Un soldat déserteur
Je vous parlais à l’instant, ma Mère, de mon dernier moyen pour éviter une défaite dans les combats de la vie, je veux dire la désertion. Ce moyen peu honorable, je l’employais pendant mon noviciat, il m’a toujours parfaitement réussi. Je vais vous en citer un éclatant exemple qui, je crois, vous fera sourire:
Vous étiez malade depuis plusieurs jours d’une bronchite qui nous donna bien des inquiétudes. Un matin, je vins tout doucement remettre à votre infirmerie les clefs de la grille de communion, car j’étais sacristine. Au fond, je me réjouissais d’avoir cette occasion de vous voir, mais je me gardais bien de le faire paraître. Or, l’une de vos filles, animée d’un saint zèle, crut que j’allais vous éveiller et voulut discrètement me prendre les clefs. Je lui répondis, le plus poliment possible, que je désirais autant qu’elle ne point faire de bruit, et j’ajoutai que c’était mon droit de rendre les clefs. Je comprends aujourd’hui qu’il eût été plus parfait de céder tout simplement, mais je ne le comprenais pas alors et voulus entrer à sa suite, malgré elle.
Bientôt le malheur redouté arriva, le bruit que nous faisions vous fit ouvrir les yeux, et tout retomba sur moi! La sœur à laquelle j’avais résisté se hâta de prononcer tout un discours, dont le fond était ceci: «C’est ma sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus qui a fait le bruit.» Je brûlais du désir de me défendre; mais heureusement il me vint une idée lumineuse; je me dis que, certainement, si je commençais à me justifier j’allais perdre la paix de mon âme; de plus, que ma vertu étant trop faible pour me laisser accuser sans rien répliquer, je devais choisir la fuite pour dernière planche de salut. Aussitôt pensé, aussitôt fait. Je partis… mais mon cœur battait si fort qu’il me fut impossible d’aller loin, et je m’assis dans l’escalier pour jouir en paix des fruits de ma victoire. Sans doute, c’était là une singulière bravoure; cependant il vaut mieux, je crois, ne pas s’exposer au combat lorsque la défaite est certaine.
Hélas! quand je pense au temps de mon noviciat, comme je constate mon imperfection! Je ris maintenant de certaines choses. Ah! que le Seigneur est bon d’avoir élevé mon âme, de lui avoir donné des ailes! Tous les filets des chasseurs ne sauraient plus m’effrayer; car c’est en vain que l’on jette le filet devant les yeux de ceux qui ont des ailes Prov., I, 17. .
Plus tard, il se pourra que le temps où je suis me paraisse rempli de bien des misères encore, mais je ne m’étonne plus de rien, je ne m’afflige pas en me voyant la faiblesse même; au contraire, c’est en elle que je me glorifie et je m’attends chaque jour à découvrir en moi de nouvelles imperfections. Je l’avoue, ces lumières sur mon néant me font plus de bien que des lumières sur la foi.
Me souvenant que Id., X, 12. la charité couvre la multitude des péchés, je puise à cette mine féconde ouverte par le Seigneur dans son Evangile sacré. Je fouille dans les profondeurs de ses paroles adorables, et je m’écrie avec David:
« Ps. CXVIII, 32. J’ai couru dans la voie de vos commandements, depuis que vous avez dilaté mon cœur. » Et la charité seule peut dilater mon cœur… O Jésus! depuis que cette douce flamme le consume, je cours avec délices dans la voie de votre commandement nouveau, et je veux y courir jusqu’au jour bienheureux où, m’unissant au cortège virginal, je vous suivrai dans les espaces infinis, chantant votre Cantique nouveau qui doit être celui de l’AMOUR.
VOIE D’ENFANCE SPIRITUELLE
PAIX **·** SIMPLICITÉ **·**
TA FORCE EST DANS LE REPOS ET LA CONFIANCE Is. XXX. LE PLUS PETIT
DEVIENDRA LE CHEF D’UN PEUPLE NOMBREUX Is. LX.
«Seigneur, vous le voyez, je suis trop petite pour nourrir vos enfants; si vous voulez leur donner par moi ce qui convient à chacune, remplissez ma petite main, et sans quitter vos bras, sans même détourner la tête, je distribuerai vos trésors à l’âme qui viendra me demander sa nourriture.»