Dix minutes plus précieuses que mille ans des joies de la terre
La pratique de la charité ne m’a pas toujours été si douce, je vous le disais à l’instant, ma Mère chérie. Pour vous le prouver, je vais vous raconter, entre bien d’autres, quelques-uns de mes combats.
Longtemps, à l’oraison, je ne fus pas éloignée d’une sœur qui ne cessait de remuer, ou son chapelet, ou je ne sais quelle autre chose; peut-être n’y avait-il que moi à l’entendre, car j’ai l’oreille extrêmement fine; mais dire la fatigue que j’en éprouvais serait chose impossible! J’aurais voulu tourner la tête pour regarder la coupable et faire cesser son tapage; cependant au fond du cœur, je sentais qu’il valait mieux souffrir cela patiemment pour l’amour du bon Dieu d’abord, et puis aussi pour éviter une occasion de peine.
Je restais donc tranquille, mais parfois la sueur m’inondait, et j’étais obligée de faire simplement une oraison de souffrance. Enfin je cherchais le moyen de souffrir avec paix et joie, au moins dans l’intime de l’âme; alors je tâchais d’aimer ce petit bruit désagréable. Au lieu d’essayer de ne pas l’entendre,—chose impossible—je mettais mon attention à le bien écouter, comme s’il eût été un ravissant concert; et mon oraison, qui n’était pas celle de quiétude, se passait à offrir ce concert à Jésus.
Une autre fois, je me trouvais à la buanderie devant une sœur qui, tout en lavant les mouchoirs, me lançait de l’eau sale à chaque instant. Mon premier mouvement fut de me reculer en m’essuyant le visage, afin de montrer à celle qui m’aspergeait de la sorte qu’elle me rendrait service en se tenant tranquille; mais aussitôt je pensai que j’étais bien sotte de refuser des trésors que l’on m’offrait si généreusement, et je me gardai bien de faire paraître mon ennui. Je fis tous mes efforts, au contraire, pour désirer recevoir beaucoup d’eau sale, si bien qu’au bout d’une demi-heure, j’avais vraiment pris goût à ce nouveau genre d’aspersion, et je me promis de revenir autant que possible à cette place fortunée où l’on servait gratuitement tant de richesses.
Ma Mère, vous voyez que je suis une très petite âme qui ne peut offrir au bon Dieu que de très petites choses; encore m’arrive-t-il souvent de laisser échapper ces petits sacrifices qui donnent tant de paix au cœur; mais cela ne me décourage pas, je supporte d’avoir un peu moins de paix et je tâche d’être plus vigilante une autre fois.
Ah! que le Seigneur me rend heureuse! Qu’il est facile et doux de le servir sur la terre! Oui, toujours, je le répète, il m’a donné ce que j’ai désiré, ou plutôt il m’a fait désirer ce qu’il voulait me donner. Ainsi, peu de temps avant ma terrible tentation contre la foi, je me disais: Vraiment, je n’ai pas de grandes peines extérieures, et, pour en avoir d’intérieures, il faudra que le bon Dieu change ma voie; je ne crois pas qu’il le fasse. Pourtant je ne puis toujours vivre ainsi dans le repos. Quel moyen donc trouvera-t-il?
La réponse ne se fit pas attendre; elle me montra que Celui que j’aime n’est jamais à court de moyens; car, sans changer ma voie, il me donna cette grande épreuve qui vint mêler bientôt une salutaire amertume à toutes mes douceurs.
VOIE D’ENFANCE SPIRITUELLE
PAR LA BOUCHE D’ENFANTS TU T’ES FONDÉ UNE FORCE VICTORIEUSE POUR
CONFONDRE TES ENNEMIS ET POUR IMPOSER SILENCE AUX BLASPHÉMATEURS. Ps. VIII
«Dans le cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour…—Mes frères travaillent à ma place, et moi, petite enfant, je me tiens près du trône royal. Je jette les fleurs des petits sacrifices, je chante le cantique de l’Amour. J’aime pour ceux qui combattent.»