CHAPITRE XI – Les amis de la croix de jesus sont un petit troupeau
I
1 Jésus a, aujourd’hui, beaucoup d’amis de Son Royaume Céleste, mais peu de porteurs du joug de Sa Croix Luc., XIV, 27. .
2 Il en trouve beaucoup qui désirent Sa consolation, mais peu Sa tribulation.
3 Il trouve aussi beaucoup de compagnons pour Sa table Eccli., VI, 10. , mais peu pour Son abstinence.
4 Tous désirent jouir avec Lui, peu veulent supporter quelque chose pour Lui.
5 Beaucoup suivent Jésus jusqu’à la fraction du pain, mais peu jusqu’à boire le calice Luc., XXIV, 35 et alibi ; Matth., XX, 22 et alibi. de Sa Passion.
6 Beaucoup vénèrent Ses miracles, peu suivent l’ignominie de la Croix.
7 Beaucoup aiment Jésus, aussi longtemps qu’ils ne sont point touchés par les contrariétés.
8 Beaucoup Le louent et Le bénissent, aussi longtemps qu’ils reçoivent de Lui quelques consolations.
9 Mais si Jésus Se cache, ou les délaisse quelque peu, ils tombent dans des récriminations ou un abattement excessif.
II
10 Ceux qui aiment Jésus pour Jésus, et non pour leur propre consolation, Le bénissent en toute tribulation et angoisse du cœur, de même qu’en la plus haute consolation.
**10bis Et si Jésus voulait qu’ils aillent en enfer, même là ils ne seraient pas moins contents, et ne L’en aimeraient pas moins Thomas n'a pas gratté suffisamment, au point de la rendre illisible, cette phrase qui souligne sa connaissance de Tauler et de Suso. Elle n'a cependant point été reproduite dans les Imitation imprimées que la Petite Thérèse connaissait par-cœur, et cependant, c'est sa position propre. .
11 Et s’Il ne voulait jamais leur donner de consolations, ils Le loueraient cependant toujours et toujours voudraient Lui rendre grâce.
III
12 Combien est puissant l’amour de Jésus à l’état pur, sans mélange d’amour propre ou de commodité spirituelle La «commodité spirituelle» : proprio commodo, est en effet, l'un des plus grands obstacles à l'avancement. Les âmes se confortent dans les biens spirituels acquis et s'y endorment comme en de moelleux coussins. propre !
13 Ne doivent-ils pas être tous appelés : mercenaires L'auteur distingue l'amour «mercenaire» qui a principalement en vue la récompense attachée au service de Dieu, et l'amour «pur» qui a principalement eu vue le «service» gratuit et très secondairement les récompenses. , ceux qui cherchent toujours des consolations ?
14 Ne prouvent-ils pas qu’ils sont plutôt amis d’eux-mêmes que de Dieu, ceux qui jamais ne s’exercent qu’à ce qui est commode et profitable pour eux-mêmes ?
15 Où rencontrer un ami tel qu’il veuille servir Dieu gratuitement ?
IV
16 On rencontre rarement quelqu’un d’assez spirituel pour être dénudé de tout.
17 Qui trouvera le vrai pauvre en esprit Matth., V, 3. , nu de toute créature ?
18 Ce trésor vient de loin et des confins de la terre Prov., XXXI, 10. .
19 Si l’homme a donné toute sa fortune, c’est encore néant Cant., VIII, 7. .
20 Et s’il fait grande pénitence, c’est encore très peu.
21 Et s’il a acquis toute science, il est encore loin.
22 Et s’il possède une grande vertu et une dévotion des plus ardentes, il lui manque encore beaucoup.
23 A savoir, l’unique chose qui lui est souverainement nécessaire Luc., X, 42 ; I Cor., XIII, 1, 2, 3. .
24 Quoi donc ? Qu’après avoir tout quitté, il se quitte aussi ; qu’il sorte entièrement de lui-même, ne retenant rien de son amour de soi Se totaliter exeat : sortir de soi-même totalement. On saisit bien l'équivoque de l'expression qui peut être prise ascétiquement, moralement, alors que la véritable «sortie» est l'ex-tase (cf. chap. suivant, note 497 du vers. 15). .
25 Quand l’homme a fait tout ce qu’il savait nécessaire, qu’il sente qu’il n’a encore rien fit.
V
26 Qu’il ne tienne pas grand compte de ce qu’en lui on peut estimer grand, mais qu’il se proclame, en vérité, serviteur inutile.
27 Comme dit la Vérité : “Quand vous aurez fait tout ce qui vous a été commandé, dites : nous sommes des serviteurs inutiles.” Luc., XVII, 10.
28 Alors pourra être vraiment pauvre et nu en esprit celui qui dit avec le Prophète : “je suis seul et pauvre !” Ps., XXIV, 16.
29 Personne n’est plus riche, personne n’est plus libre, personne n’est plus puissant que celui qui sait abandonner tout et lui-même, et se mettre à la dernière place.