Sa confiance en Dieu
Ma Mère chérie, il me reste à vous dire ce que j’entends par l’odeur des parfums du Bien-Aimé. Puisque Jésus est remonté au ciel, je ne puis le suivre qu’aux traces qu’il a laissées. Ah! que ces traces sont lumineuses! qu’elles sont divinement embaumées! Je n’ai qu’à jeter les yeux sur le saint Evangile: aussitôt je respire le parfum de la vie de Jésus et je sais de quel côté courir. Ce n’est pas à la première place, mais à la dernière que je m’élance. Je laisse le pharisien monter, et je répète, remplie de confiance, l’humble prière du publicain. Ah! surtout, j’imite la conduite de Madeleine, son étonnante ou plutôt son amoureuse audace qui charme le Cœur de Jésus, séduit le mien!
Ce n’est pas parce que j’ai été préservée du péché mortel que je m’élève à Dieu par la confiance et l’amour. Ah! je le sens, quand même j’aurais sur la conscience tous les crimes qui se peuvent commettre, je ne perdrais rien de ma confiance; j’irais, le cœur brisé de repentir, me jeter dans les bras de mon Sauveur. Je sais qu’il chérit l’enfant prodigue, j’ai entendu ses paroles à sainte Madeleine, à la femme adultère, à la Samaritaine. Non, personne ne pourrait m’effrayer; car je sais à quoi m’en tenir sur son amour et sa miséricorde. Je sais que toute cette multitude d’offenses s’abîmerait en un clin d’œil, comme une goutte d’eau jetée dans un brasier ardent.
Il est rapporté dans la Vie des Pères du désert, que l’un d’eux convertit une pécheresse publique dont les désordres scandalisaient une contrée entière. Cette pécheresse, touchée de la grâce, suivait le saint dans le désert pour y accomplir une rigoureuse pénitence, quand, la première nuit du voyage, avant même d’être rendue au lieu de sa retraite, ses liens mortels furent brisés par l’impétuosité de son repentir plein d’amour; et le solitaire vit, au même instant, son âme portée par les Anges dans le sein de Dieu.
Voilà un exemple bien frappant de ce que je voudrais dire, mais ces choses ne peuvent s’exprimer… Ah! ma Mère, si les âmes faibles et imparfaites comme la mienne sentaient ce que je sens, aucune ne désespérerait d’atteindre le sommet de la montagne de l’Amour, puisque Jésus ne demande pas de grandes actions, mais seulement l’abandon et la reconnaissance.
«Je n’ai nul besoin, dit-il, des boucs de vos troupeaux, parce que toutes les bêtes des forêts m’appartiennent et les milliers d’animaux qui paissent sur les collines: je connais tous les oiseaux des montagnes.
«Si j’avais faim, ce n’est pas à vous que je le dirais: car la terre et tout ce qu’elle contient est à moi. Est-ce que je dois manger la chair des taureaux et boire le sang des boucs? IMMOLEZ A DIEU DES SACRIFICES DE LOUANGES ET D Ps. XLIX, 9, 10, 11, 12, 13, 14. ’ ACTIONS DE GRACES.»
Voilà donc tout ce que Jésus réclame de nous! Il n’a pas besoin de nos œuvres, mais uniquement de notre amour. Ce même Dieu, qui déclare n’avoir nul besoin de nous dire s’il a faim, n’a pas craint de mendier un peu d’eau à la
Samaritaine… Il avait soif!!! Mais en disant: « Joan., IV, 7. Donne-moi à boire», c’était l’amour de sa pauvre créature que le Créateur de l’univers réclamait. Il avait soif d’amour!
Oui, plus que jamais Jésus est altéré. Il ne rencontre que des ingrats et des indifférents parmi les disciples du monde; et parmi ses disciples à lui, il trouve, hélas! bien peu de cœurs qui se livrent sans aucune réserve à la tendresse de son Amour infini.
Mère chérie, que nous sommes heureuses de comprendre les intimes secrets de notre Epoux! Ah! si vous vouliez écrire ce que vous en connaissez, nous aurions de belles pages à lire. Mais, je le sais, vous aimez mieux, comme la sainte Vierge, conserver au fond de votre cœur Lucæ, II, 19. toutes ces choses… A moi, vous dites qu’il est honorable de publier les œuvres du Très-Haut Tob., XII, 7. . Je trouve que vous avez raison de garder le silence; il est vraiment impossible de redire avec des paroles terrestres les secrets du ciel!
Pour moi, après avoir tracé toutes ces pages, je trouve n’avoir pas encore commencé. Il y a tant d’horizons divers, tant de nuances variées à l’infini, que la palette du peintre céleste pourra seule, après la nuit de cette vie, me fournir les couleurs divines capables de peindre les merveilles qu’il découvre à l’œil de mon âme.