CHAPITRE XVIII – L’exemple des peres du desert

Voir note Sanctorum Patrum : litt. des saints Pères. Or, il ne s'agit pas des Pères de l'Église, mais des Pères du Désert (vers. 6) de Cassien : Collationes Sanctorum Patrurn, déjà cité en note 128 du vers. 9, chap. I, Op. I. Le mot saint ayant aujourd'hui une valeur canonique, nous l'éviterons, bien qu'au début, avant d'être qualifiés à Antioche du nom de chrétiens, les disciples de Jésus étaient appelés communément : les saints.

I

1 Contemple Intuere : contempler dans le repos, la contemplation est un simplex intuitus. le vivifiant exemple des Pères du Désert, en qui resplendit la vraie perfection ainsi que la religion, et tu verras combien nous nous exerçons peu, ou quasiment pas.

2 Qu’est notre vie, hélas ! si on la compare à la leur !

3 Ces saints et amis du Christ servirent le Seigneur dans la faim et la soif, dans le froid et la nudité, dans le travail et la fatigue, dans les veilles et les prières, dans les jeûnes Deut., XXVIII, 4 ; II Cor., XI, 27. et les saintes méditations, parmi les persécutions et les opprobres sans nombre.

II

4 O ! que de nombreuses et pénibles tribulations ont souffert les Apôtres et les Martyrs, les Confesseurs et les Vierges, et tous ces autres qui voulurent suivre les traces du Christ !

5 Car ils ont haï leur âme en ce monde, afin de la posséder dans l’éternité Joan., XII, 25. .

6 O ! quelle vie d’austérité et de renoncement les saints Pères ont menée dans le désert ! Quelles longues et pénibles tentations ils ont supportées ! Que l’ennemi les a fréquemment tourmentés ! Quelles brûlantes et incessantes prières Crebras : à coups répétés, incessants, haletants. ils ont portées devant Dieu ! Quelles rigoureuses abstinences ils ont pratiquées !

7 Quel grand zèle et quelle fougue ils ont eus pour leur avancement spirituel ! Quels rudes combats ils ont soutenus pour dompter leurs vices ! Qu’ils ont maintenu droits et purs leurs élancements vers Dieu ! Le jour ils Crebras : à coups répétés, incessants, haletants. travaillaient, la nuit ils se livraient à de longues oraisons ; bien que travaillant, ils ne cessaient nullement leur oraison mentale Le secret des Pères du Désert était précisément la prière continuelle. Cassien nous l'a rapporté dans ses célèbres Conférences avec les Pères du Désert, (Collationes Sanctorum Patrum) que saint Thomas se faisait lire, chaque jour, afin de rester en contact avec les premiers chrétiens. .

III

8 Ils employaient à plein tout leur temps.

9 Toute heure, à s’occuper de Dieu, leur paraissait brève L'heure leur paraissait «brève» parce qu'ils n'étaient plus dans le temps, mais dans la vie éternelle commencée. L'extase, en suspendant leur sens, les ravissait au continuum spatiotemporel. Tel est le sens de l'oraison pure et brève du chap. XX de la Règle de saint Benoît dont les commentateurs modernes ont perdu la clef, depuis longtemps (cf. Je dors, p. 397). La décadence de la vie monastique commença lorsqu'on se contenta d'heures séparées pour l'oraison au lieu de s'efforcer de maintenir «sans cesse», comme le répète l'Évangile, l'oraison mentale (cf. Op. II, chap. I, vers. 35). et la grande douceur de la contemplation leur faisait même oublier la nécessité de restaurer leur corps «Elles étaient si appliquées à Dieu ; même durant les repas, que plusieurs oubliaient de prendre leur réfection, en sorte qu'il fallait les retirer pour leur en faire ressouvenir.» Les Tendresses du Seigneur pour une âme fidèle (Amat, 1916), où le chanoine Saudreau montre, dans l'Annexe I, comment la peur du sacré contribua à faire étouffer ces grâces «autrefois si fréquentes et si manifestes et aujourd'hui si peu connues»... .

10 Ils renonçaient à tout : richesses, dignités et bonheurs, amis et parents ; ils désiraient ne rien posséder du monde

11 A peine prenaient-ils le nécessaire vital. Ils gémissaient de servir leur corps, même en cas de nécessité.

IV

12 Aussi étaient-ils pauvres des biens de la terre, mais très riches en grâces et en vertus.

13 Manquant de tout au dehors, mais fortifiés au-dedans par les grâces et les divines consolations,

14 Étrangers au monde, mais proches de Dieu et Ses amis familiers,

15 Ils se regardaient eux-mêmes comme rien ; mais aux yeux de Dieu, ils étaient précieux et de choix.

16 Ils se tenaient dans l’humilité vraie, vivaient dans la simple obéissance, marchaient dans la charité Ephes., V, 2. et la patience ; aussi progressaient-ils en esprit chaque jour, et obtenaient-ils de grandes grâces auprès de Dieu.

17 Ils ont été donnés en exemple à tous les religieux et doivent plus nous inciter à bien avancer que le nombre des tièdes à nous relâcher.

V

18 O ! combien a été grande la ferveur de tous les religieux au début de leur sainte institution.

19 O ! quelle ardeur à l’oraison ! Quelle émulation dans la vertu ! Quelle grande vigueur de discipline ! En tous, quel épanouissement du respect et de l’obéissance sous la règle du maître !

20 Les traces qu’ils ont laissées attestent combien ils furent vraiment saints et parfaits ces lutteurs si intrépides, qui foulèrent aux pieds le monde.

21 Aujourd’hui, on regarde comme grand le religieux qui ne transgresse pas la règle qu’il a acceptée, et la peut tolérer avec patience !

VI

22 O ! tiédeur et négligence de notre état !

23 Que nous nous détournons vite de notre ancienne ferveur ! Déjà, notre lassitude et notre tiédeur nous poussent au dégoût de notre vie.

24 Plaise à Dieu que le progrès vers la vertu ne sommeille pas profondément en toi qui as vu, tant de fois, de si nombreux exemples de dévots.