CHAPITRE XIII – De la resistance aux tentations
I
1 Aussi longtemps que nous vivions en ce monde, nous ne pouvons être sans tentations ni tribulations.
2 Aussi est-il écrit dans le Livre de Job : La tentation est la vie de l’homme sur terre Job, VII, I (version des LXX). .
3 Chacun devrait donc se tenir en garde touchant ses propres tentations et veiller dans l’oraison Cf. Op. I, chap. XVIII, notes 267, 268 et 269 des vers. 7 et 9. , de peur que le démon ne trouve l’occasion de le séduire, lui qui ne dort jamais, mais rôde sans cesse, cherchant qui dévorer I Petr., IV, 7 et V, 8. .
4 Personne, si parfait et si saint soit-il, qui n’ait parfois des tentations ; nous ne pouvons en être exempts.
II
5 Bien qu’elles soient désagréables et pénibles, les tentations sont toutefois fort utiles à l’homme. Elles l’humilient, le purifient et l’instruisent.
6 Tous les saints ont passé par de nombreuses tribulations Act., XIV, 21. et tentations ; par elles, ils ont progressé.
7 Ceux qui ont été incapables de soutenir ces épreuves ont régressé et se sont fait rejeter Eccli., IX, 11. .
8 Il n’est ordre si saint, ni lieu si retiré, où l’on ne rencontre tentations ou contrariétés.
III
9 Aussi longtemps qu’il est en vie, l’homme n’est jamais totalement à l’abri des tentations. Nous enportons le principe en nous-mêmes, étant nés “du désir de la chair I Jac., I, 14. Qui transmet la concupiscence, c.-à-d. le désordre, dans les désirs. ”.
10 Qu’une tentation ou une tribulation nous quitte, une autre survient, et nous avons toujours quelque chose à subir, car nous avons perdu notre félicité première.
11 Beaucoup, cherchant à échapper à l’attaque Fugere. Nous ne traduisons pas simplement par fuir la tentation, car nous paraîtrions en contradiction avec l'enseignement de saint Jean de la Croix, docteur de l'Église, en cette matière. On ne peut pas échapper à l'attaque des tentations, mais il faut dérober le fer et ne pas le croiser, il faut fuir intérieurement dans des invocations jaculatoires ou mouvements anagogiques (Cf. P. T. A., p. 65 et seq.). Saint Jean de la Croix disait : «qu'il y a deux manières de résister aux vices et d'acquérir des vertus. L'une est commune et moins parfaite, elle consiste à vouloir résister à quelque vice ou péché ou tentation, au moyen des actes de vertu qui s'opposent à ce vice, péché ou tentation, et le détruisent» – on l'appelle l'agere contra. des tentations, y tombent encore plus gravement.
12 Par la fuite extérieure nous ne pouvons vaincre, mais par la patience et la véritable humilité nous nous rendons plus forts que tous nos ennemis.
IV
13 Qui évite seulement les occasions extérieures, sans arracher leur racine, progressera peu. Au contraire, les tentations reviendront plus vite en lui et il éprouvera pire encore.
14 Peu à peu, avec patience et longueur d’âme Coloss., I, 11. , Dieu aidant Deo juvante. Pour obtenir cette aide de Dieu, les Pères du Désert répétaient sans cesse le «Deus in adjutorium meum», la prière de supplication, le S. O. S. que l'auteur de l'I. C. appelle : supplex oratio(Op. IV, chap. XXVI. Cf. aussi infra, chap. XVIII). , tu l’emporteras mieux qu’avec violence et insistance.
15 Lors de la tentation, recours plus souvent aux conseils. Ne traite pas durement celui qui est tenté, mais verse en lui la consolation L'auteur oppose : duriter agere et consolationes ingere. , comme tu souhaiterais qu’on le fît pour toi.
V
16 Le principe de toutes les tentations mauvaises réside en l’inconstance de l’esprit et le peu de confiance en Dieu.
17 Tout comme un vaisseau sans gouvernail est balloté de-ci de-là sur les flots, ainsi l’homme sans ressort qui abandonne ses résolutions est tenté de toutes manières.
18 Le feu éprouve le fer, et la tentation l’homme juste Eccli., XXXI, 31. .
19 Souvent, nous ne connaissons pas nos possibilités, mais la tentation découvre ce que nous sommes.
20 Aussi faut-il veiller, surtout au début de la tentation ; car l’ennemi est plus facilement vaincu quand on lui refuse absolument la porte Plus sagement, saint François de Sales écrira : Que l'ennemi «crie tant qu'il voudra à la porte, il ne faut pas seulement dire : Qui va-là ?...»(Lettre 737) de l’âme et que, de pied ferme, on le rejette hors du seuil, sitôt qu’il frappe.
21 C’est pourquoi quelqu’un a dit : “Combats dès les commencements, il est trop tard pour préparer le remède quand, par de longs délais, le mal s’est accru. Ovide. Remedio Amoris, Lib, II, 91. ”
22 D’abord, une simple pensée s’offre à l’esprit, puis une vive imagination, ensuite la délectation et le mouvement déréglé, enfin le consentement L'auteur distingue cinq phases dans la tentation. En fait, se permettre la vive imagination, c'est déjà se délecter en vue d'un dérèglement probable. Aussi pratiquement faut-il réduire, comme saint Grégoire, à trois : suggestion, délectation et consentement délibéré, les phases de la tentation. La tentation ne devient péché que par le consentement voulu à la délectation déréglée. .
23 Quand on ne lui a pas résisté dès le début, l’ennemi malin s’introduit ainsi, peu à peu, tout entier. Plus sagement, saint François de Sales écrira : Que l'ennemi «crie tant qu'il voudra à la porte, il ne faut pas seulement dire : Qui va-là ?...»(Lettre 737) Eccli., II, 10.
24 Et plus longtemps quelqu’un est indolent à résister, plus en lui-même chaque jour il s’affaiblit, et plus (ennemi devient puissant contre lui.
VI
25 Les uns subissent leurs plus violentes tentations au début de leur conversion Le moine entend ici par «conversion» l'entrée dans la vie religieuse, la «première conversion» comme on l'appelle (cf. Op. I, chap. XI, note 218 du vers. 16). , les autres à la fin de leur vie.
26 D’autres doivent réellement en souffrir quasi toute leur vie.
27 Pour quelques-uns, de légères tentations suffisent, selon la sagesse et (équité de l’Ordre divin qui pèse (état et le mérite des hommes, et, par degrés, dispose tout pour le salut de ses élus.
VII
28 Nous ne devons donc jamais désespérer dans la tentation mais nous élancer Exorare. C'est prier en sortant de soi, prier par élans, élancements disent les vieux auteurs franciscains, par jaculatoires, c.-à-d. en lançant des flèches au cœur de Dieu. vers Dieu avec encore plus de ferveur, afin qu’Il daigne nous assister dans toute tribulation, Lui qui, selon la parole de Paul, “nous fera tirer parti de la tentation même, afin que nous puissions la surmonter.” I Cor., X, 13.
29 Humilions donc nos âmes sous la main de Dieu I Petr., V, 6 ; Ps., XXXIII, 19 ; Luc., I, 52. Commentant la référence au passage du Magnificat : «Il a élevé les humbles et Il a rempli de bien les affamés», Jean de la Croix observe que l'Eau-Vive «remplit les creux de l'humilité et comble les vides des appétits de l'âme unie à Dieu» (Cántico, Str. XIV, v. 4). , en toute tribulation et tentation, car Il sauvera et exaltera les humbles en esprit.
VIII
**30°**C’est dans les tentations et les tribulations que (homme éprouve combien il a progressé, le mérite s’y affermit davantage et la vertu s’y découvre mieux.
31 Rien d’étonnant à ce qu’un homme soit dévoué et fervent s’il n’éprouve rien de pénible. Mais s’il a résisté avec patience à l’heure de l’adversité, il aura espoir de grandement progresser.
32 Certains se gardent dans les grandes tentations, et succombent fréquemment dans les petites de chaque jour, afin qu’humiliés, ils ne présument jamais d’eux-mêmes dans les grandes, eux qui faiblissent dans de si petites.