Premières invitations aux joies éternelles
Mon âme a connu bien des genres d’épreuves, j’ai beaucoup souffert ici-bas! Dans mon enfance, je souffrais avec tristesse; aujourd’hui, c’est dans la paix et la joie que je savoure tous les fruits amers. Pour ne pas sourire en lisant ces pages, il faut, je l’avoue, que vous me connaissiez à fond, ma Mère chérie; car est-il une âme apparemment moins éprouvée que la mienne? Ah! si le martyre que je souffre depuis un an apparaissait aux regards, quel étonnement! Puisque vous le voulez, je vais essayer de l’écrire; mais il n’y a pas de termes pour expliquer ces choses, et je serai toujours au-dessous de la réalité.
Au carême de l’année dernière, je me trouvai plus forte que jamais, et cette force, malgré le jeûne que j’observais dans toute sa rigueur, se maintint parfaitement jusqu’à Pâques; lorsque le jour du Vendredi Saint, à la première heure, Jésus me donna l’espoir d’aller bientôt le rejoindre dans son beau ciel. Oh! qu’il m’est doux ce souvenir!
Le jeudi soir, n’ayant pas obtenu la permission de rester au Tombeau la nuit entière, je rentrai à minuit dans notre cellule. A peine ma tête se posait-elle sur l’oreiller, que je sentis un flot monter en bouillonnant jusqu’à mes lèvres; je crus que j’allais mourir et mon cœur se fendit de joie. Cependant, comme je venais d’éteindre notre petite lampe, je mortifiai ma curiosité jusqu’au matin et m’endormis paisiblement.
A cinq heures, le signal du réveil étant donné, je pensai tout de suite que j’avais quelque chose d’heureux à apprendre; et, m’approchant de la fenêtre, je le constatai bientôt en trouvant notre mouchoir rempli de sang. O ma Mère, quelle espérance! J’étais intimement persuadée que mon Bien-Aimé, en ce jour anniversaire de sa mort, me faisait entendre un premier appel, comme un doux et lointain murmure qui m’annonçait son heureuse arrivée.
Ce fut avec une grande ferveur que j’assistai à Prime, puis au Chapitre. J’avais hâte d’être aux genoux de ma Mère pour lui confier mon bonheur. Je ne ressentais pas la moindre fatigue, la moindre souffrance, aussi j’obtins facilement la permission de finir mon carême comme je l’avais commencé; et, ce jour du Vendredi Saint, je partageai toutes les austérités du Carmel, sans aucun soulagement. Ah! jamais ces austérités ne m’avaient semblé aussi délicieuses… l’espoir d’aller au ciel me transportait d’allégresse.
Le soir de cet heureux jour je rentrai pleine de joie dans notre cellule, et j’allais encore m’endormir doucement, lorsque mon bon Jésus me donna, comme la nuit précédente, le même signe de mon entrée prochaine dans l’éternelle vie. Je jouissais alors d’une foi si vive, si claire, que la pensée du ciel faisait tout mon bonheur; je ne pouvais croire qu’il y eût des impies n’ayant pas la foi, et me persuadais que, certainement, ils parlaient contre leur pensée en niant l’existence d’un autre monde.