CHAPITRE VIII – De la familiere amitie de jesus

I

1 Quand Jésus est présent, tout va bien et rien ne paraît difficile.

2 Mais quand Jésus est absent, tout est dur.

3 Quand Jésus ne parle pas intérieurement L'auteur semble ici faire reposer la valeur de la consolation sur la parole intérieure distincte. Or, le Christ est monté au ciel pour nous envoyer le Saint-Esprit qui, Lui, «enseigne sans bruit de paroles» (cf. Op. IV, chap. I et II, notes 718 et 728). , la consolation est faible.

4 Mais si Jésus dit seulement une seule parole, on éprouve une grande consolation Cf. note précédente. .

5 Marie-Madeleine ne se leva-t-elle pas aussitôt de l’endroit où elle pleurait, quand Marthe lui dit : “Le Maître est là, Il t’appelle.” Joan., XI, 28.

6 Heureux moment, lorsque Jésus nous appelle des larmes à la joie spirituelle !

7 Que tu es aride Le mot aridus apparaît pour la première fois. L'auteur semble, après des consolations sensibles ou rejaillissant sur les sens, connaître l'absence (sensible et matérielle, non réelle ni formelle) du Christ, et il s'en inquiète. Or, la consolation est une dévotion accidentelle, avons-nous dit, dont il faudra se dénuder pour progresser. et sec sans Jésus ! Que tu es insensé et vain si tu désires quelque chose hors Jésus !

8 N’est-ce pas plus grande perte que si tu perdais le monde entier ?

II

9 Que peut te procurer le monde sans Jésus ?

10 Être sans Jésus, c’est un cruel enfer ; être avec Jésus, c’est un doux paradis.

11 Si Jésus est avec toi, nul ennemi ne pourra te nuire.

12 Qui trouve Jésus trouve un précieux trésor Eccli., VI, 14. , mieux encore : le Bien au-dessus de tout bien.

13 Et qui perd Jésus perd immensément et plus que le monde entier.

14 Très pauvre est celui qui vit sans Jésus ; très riche celui qui est bien avec Jésus.

III

15 C’est grand art que de savoir vivre avec Jésus, et grande prudence que de savoir retenir Jésus.

16 Sois humble et pacifié et Jésus sera avec toi.

17 Sois dévot et dans la quiétude, et Jésus demeurera avec toi Le «devotus» peut exprimer ici l'état de celui qui, s'exerçant à la Présence de Dieu, est toujours disposé à la quiétude. .

18 En un instant, tu peux faire fuir Jésus et perdre Sa grâce, si ta volonté se détourne vers le monde extérieur.

19 Et si tu L’as fait s’enfuir et L’as perdu, près de qui te réfugieras-tu, et quel ami chercheras-tu alors ?

20 Tu ne peux vivre bien sans ami ; et si Jésus n’est pas l’ami cher entre tous, tu seras extrêmement triste et désolé De-solatus, contraire de con-solatus, signifie : laissé seul. La solitude intérieure est contraire à la nature humaine faite pour être le Temple du Saint-Esprit. La perception sensible – et dans des cas rares, intellectuelle – de cette absence est souffrance purgatorielle, qui purifie la Foi. .

21 Tu agis donc sottement si tu mets ta confiance et ta joie en quelque autre.

22 Il faut choisir d’avoir le monde entier contre soi, plutôt que Jésus offensé.

23 Que parmi tous ceux qui te sont chers, Jésus soit seul spécialement aimé Dilectus specialis : Contre le caractère péjoratif appliqué à cette expression, saint Thomas observe que toute amitié est nécessairement particulière. .

IV

24 Aime les tous pour Jésus, mais Jésus pour Lui-même.

25 Seul Jésus-Christ doit être particulièrement aimé, Lui qui seul entre tous tes amis Se découvre bon et fidèle.

26 Que par Lui, et en Lui, tes ennemis comme tes amis te soient chers ; supplie-Le pour les uns et pour les autres, afin que tous Le connaissent et L’aiment.

27 Ne désire jamais être loué, ou aimé à titre particulier, car ceci appartient à Dieu seul, qui est sans pareil Jer., X, 6 ; Ps., XXXIV, 10 et alibi. .

28 Ne veuille surtout pas occuper le cœur d’un autre, de même que tu ne dois être occupé par l’amour de personne, mais que Jésus soit en toi et en tout homme de bien.

V

29 Sois libre et pur au fond de toi, sans être entravé par aucune créature.

30 Tu dois être nu La nudité, c'est-à-dire le dépouillement de toute image intérieure et de tout discursus intellectuel est la clef de la contemplation extatique (cf. Op. I, chap. XI, note 210 du vers. 5 sur le «vacate et videte»). et apporter à Dieu un cœur pur, si tu veux être vide et voir combien le Seigneur est doux Ps., XLV, 11 ; Ps., XXXIII, 9. .

31 Tu ne parviendras pas réellement à la contemplation, à moins que, prévenu et entraîné par Sa grâce, tu ne sois vidé «evacuantes» : vide, se rapporte à l'intellect nu ; «licentiates» : libéré, se rapporte aux affections (cf. Op. II, chap. III, note 400 du titre). et libéré de tout, pour t’unir avec Lui, seul à seul.

32 Quand la grâce de Dieu vient en l’homme, alors il devient capable de tout Phil., IV, 13. .

33 Et quand elle s’éloigne, alors il est pauvre et infirme et ni plus ni moins, abandonné aux coups Ps., XXXVII, 18. .

34 En ce cas, il ne doit pas se laisser aller, ni désespérer, mais se tenir en égalité d’âme devant la volonté de Dieu et souffrir, pour la gloire de Jésus-Christ, tout ce qui lui survient ; car l’été suit l’hiver, le jour succède à la nuit et la grande sérénité à la tempête Tob III, 22. L'alternance des «nuits» et des «lumières», des «ténèbres» et des «joies», est la marque même de l'expérience mystique, qui doit s'appliquer à notre structure organique et psychologique, et tenir compte des «limites de rupture» de notre composé humain (cf. chapitre suivant, note 454 du vers. 17). .