CHAPITRE XXI – De la componction du cœur

Voir note La plus grande confusion – avons-nous vu – règne à propos du mot : componction qui, chez les premiers auteurs latins, revêt quatre sens différents. Le mieux est de distinguer avec saint Grégoire le Grand : la componction-tristesse et la componction-amour, ou si l'on veut, la componction de crainte et la componction du cœur. Celle d'eau fera fortune avec les ascétiques, le sens de celle de feu ne restera connu que de quelques mystiques.

I

1 Si tu veux faire quelque progrès, conserve-toi dans la crainte de Dieu Prov., XXIII, 17. ; ne sois pas trop libre, mais maîtrise tous tes sens sous la discipline et ne te livre pas à de joyeuses balivernes.

2 Donne-toi à la componction du cœur et tu trouveras la dévotion.

3 La componction ouvre beaucoup de trésors que la dissipation a coutume de faire vite perdre.

4 Il est extraordinaire en cette vie qu’un homme puisse jamais goûter la joie parfaite, s’il considère son exil et pèse les nombreux dangers pour son âme.

II

5 Par légèreté de cœur et négligence de nos défauts, nous ne sentons pas nos misères intérieures, mais souvent nous rions quand à juste titre nous devrions pleurer.

6 Il n’y a pas de vraie liberté, ni de joie véritable sans une conscience pure dans la crainte de Dieu.

7 Heureux qui peut rejeter toute distraction gênante et se recueillir Recolligere : la componction du cœur est donc bien un recueillement qui conduit à l'union lorsque les distractions sont amorties par l'Esprit Saisit et non par notre industrie. dans l’union de la sainte componction !

8 Heureux qui rejette de lui tout ce qui peut souiller ou grever sa conscience !

9 Combats virilement, l’habitude est vaincue par l’habitude C'est pourquoi l'habitude de la prière perpétuelle vainc toutes les habitudes défectueuses de notre tempérament. .

10 Si tu sais laisser là les hommes, eux-mêmes te laisseront bien faire tes œuvres.

III

11 N’attire pas à toi les affaires des autres, et ne te laisse pas impliquer dans les procès des Grands.

12 Aie toujours les yeux en premier sur toi, et spécialement corrige-toi toimême, avant tous ceux qui te sont chers.

13 Si tu n’as pas la faveur des hommes, n’en sois pas triste, mais qu’il te soit pénible de ne pas t’être conduit aussi bien et prudemment qu’il conviendrait à un serviteur de Dieu, pieux religieux.

14 Il est souvent plus utile et plus sûr que l’homme n’ait pas en cette vie beaucoup de consolations, surtout selon la chair Rom., VIII, 1. .

15 Cependant, si nous n’avons pas de consolations divines, ou en éprouvons rarement, nous sommes en faute, parce que nous ne cherchons pas la componction du cœur, et ne rejetons pas tout ce qui est vain et superficiel.

IV

16 Reconnais-toi indigne de la consolation divine, mais plutôt digne de nombreuses tribulations.

17 Quand l’homme a une parfaite componction Ce qui ne peut être réalisé qu'après les deux Nuits du Sens et de l'Esprit. , le monde entier lui paraît pénible et amer.

18 L’homme de bien trouve suffisamment matière à s’affliger et à pleurer.

19 Soit en effet qu’il se considère, soit qu’il pense au prochain, il sait que personne, ici-bas, ne vit sans tribulations.

20 Et plus strictement il s’examine, plus fort il s’afflige.

21 Nos péchés et nos vices sont matière à justes chagrins et intérieure componction. Gisant dans leurs rêts, nous sommes rarement capables de la contemplation céleste.

V

22 Si tu pensais plus fréquemment à la mort qu’à la longueur de la vie, il n’est pas douteux que tu t’amenderais avec plus d’ardeur.

23 Si de même tu pesais avec soin, au fond du cœur, les futures peines de l’Enfer ou Purgatoire, je crois que tu soutiendrais volontiers labeurs et douleurs et ne craindrais nulle austérité.

24 Mais comme ces pensées ne pénètrent pas jusqu’au cœur et que nous aimons encore ce qui nous flatte, nous restons froids ou fort nonchalants.

VI

25 Souvent, notre misérable cœur se plaint si facilement par manque de force spirituelle.

26 Prie donc humblement le Seigneur de te donner l’esprit de componction ; dis avec les Prophètes : “Nourris-moi, Seigneur, du pain des larmes et abreuve-moi de larmes en abondance Saint Augustin et saint Thomas accordent le don des larmes au don de science : «Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.» Ceux qui pleurent saisissent en effet par le don de science, leur dés-unité venant des trois concupiscences ; ils seront rendus entiers par cette prise de conscience. Autrement dit, le don de Science est tout spécialement mis en œuvre (car tous les dons sont connexes) dans la voie dite purgative à laquelle s'apparente plus particulièrement ce Premier Livre. .” Ps., LXXIX, 6.