Qu’ils obtiennent la très suave consolation du Saint-Esprit ceux qui, pour Ton amour, rejettent toute délectation charnelle.
**25bis Qu’ils obtiennent une très grande liberté d’esprit, ceux qui entrent, pour Ton Nom, dans la voie étroite Matth., VII, 14. et négligent toute préoccupation mondaine.
VI
26 O agréable et joyeuse servitude de Dieu, qui rend l’homme véritablement libre et saint !
27 O sainte condition de l’esclavage religieux, qui rend l’homme égal aux anges, plaît à Dieu, est terrible au démon et recommandable à tous les fidèles !
28 O service qu’il faut embrasser et toujours choisir, qui fait mériter le souverain Bien et acquérir la joie qui durera sans jamais finir !