CHAPITRE IX – De l’obeissance et de la soumission

Voir note Ce chapitre a été également écrit pour des religieux soumis à des règles et constitutions. Il n'en est pas moins vrai qu'il reste valable pour tous. Qui n'est pas tenu à l'obéissance envers quelqu'autre ?... Dans le monde, au lieu d'appartenir à une seule communauté, nous appartenons à plusieurs suivant notre nationalité, nos occupations, notre âge, etc., et cela ne fait que multiplier nos supérieurs.

I

1 Il est extrêmement précieux de se tenir en obéissance, de vivre sous un supérieur et de n’être pas son maître.

2 Il est beaucoup plus sûr d’obéir que de commander.

3 Beaucoup subissent l’obéissance par nécessité plus que par amour ; ils sont au supplice et murmurent facilement. Ils n’acquerront point la libération de l’esprit Libertatem mentis : «libération de l'esprit» et quietem : «repos», ne doivent pas, ici être pris dans le simple sens corporel ascétique, mais aussi dans le sens fort, mystique. s’ils ne se soumettent, de tout leur cœur, pour l’amour de Dieu.

4 Tu peux courir ici ou là, tu ne trouveras point le repos Cf. note précédente. , sinon dans une humble soumission sous la conduite d’un supérieur.

5 L’illusion d’être mieux ailleurs et l’appétit de changement en ont trompé un grand nombre Les plus malheureux, parmi les hommes, sont comme les désenchantés de Watteau : Pour eux, «le bonheur est toujours... ailleurs». .

II

6 Il est vrai que chacun préfère agir selon son propre goût et a plus d’inclination vers ceux qui sentent comme lui.

7 Mais si Dieu est au milieu de nous, il est nécessaire de renoncer aussi quelquefois à notre sentiment personnel pour assurer la bonne entente.

8 Qui est sage au point de pouvoir connaître pleinement toutes choses ?

9 Ne te fie donc pas trop à ton sentiment, mais veuille encore écouter volontiers celui des autres.

10 Si ton avis est bon et que, pour Dieu, tu y renonces et en suives un autre, tu avanceras mieux par la suite.

III

11 J’ai souvent ouï dire qu’il était plus sûr d’écouter et de recevoir un conseil que de le donner.

12 Il peut même arriver que l’avis de tout un chacun soit bon, mais ne pas vouloir acquiescer au sens d’autrui lorsque la raison ou l’occasion le demande est un signe d’orgueil et d’obstination I Reg. (I Sam.), XV, 23 ; Esth., XIV, 76. .