Les fiançailles divines
J’ai dit que Jésus m’avait servi de directeur. A peine le Révérend Père Pichon se chargeait-il de mon âme, que ses supérieurs l’envoyèrent au Canada. Réduite à ne recevoir qu’une lettre par an, la petite fleur transplantée sur la montagne du Carmel se tourna bien vite vers le Directeur des directeurs et s’épanouit à l’ombre de sa croix, ayant pour rosée bienfaisante ses larmes, son sang divin, et pour soleil radieux sa Face adorable.
Jusqu’alors je n’avais pas sondé la profondeur des trésors renfermés dans la sainte Face; ce fut ma petite Mère Agnès de Jésus qui m’apprit à les connaître. De même qu’autrefois elle avait précédé ses trois sœurs au Carmel; de même elle avait pénétré la première les mystères d’amour cachés dans le Visage de notre Epoux; alors, elle me les a découverts, et j’ai compris… J’ai compris mieux que jamais ce qu’est la véritable gloire. Celui dont le royaume n’est pas de ce monde Joan., XVIII, 36. Imit., l. I, c. II, 3. , me montra que la royauté seule enviable consiste à vouloir être ignorée et comptée pour rien, à mettre sa joie dans le mépris de soi-même. Ah! comme celui de Jésus, je voulais que mon visage fût caché à tous les yeux, que sur la terre personne ne me reconnût Is., LIII, 3. : j’avais soif de souffrir et d’être oubliée.
Qu’elle est miséricordieuse la voie par laquelle le divin Maître m’a toujours conduite! Jamais il ne m’a fait désirer quelque chose sans me le donner; c’est pourquoi son calice amer me parut délicieux.