L’oraison continuelle et les transports d’amour
Elle voulait vivre la vie du Carmel avec toute la perfection demandée par sa sainte Réformatrice. Bien que plongée dans une habituelle aridité, son oraison était continuelle. Un jour une novice entrant dans sa cellule s’arrêta, frappée de l’expression toute céleste de son visage. Elle cousait avec activité, et cependant semblait perdue dans une contemplation profonde.
«A quoi pensez-vous? lui demanda la jeune sœur.—Je médite le Pater, répondit-elle. C’est si doux d’appeler le bon Dieu notre Père!…» et des larmes brillaient dans ses yeux.
«Je ne vois pas bien ce que j’aurai de plus au ciel que maintenant, disait-elle une autre fois, je verrai le bon Dieu, c’est vrai; mais, pour être avec lui, j’y suis déjà tout à fait sur la terre.»
Une vive flamme d’amour la consumait. Voici ce qu’elle raconte elle-même:
«Quelques jours après mon offrande à l’Amour miséricordieux, je commençais au Chœur l’exercice du Chemin de la Croix, lorsque je me sentis tout à coup blessée d’un trait de feu si ardent que je pensai mourir. Je ne sais comment expliquer ce transport; il n’y a pas de comparaison qui puisse faire comprendre l’intensité de cette flamme. Il me semblait qu’une force invisible me plongeait tout entière dans le feu. Oh! quel feu! quelle douceur!»
Comme la Mère Prieure lui demandait si ce transport était le premier de sa vie, elle répondit simplement:
«Ma Mère, j’ai eu plusieurs transports d’amour, particulièrement une fois, pendant mon noviciat, où je restai une semaine entière bien loin de ce monde; il y avait comme un voile jeté pour moi sur toutes les choses de la terre. Mais je n’étais pas brûlée d’une réelle flamme, je pouvais supporter ces délices sans espérer de voir mes liens se briser sous leur poids; tandis que, le jour dont je parle, une minute, une seconde de plus, mon âme se séparait du corps… Hélas! je me retrouvai sur la terre, et la sécheresse, immédiatement, revint habiter mon cœur!»
Encore un peu, douce victime d’amour. La main divine a retiré son javelot de feu, mais la blessure est mortelle…