CHAPITRE X – Qu’il faut eviter les paroles superflues
I
1 Garde-toi, tant que tu peux, de l’agitation des hommes, car traiter des affaires du siècle – même si tu parles dans une intention pure – te causera de multiples embarras.
2 Vite, en effet, la vanité souille et captive notre âme.
3 Maintes fois, je voudrais m’être tu et n’avoir pas été parmi les hommes.
4 Pourquoi parlons-nous si volontiers et plaisantons-nous à tour de rôle, puisque si rarement nous revenons au silence sans être intimement blessé ?
5 Nous cherchons à nous consoler l’un l’autre par des confidences réciproques, nous souhaitons réconforter notre cœur des divers soucis qui l’accablent : c’est pourquoi nous parlons si volontiers.
6 Nous prenons surtout plaisir à parler et raisonner de ce que nous aimons ou désirons vivement, voire des peines que nous éprouvons,
7 Mais souvent, hélas ! en pure perte et en vain !
II
8 Car cette consolation extérieure est au très grand détriment de la consolation Le prieur d'Agnetenberg parle ici, pour la première fois, de consolations, mot qui prête à grande confusion. «Consoler», c'est ne pas laisser seul. Depuis des siècles, Jésus ne cesse de réclamer des consolateurs, c.-à-d. des âmes qui restent en tête-à-tête avec Lui – présent en leur cœur – durant le silence et l'oubli de l'oraison. Avant ou après, le Saint-Esprit peut envoyer des consolations, soit sensibles en notre sensibilité, soit volontaires en notre volonté (cf. I. C., Op. II, chap. IX et X). intérieure et divine.
9 Aussi faut-il veiller et prier Matth., XXVI, 41. La prière est action immatérielle, la contemplation est la plus haute forme de cette action. La prière conduit à la quiétude, puis au grand repos (en Dieu) de nos facultés sensibles, tandis que nos facultés intellectuelles : intelligence et volonté, surnaturalisées, présentent le maximum de dynamisme. afin que notre temps ne passe pas dans l’inaction.
10 S’il est permis et utile de parler, parle de ce qui peut édifier Ephes. IV, 29. Édifier : encore un autre mot dévalorisé. Il signifiait cependant : construire un temple où brûle le feu ! .
11 Mauvaise habitude et négligence de notre progrès spirituel nous empêchent souvent de garder notre langue.
12 Cependant, de pieux entretiens sur les sujets spirituels sont aide non négligeable pour le progrès spirituel, surtout entre personnes de même esprit et de même cœur, unies en Dieu C'est l'un des points les plus délicats, non développé par la suite. L'échange d'expériences ou de lumières surnaturelles – non à titre d'étalage, ni même d'évocations agréables – peut être profitable. La vie mystique étant d'ordre expérimental, celui qui, le premier, a de pied ferme traversé la nuit obscure, peut utilement conseiller ses amis. Mais il y a danger à se complaire eu de belles phrases, de beaux développements issus de notre imagination, non de notre volonté nue. .