CHAPITRE V – De l’examen de soi-meme
I
1 Nous ne pouvons nous fier trop à nous-mêmes, car souvent la grâce éclairante nous fait défaut, et même le sens commun.
2 En nous-mêmes, il y a peu de lumière Joan., XII, 35. , et ce peu, nous le perdons vite par négligence.
3 Souvent même, nous ne remarquons pas que nous sommes si aveugles à l’intérieur Pour l'auteur, il y a peu de véritable lumière sans une grâce particulière. L'intelligence humaine «est la dernière des intelligences créées insiste saint Thomas ; donc naturellement elle reste très faible. Il est nécessaire qu'elle soit éclairée surnaturellement ut intellectus pour juger véritablement des choses de Dieu. D'où l'insistance de l'auteur sur »l'illumination" ; sans elle d'ailleurs, pas de compréhension du sens mystique de cet ouvrage. .
4 Souvent nos actions sont mauvaises et pires nos excuses ; parfois, la passion nous pousse et nous croyons que c’est le zèle.
5 Nous reprenons de petits manquements chez les autres, et nous transgressons le principal.
6 Nous nous sentons vite écrasés par ce que nous devons supporter d’autrui, mais nous ne remarquons même pas combien nous lui faisons endurer.
7 Qui bien pèserait ses actes en toute rectitude, ne jugerait plus autrui avec sévérité.
II
8 L’homme intérieur se soucie de sa rectitude intérieure avant tous autres soins.
9 Qui dirige soigneusement son attention sur lui-même s’abstient facilement de parler d’autrui.
10 Tu ne seras jamais intérieur et pieux, si tu ne gardes pas le silence sur autrui et ne retournes uniquement ton regard sur toi Tout ce chapitre traite de l'introspection spirituelle et a donné lieu à la critique d' «introversion», comme s'il était possible d'apporter la joie et la paix à autrui sans les avoir déjà obtenues soi-même. .
11 Si tu es tout entier attentif à Dieu et à toi-même, ce que tu perçois au dehors ne t’ébranlera pas.
12 Où donc es-tu quand tu n’es pas présent à toi-même Pour être présent à soi-même, il faut être présent à Dieu au fond de soi. C'est le seul mode d'unification de soi-même. . Quand tout est parcouru, si tu t’es négligé, quel profit pour toi ?
13 Si tu es destiné à posséder la paix et l’union véritable, il convient de tout rejeter à l’arrière-plan, pour n’avoir que toi seul devant les yeux.
III
14 Par conséquent, si tu peux te conserver libre à l’égard de tout souci temporel, tu avanceras grandement Il s'agit de se conserver libre – par la prière perpétuelle – de tout souci, toute occupation d'ordre temporel. Ce qui n'empêche aucune activité manuelle ou obligation envers la communauté. Peut-être ce chapitre rend-il cependant un son d'ascèse trop humaniste, en faisant porter l'attention plus sur soi-même que sur Dieu exclusivement. Mais l'auteur fait partie de ces mystiques dont l'expérience de Dieu est essentiellement intérieure, chez qui il y a habitation éprouvée de Dieu en l'âme. Il ne semble pas avoir atteint l'intégration dans le circulus Trinitaire, faisant dépasser ce stade qui caractérise Augustin débutant. Trop souvent, l'augustinisme s'est cantonné dans cette première découverte. .
15 Tu reculeras beaucoup si tu estimes quoi que ce soit de temporel.
16 Qu’il n’y ait pour toi rien de grand, rien d’élevé, rien d’agréable, rien que tu puisses accueillir en toi, si ce n’est Dieu seul ou ce qui est de Dieu.
17 Estime complètement vaine toute consolation offerte par une créature quelconque.
18 L’homme qui aime Dieu dédaigne tout ce qui est au-dessous de Dieu.
19 Seul Dieu, éternel et immense, emplissant tout, est la consolation de l’âme et la véritable joie du cœur.