CHAPITRE XI – Des moyens d’acquerir la paix et du zele a progresser
Voir note Le latin zelus exprime deux choses : la jalousie qui repousse tout partage, et le zèle qui s'efforce d'écarter ce qui peut nuire à l'objet aimé (cf. aaeII-II, q. 28, 4).
I
1 Nous pourrions demeurer dans une paix infinie si nous consentions à ne pas nous occuper des dits et gestes d’autrui, qui ne nous regardent pas.
2 Comment peut-il demeurer longtemps en paix, celui qui s’immisce dans les affaires d’autrui, qui recherche les occasions de se répandre au dehors, qui peu se recueille en lui-même, ou bien rarement ?
3 Heureux les simples C.-à.-d. les non-divisés par la multiplicité de leurs désirs. , car ils demeureront dans une incommensurable paix Ps., XXXVI, 11. .
II
4 Pourquoi certains saints furent-ils si parfaits et si élevés dans la contemplation Perfecti et contemplativi. Ainsi que l'a rappelé le P. Garrigou-Lagrange, Perfection et Contemplation sont étroitement liées, c'est par la contemplation qu'on avance dans la perfection d'amour, et cette perfection d'amour augmente votre degré d'union dans la contemplation. ?
5 C’est qu’ils se sont appliqués à faire mourir totalement en eux tous les désirs de la terre. Ainsi, de toutes les moelles de leur cœur, purent-ils pénétrer en Dieu Inhaerare : s'attacher intérieurement, pénétrer en, ne peut se traduire par ad-hérer : attacher extérieurement. Il ne faut jamais perdre de vue dans l'I. C., l'insistance sur le in. Cet ouvrage constitue bien : L'Internelle Consolation... jadis attribuée à Gerson. et même quasi librement se vider d’eux-mêmes Vacare : signifie être vide, d'où le sens dérivé de vaquer à, s'occuper de. Généralement, les traducteurs donnent ce sens dérivé, alors que tout le contexte montre qu'il s'agit de se vider de soi pour entrer dans la contemplation, comme l'expose saint Jean de la Croix (Montée du Carmel, L. II, chap. XV) commentant le Psaume 45. II : Vacate et videte quoniam ego sum Deus : Vide-toi et vois comme je suis Dieu ! .
6 Nous autres sommes trop préoccupés de nos propres passions et nous troublons trop de ce qui passe.
7 Il est rare que nous puissions vaincre parfaitement, même un seul vice, et que nous brûlions du désir de progresser chaque jour ; aussi restons-nous froids et tièdes.
III
8 Si nous étions parfaitement morts à nous-mêmes Perfecte mortui. L'homme ne peut mourir parfaitement à lui-même par ses propres efforts ; il faut donc que Dieu intervienne par la suspension des sens pour l'obtention de la contemplation surnaturelle. , et moins enchaînés dans le fond de notre âme, nous pourrions alors goûter les choses de Dieu Matth., XVI, 23. et avoir quelque expérience de la contemplation surnaturelle Cœlesti contemplatione. Il existe aussi une certaine contemplation esthétique d'ordre naturel, mais elle n'est nullement de même mode. Dans la contemplation esthétique, nous nous arrêtons volontairement quelques instants sur un objet ; dans la contemplation surnaturelle, notre intelligence discursive est fixée – comme un phare tournant est bloqué – par Dieu même, puis éteinte, pour que nous recevions, de Dieu même, des lumières infuses. .
9 Le grand, le très grand obstacle, c’est que nous ne sommes pas libérés de nos passions et de nos convoitises, et ne faisons nul effort pour entrer dans la voie de perfection des saints Hebr., IX, 8. .
10 Survienne l’adversité, même légère, nous nous laissons vite abattre et retournons aux humaines consolations.
IV
11 Si, comme des hommes de cœur, nous nous efforcions de rester fermes dans le combat, infailliblement, nous verrions l’aide de Dieu descendre du ciel sur nous Jer., XLI, 16 ; Paralip., XX, 17. .
12 En effet, Il est prêt à aider ceux qui combattent et espèrent en Sa Grâce, Lui qui nous procure des occasions de combat pour que nous soyons vainqueurs.
13 Si nous ne plaçons notre progrès spirituel qu’en de quelconques observances extérieures, notre dévotion prendra vite fin.
14 Portons donc la cognée à la racine Matth., III, 10. afin de nous purger de nos passions et de posséder une âme pacifiée.
V
15 Si, chaque année, nous extirpions un seul vice, nous deviendrions bien vite des hommes parfaits.
16 Mais au contraire, souvent, nous sentons que nous étions meilleurs et plus purs au début de notre conversion qu’après plusieurs années de profession.
17 Chaque jour devrait voir croître la ferveur et la perfection mais, en fait, on trouve beau que quelqu’un ait pu conserver une partie de sa première ferveur Thomas met le doigt sur la plaie. Loin de progresser, par suite, probablement, de leur négligence dans l'oraison, les religieux gardent rarement leur ardeur de novice. Le nunc, en fait, décèle un grave renversement de valeurs. !
18 Si, au début, nous nous faisions tant soit peu violence, alors nous pourrions plus tard tout accomplir facilement avec joie.
VI
19 Il est dur de se défaire d’une habitude, encore plus dur d’aller contre sa volonté propre La volonté propre s'oppose à la volonté de nature (ou ut natura), laquelle nous fait tendre nécessairement avers Dieu, notre fin, comme la pierre tombe vers la terre (cf. I, q. 82 et 83 et Tableau 1 de la Structure de l'Homme, sur ce problème si mal connu de la volonté). .
20 Si tu ne surmontes pas les petites futilités, quand triompheras-tu des difficultés.
21 Arrête en son principe ton inclination, défais-toi de toute mauvaise habitude, de peur qu’insensiblement elle ne te conduise en de plus grandes difficultés.
22 Si tu te rendais compte quelle paix tu trouverais et quelle joie tu donnerais aux autres en demeurant toi-même dans le bien : je présume que tu t’inquiéterais davantage de ton progrès spirituel.