Gracieuse délivrance de ses peines intérieures
Mais avant de me voir assise au foyer paternel des cieux, je devais souffrir encore bien des séparations sur la terre.
L’année où je fus reçue enfant de la sainte Vierge, elle me ravit ma chère Marie Elle entra au Carmel de Lisieux le 15 octobre 1886, et prit le nom de Sœur Marie du Sacré-Cœur. , l’unique soutien de mon âme. Depuis le départ de Pauline, elle restait mon seul oracle, et je l’aimais tant que je ne pouvais vivre sans sa douce compagnie.
Aussitôt que j’appris sa détermination, je résolus de ne plus prendre aucun plaisir ici-bas; je ne puis dire combien de larmes je versai! D’ailleurs, c’était mon habitude en ce temps-là: je pleurais non seulement dans les grandes occasions, mais dans les moindres. En voici quelques exemples:
J’avais un grand désir de pratiquer la vertu, toutefois je m’y prenais d’une singulière façon: je n’étais pas habituée à me servir; Céline faisait notre chambre, et moi je ne m’occupais d’aucun travail de ménage. Il m’arrivait quelquefois, pour faire plaisir au bon Dieu, de couvrir le lit, ou bien le soir d’aller, en l’absence de ma sœur, rentrer ses boutures et ses pots de fleurs. Comme je l’ai dit, c’était pour le bon Dieu tout seul que je faisais ces choses; ainsi, je n’aurais pas dû attendre le merci des créatures. Hélas! il en était tout autrement; si Céline avait le malheur de ne pas paraître heureuse et surprise de mes petits services, je n’étais pas contente et le lui prouvais par mes larmes.
S’il m’arrivait de causer involontairement de la peine à quelqu’un, au lieu d’en prendre le dessus, je me désolais à m’en rendre malade, ce qui augmentait ma faute plutôt que de la réparer; et, lorsque je commençais à me consoler de la faute elle-même, je pleurais d’avoir pleuré.
Je me faisais vraiment des peines de tout! C’est le contraire maintenant; le bon Dieu me fait la grâce de n’être abattue par aucune chose passagère. Quand je me souviens d’autrefois, mon âme déborde de reconnaissance; par suite des faveurs que j’ai reçues du ciel, il s’est fait en moi un tel changement que je ne suis pas reconnaissable.
Lorsque Marie entra au Carmel, ne pouvant plus lui confier mes tourments, je me tournai du côté des cieux. Je m’adressai aux quatre petits anges qui m’avaient précédée là-haut, pensant que ces âmes innocentes, n’ayant jamais connu le trouble et la crainte, devaient avoir pitié de leur pauvre petite sœur qui souffrait sur la terre. Je leur parlai avec une simplicité d’enfant, leur faisant remarquer qu’étant la dernière de la famille, j’avais toujours été la plus aimée, la plus comblée de tendresses, de la part de mes parents et de mes sœurs; que, s’ils étaient restés sur la terre, ils m’eussent donné sans doute les mêmes preuves d’affection. Leur entrée au ciel ne me paraissait pas être pour eux une raison de m’oublier; au contraire, se trouvant à même de puiser dans les trésors divins, ils devaient y prendre pour moi la paix, et me montrer ainsi que là-haut on sait encore aimer.
La réponse ne se fit pas attendre; bientôt la paix vint inonder mon âme de ses flots délicieux. J’étais donc aimée, non seulement sur la terre, mais aussi dans le ciel! Depuis ce moment, ma dévotion grandit pour mes petits frères et sœurs du paradis; j’aimais à m’entretenir avec eux, à leur parler des tristesses de l’exil et de mon désir d’aller bientôt les rejoindre dans l’éternelle patrie.
TOUT CE QUE VOUS DEMANDEREZ EN MON NOM A MON PÈRE IL VOUS LE DONNERA. JOAN. XVI. 23