Les sacrifices au Carmel
Nous avons vu combien fut grand le sacrifice de Thérèse lorsqu’elle quitta pour toujours son père, qui l’aimait si tendrement, et la maison de famille où elle avait été si heureuse; mais on pensera peut-être que ce sacrifice lui était bien adouci, puisqu’au Carmel elle retrouvait ses deux sœurs aînées, les chères confidentes de son âme: ce fut au contraire pour la jeune postulante l’occasion des plus sensibles privations.
La solitude et le silence étant rigoureusement gardés, elle ne voyait ses sœurs qu’à l’heure des récréations. Si elle eût été moins mortifiée, souvent elle aurait pu s’asseoir à leurs côtés; mais «elle recherchait de préférence la compagnie des religieuses qui lui plaisaient le moins»; aussi l’on pouvait dire qu’on ignorait si elle affectionnait ses sœurs plus particulièrement.
Quelque temps après son entrée, on la donna comme aide à Sœur Agnès de Jésus, sa «Pauline» tant aimée: ce fut une nouvelle source de sacrifices. Thérèse savait qu’une parole inutile est défendue et jamais elle ne se permit la moindre confidence. «O ma petite Mère! dira-t-elle plus tard, que j’ai souffert alors!… Je ne pouvais vous ouvrir mon cœur, et je pensais que vous ne me connaissiez plus!…»
Après cinq années de ce silence héroïque, Sœur Agnès de Jésus fut élue Prieure. Au soir de l’élection, le cœur de la «petite Thérèse» dut battre de joie, à la pensée que désormais elle pourrait parler à sa «petite Mère» en toute liberté, et, comme autrefois, épancher son âme dans la sienne; mais le sacrifice était devenu l’aliment de sa vie; si elle demanda une faveur, ce fut celle d’être considérée comme la dernière, d’avoir partout la dernière place. Aussi, de toutes les religieuses, ce fut elle qui vit sa Mère Prieure le plus rarement.