CHAPITRE I – Du comportement interieur
I
1 “Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous” Luc., XVII, 21. , dit le Seigneur.
2 Convertis-toi, de tout cœur, au Seigneur Joel, II, 12 ; Matth., XI, 29. ; abandonne ce monde de misères et ton âme trouvera le repos.
3 Apprends à mépriser le monde extérieur et à t’adonner au monde intérieur, et tu verras s’établir en toi le Royaume de Dieu.
4 Car le Royaume de Dieu, c’est la paix et la joie dans l’Esprit Saint, ce qui n’est pas donné aux impies Rom., XIV, 17. .
5 Le Christ viendra en toi, te manifestant Sa consolation, si tu Lui prépares au-dedans de toi une digne demeure.
6 Toute Sa Gloire et Sa Beauté sont intérieures Ps., XLIV, 14. Ne serait-ce pas une méprise générale, de traduire Imitatio Christi par «Imitation de Jésus-Christ» ? Et de s'étonner, ensuite, qu'on n'y traite pas de l'imitation des tableaux de la vie historique de Jésus – qu'un P. de Foucauld poussera jusqu'à l'ultime détail ? Ne s'agit-il pas, dans l'I. C., de reproduire la vie intérieure du Christ où réside «toute Sa gloire et toute Sa beauté» ? Avouons que l'auteur ne fait rien pour bien définir cela, soit par manque de clarté personnelle ou sûreté théologique, soit parce qu'à son époque, la confusion régnait déjà ?... après le De vita et passione Salvatoris nostri jesu Christi piissima exercita du Pseudo-Tauler, et la Vie du Christ de Ludolphe le Chartreux (g 1377). , et dans l’intérieur Il se complaît.
7 Fréquente visite, doux entretien, consolation agréable, abondance de paix, extrême et stupéfiante familiarité sont pour l’homme intérieur.
II
8 Allons, âme fidèle, prépare ton cœur I Reg., VII, 3. pour cet Époux, afin qu’Il daigne venir à toi et habiter en toi. Ne serait-ce pas une méprise générale, de traduire Imitatio Christi par «Imitation de Jésus-Christ» ? Et de s'étonner, ensuite, qu'on n'y traite pas de l'imitation des tableaux de la vie historique de Jésus – qu'un P. de Foucauld poussera jusqu'à l'ultime détail ? Ne s'agit-il pas, dans l'I. C., de reproduire la vie intérieure du Christ où réside «toute Sa gloire et toute Sa beauté» ? Avouons que l'auteur ne fait rien pour bien définir cela, soit par manque de clarté personnelle ou sûreté théologique, soit parce qu'à son époque, la confusion régnait déjà ?... après le De vita et passione Salvatoris nostri jesu Christi piissima exercita du Pseudo-Tauler, et la Vie du Christ de Ludolphe le Chartreux (g 1377).
9 Il dit en effet : “Si quelqu’un M’aime Si quelqu'un aime dans l'Esprit Saint le Christ (Fils de Dieu), il garde Sa Parole (Verbe du Père) et les Trois Personnes de la Trinité demeureront en lui, plus ou moins intensément (cf. P. T. A., p. 81). , il gardera Ma parole et Nous viendrons en lui, et Nous ferons en lui Notre demeure.” Joan., XIV, 23.
10 Fais Sa place au Christ et refuse l’entrée à tout le reste.
11 Lorsque tu possèdes le Christ, tu es riche ; Il te suffit.
12 Lui-même prévoira pour toi, et fidèlement te pourvoira en tout ; plus besoin, de la sorte, de compter sur les hommes.
13 Les hommes changent vite et font tout d’un coup défaut. Le Christ demeure éternellement Joan., XII, 34. et se tient près de nous, inébranlable jusqu’à la fin.
III
14 Il n’y a pas grande confiance à placer en l’homme fragile et mortel, quelque utile et cher qu’il nous soit ; ni grande tristesse à concevoir, en conséquence, si parfois il nous combat et nous contredit.
15 Ceux qui sont aujourd’hui avec toi, demain peuvent être contre, et réciproquement ; fréquemment, ils tournent selon le vent.
16 Place toute ta confiance en Dieu Prov., III, 5. , qu’Il soit ta crainte et ton amour.
17 Lui-même répondra pour toi Is., XXXVIII, 14. et saura bien faire au mieux.
18 Tu n’as pas, ici, de cité permanente Hebr. XIII, 14 ; Ps., XXXVIII, 13 et alibi. ; où que tu sois, tu resteras étranger et pèlerin ; tu n’auras jamais quelque repos, si ce n’est intimement uni au Christ.
IV
19 Pourquoi regardes-tu autour de toi, puisque ce n’est pas cet “autour” le lieu de ton repos ? Act., VII, 49.
20 Ta demeure doit être dans les cieux II Cor., V, 2. ; regarde, comme en passant, toutes les choses de la terre.
21 Toutes passent, et toi avec elles pareillement.
22 Garde-toi d’y pénétrer, de peur d’y être pris et de périr.
23 Que ta pensée soit auprès du Très-Haut, et que ta prière sans interruption Sap., V, 16 ; Ps., CXL, 2 ; I Thess., V, 17. Nous retrouvons le sine intermissione de l'évangile de saint Luc. Observons que la prière-volonté s'adresse au Christ afin que la pensée-intelligence soit toujours auprès du Très haut. Cela nous suggère que l'exercice de la Présence de Dieu devait être pratiqué, par l'auteur, au moyen d'une invocation christique, telle que la «Prière de Jésus» des moines d'Orient : «Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, ayez pitié de nous», et non plus, à son époque, au moyen du «Deus in adjutorium meum» des Pères du Désert (voir Op. I, chap. XVIII et pour l'évolution, voir P. T. A., p. 26). se dirige vers le Christ.
24 Si tu ne sais pas te livrer à de hautes et célestes spéculations Il semble bien que l'auteur vise ici la contemplation naturelle métaphysique, qui consiste à s'élever dans les nuages par effort intellectuel, mais qui reste d'ordre naturel. La relation de la contemplation d'Ostie, en laquelle Augustin et Monique s'élèvent de créature en créature (Confessions, L. IX, 10, 25) pour aboutir à l'extase a dû en égarer beaucoup. S'il est naturel à un génie, comme celui de l'Africain, de s'élever par admiration du plan divin, c'est seulement la divine suspension de son intelligence qui lui a procuré l'extase. , reposetoi dans la Passion du Christ, et habite volontiers dans Ses plaies sacrées.
25 Si tu te réfugies pieusement dans les plaies et les précieux stigmates de Jésus Il ne s'agit point «d'imaginer» un refuge dans les plaies du Christ, mais d'y reposer ut intellectus. Les «cavernes de la pierre» de saint Jean de la Croix (Cántico, Str. 36, vers. 3), comme la caverne du mont Horeb d'Élie, comme «les creux du rocher et les renfoncements de la muraille» où se met l'Épouse du , tu te sentiras grandement réconforté dans la tribulations tu n’auras pas Il ne s'agit point «d'imaginer» un refuge dans les plaies du Christ, mais d'y reposer ut intellectus. Les «cavernes de la pierre» de saint Jean de la Croix (Cántico, Str. 36, vers. 3), comme la caverne du mont Horeb d'Élie, comme «les creux du rocher et les renfoncements de la muraille» où se met l'Épouse du grand souci du mépris des hommes et supporteras facilement les paroles de tes détracteurs.
V
26 Le Christ, en ce monde, Lui aussi, fut méprisé Is., LIII, 3. des hommes et, en extrême urgence, abandonné par ses amis et familiers, au milieu des outrages.
27 Le Christ a voulu souffrir et être méprisé, et toi, tu oses te plaindre de quoi que ce soit !
28 Le Christ a eu des adversaires et objecteurs, et toi tu voudrais n’avoir que des amis et bienfaiteurs !
29 A quel titre couronner ta patience, si tu ne rencontres aucune adversité ?
30 Si tu ne veux souffrir nulle contrariété, comment seras-tu l’ami du Christ ?
31 Supporte avec le Christ et pour le Christ, si tu veux régner avec le Christ.
VI
32 Si, une seule fois, tu étais entré parfaitement Entrer «parfaitement» dans l'intérieur de Jésus, c'est être mis, réellement et effectivement, dans Son Cœur, dans Sa poitrine enflammée, comme sainte Marguerite-Marie et le bienheureux P. de la Colombière, par exemple. dans l’intime de Jésus, avais un peu savouré Son brûlant amour, tu n’aurais cure de ce qui t’accommode ou t’incommode personnellement, mais tu te réjouirais plutôt de toute avanie, car l’amour de Jésus fait que l’homme se méprise lui-même.
33 “Celui qui aime Jésus et la Vérité, l’homme vraiment intérieur, libre de toutes affections déréglées, peut se tourner librement vers Dieu, s’élever en esprit au-dessus de lui-même et reposer dans la fruition L'exercice actuel de la Présence de Dieu, par la prière perpétuelle, entraîne la Présence habituelle de Dieu, d'où possibilité de se «tourner librement vers Dieu» d'une façon actuelle plus intensive et plus totale. Lors d'un recueillement plus profond il en résulte l'ex-tase de l'esprit au-dessus du corporel, entraînant la fruition, jouissance intellectuelle et affective. .
VII
34 Celui qui goûte toutes choses pour ce qu’elles sont, non selon qu’on les dit ou les estime, celui-là est vraiment sage et instruit par Dieu Is., LIV, 13 ; Joan, VI, 45 ; Mich., IV, 2. , plutôt que par les hommes.
35 Qui sait marcher intérieurement en Sa Présence, et apprécier à leur faible mesure les conditions extérieures, ne recherche point certain endroit, ni n’attend point certaine heure, pour accomplir ses exercices de dévotion Nouvelle critique vis-à-vis de l'oubli de l'esprit bénédictin originel, du «prier sans cesse» (Cf. Op. I, Chap. XXI, note 309 du vers. 9), qui peut se pratiquer quelles que soient les circonstances extérieures. Les versets 37 et 38 y insistent. .
36 L’homme intérieur se recueille vite, car il ne se répand jamais tout entier à l’extérieur.
37 Son travail au dehors, ni son occupation à temps fixé ne lui font obstacle, mais il s’accommode des événements comme ils arrivent.
38 Qui est bien disposé et réglé au-dedans n’a cure des événements humains, qu’ils soient admirables ou condamnables.
39 L’homme n’est embarrassé et distrait qu’autant qu’il tire les choses à lui.
VIII
40 Si tu étais bien rectifié et purifié, tout contribuerait à ton bien et à ton avancement.
41 Si beaucoup de choses te déplaisent et souvent te troublent, c’est que tu n’es pas encore parfaitement mort à toi-même, ni séparé de tout ce qui est terreux.
42 Rien ne souille et n’empêtre le cœur de l’homme comme l’amour impur envers les créatures.
43 Si tu te refuses aux consolations Ps., LXXVI, 3, 4. extérieures, tu pourras te livrer à la contemplation surnaturelle et fréquemment recevoir la jubilation intérieure En ce verset, comme en beaucoup d'autres, est résumée la méthode même de l'I. C. : séparation de l'extérieur par ascèse, mort à son moi intérieur par la prière incessante. La seconde condition est fondamentale, «unique» (Op. I, chap. XI, vers. 23 et seq.) pour l'union à Dieu. .