Trois mois d’attente
Pour mes étrennes du 1er janvier 1888, Jésus me fit encore présent de sa croix. Vous me dîtes, ma Mère vénérée, que vous aviez en main la réponse de Monseigneur depuis le 28 décembre, fête des saints Innocents; que cette réponse autorisait mon entrée immédiate, cependant que vous étiez décidée à ne m’ouvrir qu’après le carême! Je ne pus retenir mes larmes à la pensée d’un si long délai. Cette épreuve eut pour moi un caractère tout spécial: je voyais mes liens rompus du côté du monde, et maintenant l’Arche sainte à son tour refusait de recueillir la pauvre petite colombe!
Comment se passèrent ces trois mois, si riches pour mon âme en souffrances, mais plus encore en grâces de toutes sortes? D’abord il me vint à l’esprit de ne pas me gêner, de mener une vie moins réglée que d’habitude; puis le bon Dieu me fit comprendre le bienfait du temps qui m’était offert, et je résolus de me livrer plus que jamais à une vie sérieuse et mortifiée.
Lorsque je dis mortifiée, je n’entends pas les pénitences des saints. Loin de ressembler aux belles âmes qui, dès leur enfance, pratiquent toute espèce de macérations, je faisais uniquement consister les miennes à briser ma volonté, à retenir une parole de réplique, à rendre de petits services autour de moi sans les faire valoir, et mille autres choses de ce genre. Par la pratique de ces riens, je me préparais à devenir la fiancée de Jésus, et je ne puis dire combien cette attente me fit grandir dans l’abandon, l’humilité et les autres vertus.
NUL NE QUITTERA POUR MOI SON PÈRE SA MAISON ET SES BIENS QU’IL NE REÇOIVE LE CENTUPLE EN CE TEMPS PRÉSENT ET DANS LE SIÈCLE A VENIR LA VIE ÉTERNELLE. MARC X. XXX