CHAPITRE XXIII – De la meditation de la mort
I
1 Bientôt c’en sera fait de toi, avise à te comporter d’autre manière.
2 Un homme existe aujourd’hui, demain il aura disparu I Mach., II, 63 ; Eccli., X, 12. .
3 Ravi à nos yeux, il sort aussitôt de notre mémoire.
4 O stupidité et endurcissement du cœur humain qui songe seulement au présent et ne prévoit pas mieux l’avenir.
5 Tu devrais te conduire en toutes tes pensées et actions comme si tu devais mourir aujourd’hui !
6 Si tu avais la conscience pure, tu ne craindrais guère la mort.
7 Mieux vaut éviter le péché que fuir la mort !
8 Si tu n’es pas prêt aujourd’hui, comment le seras-tu demain ?
9 Demain est un jour incertain ; du reste, sais-tu si tu l’auras, ce demain ?
II
10 Que nous sert de vivre longtemps, puisque nous nous améliorons si peu ?
11 Ah ! une longue vie n’améliore pas toujours, mais souvent elle ajoute à nos fautes.
12 Plût à Dieu qu’un seul jour nous nous soyons bien conduits en ce monde !
13 Plusieurs comptent les années depuis leur conversion, mais souvent le fruit de leur amélioration est bien maigre.
14 S’il est redoutable de mourir, peut-être serait-ce plus dangereux de vivre trop longtemps !
15 Bienheureux qui a sans cesse l’heure de sa mort devant les yeux et se dispose chaque jour à mourir !
16 Si tu as vu quelquefois mourir un homme, pense que tu passeras par le même chemin.
III
17 Le matin, compte que tu ne parviendras pas au soir ; le soir venu, n’ose pas te promettre un matin.
18 Sois donc toujours prêt Luc., XII, 40 ; Matth., XXIV, 44. , et vis de telle manière que la mort ne puisse jamais te prendre au dépourvu.
19 Beaucoup meurent subitement, à l’improviste, car le Fils de l’Homme viendra à l’heure qu’on ne prévoit pas Luc., XII, 40 ; Matth., XXIV, 44. .
20 Quand cette heure suprême sera venue Joan., XVI, 4. , tu commenceras à juger bien autrement de toute ta vie passée. Et tu souffriras beaucoup d’avoir été si négligent et si lâche.
IV
21 Qu’il est heureux et prudent, celui qui s’efforce d’être maintenant, dans la vie, tel qu’il souhaite se trouver au moment de la mort.
22 Le parfait mépris du monde, l’ardent désir d’avancer dans la vertu, l’amour de la discipline, le labeur de la pénitence, la promptitude dans l’obéissance, le renoncement à soi-même et le support, pour l’amour du Christ, de n’importe quelle tribulation nous donneront une grande confiance de bien mourir.
23 Tu peux faire beaucoup de bonnes œuvres, étant en bonne santé, mais malade, que pourras-tu faire ?
24 La maladie améliore peu de personnes, de même que ceux qui pérégrinent Peregrinantur. Doit-on traduire par «se promener simplement» ou «aller en pèlerinage», sens strict. N'oublions pas que Jean de la Croix ne conseille pas d'aller en pèlerinage en groupe, craignant ces grands rassemblements de foule qui, souvent, hélas, ressemblent plus à Babylone qu'à Jérusalem. Par ailleurs, n'y a-t-il pas une pointe de l'auteur contre les nouveaux ordres pèlerins ? (Cf. Op. III, chap. I, vers. 30.) beaucoup se sanctifient rarement.
V
25 Ne fonde pas sur les amis et les proches, ne remets pas ton salut à plus tard, car plus vite que tu ne l’estimes les hommes t’oublieront.
26 Il vaut mieux prévoir à temps, dès maintenant, et te faire précéder de quelque bien, que d’espérer en l’aide d’autrui.
27 Si tu ne prends même pas soin de toi, qui en prendra soin dans l’avenir ?
**27bis Maintenant, le temps est très précieux. “Voici maintenant les jours de salut, voici maintenant le temps favorable !” II Cor., VI, 2.
28 Mais hélas ! tu ne l’emploies guère utilement, ce temps où tu peux efficacement mériter la vie éternelle.
29 Viendra l’instant où tu ne désireras qu’un jour, voire qu’une heure, pour t’amender, et je ne sais si tu l’obtiendras.
VI
30 °Ah ! Frère bien-aimé, de quel danger tu pourrais te délivrer, à quelle grande terreur te soustraire, si maintenant tu savais toujours vivre dans la crainte de Dieu et te défier de la mort.
31 Applique-toi, dès maintenant, à vivre de telle manière qu’à l’heure de la mort tu puisses te réjouir plutôt que craindre.
32 Apprends dès maintenant à mourir au monde, afin qu’alors tu commences à vivre avec le Christ.
33 Apprends dés maintenant à tout mépriser, afin qu’alors tu puisses librement aller vers le Christ.
34 Châtie maintenant ton corps I Cor., IX, 27. , par la pénitence, afin qu’alors tu sois capable d’avoir une confiance certaine.
VII
35 Hélas Notons le germanisme : «Ach !» que l'Aronensis par ex. a remplacé par «Vae». ! insensé, pourquoi penses-tu vivre longtemps alors que tu n’as pas un seul jour assuré ?
36 Combien furent abusés et arrachés de leur corps inopinément !
37 Que de fois as-tu entendu dire : Un tel a péri par l’épée, tel s’est noyé, tel tombant de haut s’est cassé le cou, tel est tombé raide en mangeant, tel a fini ses jours en jouant, celui-là est mort par le fer, celui-ci par le feu, l’un par la peste, l’autre par la main des voleurs !
38 La mort est ainsi *le terme de tous ; la vie des hommes passe *soudain comme une ombre Job, XIV, 2 ; Ps., CXLIII, 4. .
VIII
39 Qui se souviendra de toi après la mort ? Qui priera pour toi ?
40 Fais, fais dès à présent, frère bien-aimé, tout ce que tu peux faire, car tu ne sais quand tu mourras.
41 Tu ne sais pas non plus les suites de la mort pour toi.
42 Pendant que tu en as le temps Gal., VI, 10. , rassemble des richesses immortelles.
43 Ne pense à rien outre ton salut, n’aie souci que des choses de Dieu.
44 Fais-toi, à présent, des amis en vénérant les saints de Dieu, en imitant leurs actes, afin que lorsque tu seras effacé de cette vie, ils te reçoivent dans les demeures éternelles Luc., XVI, 9. !
IX
45 Garde-toi comme un pèlerin et un étranger I Petr., II, 11. sur terre, que les affaires du monde ne regardent en rien.
46 Garde ton cœur libre, et toujours élevé haut vers Dieu, car tu n’as pas ici de cité permanente Hebr., XIII, 14. .
47 Lance tous les jours des prières et des gémissements mêlés de larmes, afin que ton esprit, après la mort, mérite de passer heureusement au Seigneur. Ainsi soit-il !