Les samedi 8 et 15 juillet 1944.
651.7 - [Marie dit].
“Ce fut une extase la conception de mon Fils. Une plus grande extase de le mettre au jour. L’extase des extases mon passage de la Terre au Ciel. C’est seulement durant la Passion qu’aucune extase ne rendit supportable mon atroce souffrance.
651.8 - La maison, d’où je suis montée au Ciel, était une des innombrables générosités de Lazare, pour Jésus et sa Mère. La petite maison du Gethsémani, près du lieu de son Ascension. Inutile d’en chercher les restes. Dans la destruction de Jérusalem par les romains, elle fut dévastée et ses ruines furent dispersées au cours des siècles.”
Le samedi 18 décembre 1943.
651.9 - [Marie dit].
“Comme fut pour moi une extase la naissance de mon Fils, et comment du ravissement en Dieu, qui me prit à cette heure, je revins présente à moi-même et à la Terre, avec mon enfant dans les bras, ainsi ce qu’on appelle improprement ma mort, ce fut un ravissement en Dieu.
Me fiant à la promesse que j’avais eue dans la splendeur du matin de la Pentecôte, j’ai pensé que l’approche du moment de la dernière venue de l’Amour, pour me ravir en Lui, devrait se manifester par un accroissement du feu d’amour qui toujours me brûlait. Et je ne me suis pas trompée.
De mon côté plus la vie avançait, plus grandissait en moi le désir de me fondre dans l’Éternelle Charité. J’y étais poussée par le désir de me réunir à mon Fils, et la certitude que je n’aurais jamais fait autant pour les hommes que quand j’aurais été, orante et opérante pour eux, au pied du Trône de Dieu. Et avec un mouvement toujours plus enflammé et plus rapide, avec toutes les forces de mon âme, je criais au Ciel: “Viens, Seigneur Jésus! Viens, Éternel Amour!” Ce cri est repris à la fin de la Bible : Apocalypse 22,20.
651.10 - L’Eucharistie, qui était pour moi comme la rosée pour une fleur assoiffée, était vie pour moi, oui, mais plus le temps passait plus elle devenait insuffisante pour satisfaire l’irrésistible anxiété de mon cœur. Il ne me suffisait plus de recevoir en moi mon Fils Divin et de le porter au dedans de moi dans les Espèces Sacrées comme je l’avais porté dans ma chair virginale. Tout moi-même voulait le Dieu Un et Trin, mais pas sous les voiles choisis par mon Jésus pour cacher l’ineffable mystère de la Foi, mais tel qu’il était, est, et sera au centre du Ciel.
Mon Fils Lui-même, dans ses transports eucharistiques, me brûlait par des embrassements de désir infini et chaque fois qu’il venait en moi avec la puissance de son amour, il m’arrachait pour ainsi l’âme dans son premier élan, puis il restait avec une tendresse infinie en m’appelant “Maman!”, et je le sentais anxieux de m’avoir avec Lui.
Je ne désirais plus autre chose. Je n’avais même plus le désir de protéger l’Église naissante, dans les derniers temps de ma vie mortelle. Tout était disparu dans le désir de posséder Dieu par la conviction que j’avais de tout pouvoir quand on le possède.
651.11 - Parvenez, ô chrétiens, à ce total amour. Tout ce qui est terrestre perd sa valeur. Ne regardez que Dieu. Quand vous serez riches de cette pauvreté de désir, qui est une richesse incommensurable, Dieu se penchera sur votre esprit pour l’instruire d’abord, pour le prendre ensuite, et vous monterez avec lui vers le Père, le Fils, l’Esprit-Saint, pour les connaître et les aimer pendant la bienheureuse éternité, et pour posséder leurs richesses de grâces pour vos frères. On n’est jamais si actif pour les frères que quand on n’est plus parmi eux, mais que l’on est des lumières réunies à la Divine Lumière.
651.12 - L’approche de l’Amour Éternel fut marquée par ce que je pensais. Tout perdit lumière et couleur, voix et présence sous la splendeur et la Voix qui, en descendant des Cieux Ouverts à mon regard spirituel, s’abaissaient sur moi pour cueillir mon âme. On dit que j’aurais jubilé d’être assistée à cette heure par mon Fils. Mais mon doux Jésus était bien présent avec le Père quand l’Amour, c’est-à-dire l’Esprit-Saint, troisième Personne de la Trinité Eternelle, me donna le troisième baiser de ma vie, ce baiser si puissamment divin que mon âme s’exhala en lui, en se perdant dans la contemplation comme une goutte de rosée aspirée par le soleil dans le calice d’un lys.
Et je suis montée avec mon esprit et ses hosannas aux pieds des Trois que j’avais toujours adorés. Puis, au moment voulu, comme une perle dans un chaton de feu, aidée d’abord, puis suivie par la troupe des esprits angéliques venus pour m’assister dans le jour éternel de ma naissance céleste, attendue déjà dès le seuil des Cieux par mon Jésus, et sur leur seuil par mon juste époux de la Terre, par les Rois et Patriarches de ma race, par les premiers saints et martyrs, je suis entrée comme Reine, après tant de douleur et tant d’humilité de pauvre servante de Dieu, dans le Royaume de la joie sans limite.
Et le Ciel s’est refermé sur la joie de me posséder, d’avoir sa Reine dont la chair, unique entre toutes les chairs mortelles, connaissait la glorification avant la Résurrection finale et le dernier jugement.”
Décembre 1943.
651.13 - [Marie dit].
“Mon humilité ne pouvait me permettre de penser qu’il m’était réservée tant de gloire au Ciel. Il y avait dans ma pensée la quasi certitude que ma chair humaine, sanctifiée pour avoir porté Dieu, n’aurait pas connu la corruption, puisque Dieu est Vie et quand Il sature et emplit de Lui-même une créature, son action est comme les aromates qui préservent de la corruption de la mort.
Moi, non seulement j’étais restée Immaculée, non seulement j’avais été unie à Dieu par un chaste et fécond embrassement, mais je m’étais saturée, jusque dans mes plus secrètes profondeurs, des émanations de la Divinité cachée dans mon sein et occupée à se voiler de chair mortelle. Mais que la bonté de l’Éternel aurait réservé à sa servante la joie de sentir de nouveau sur mes membres le contact de la main de mon Fils, son embrassement, son baiser et d’entendre de nouveau sa voix de mes oreilles, de voir de mes yeux son visage, je ne pensais pas que cela me serait accordé et je ne le désirais pas. Il m’aurait suffi que ces béatitudes soient accordées à mon esprit et de cela aurait déjà été empli de félicité mon moi.
651.14 - Mais, c’est pour témoigner de sa première pensée créatrice en ce qui concerne l’homme destiné par Lui, Créateur, à vivre en passant sans mourir du Paradis terrestre au céleste, dans le Royaume éternel, que Dieu m’a voulue, moi, Immaculée, au Ciel en âme et en corps sitôt finie ma vie terrestre.
Moi, je suis le témoignage de ce que Dieu avait pensé et voulu pour l’homme: une vie innocente et ignorant les fautes, un tranquille passage de cette vie à la Vie éternelle comme quelqu’un qui franchit le seuil d’une maison pour entrer dans un palais, l’homme avec son être complet fait d’un corps matériel et d’une âme spirituelle serait passé de la Terre au Ciel, en augmentant la perfection de son moi que lui a donnée Dieu, de la perfection complète à la fois de la chair et de l’esprit qui était, dans la pensée divine, destinée à toute créature qui serait restée fidèle à Dieu et à la Grâce. Cette perfection, l’homme l’aurait atteinte dans la pleine lumière qui existe aux Cieux et les remplit, venant de Dieu, Soleil éternel qui les illumine.
651.15 - Devant les Patriarches, les Prophètes et les Saints, devant les Anges et les Martyrs, Dieu m’a mise, montée en corps et en âme à la gloire des Cieux, et Il a dit:
“Voici l’œuvre parfaite du Créateur. Voici ce que J’ai créé à ma plus véritable image et ressemblance entre tous les fils de l’homme, fruit d’un chef-d’œuvre de création divine, merveille de l’Univers qui voit renfermé en un seul être le divin dans son esprit éternel comme Dieu et comme Lui spirituel, intelligent, libre et saint, et la créature matérielle dans la plus sainte et la plus innocente des chairs, devant laquelle tout autre vivant, dans les trois règnes de la création, est obligé de s’incliner.
Voilà le témoignage de mon amour pour l’homme pour lequel j’ai voulu un organisme parfait et le sort bienheureux d’une vie éternelle dans mon Royaume.
Voilà le témoignage de mon pardon pour l’homme auquel, par la volonté d’un Trine Amour, J’ai accordé de se réhabiliter et de se recréer à mes yeux.
C’est la mystique pierre de touche, c’est l’anneau qui unit l’homme à Dieu, c’est Celle qui ramène les temps aux premiers jours et donne à mes yeux divins la joie de contempler une Eve telle que Je l’ai créée, et maintenant devenue encore plus belle et plus sainte parce qu’elle est la Mère de mon Verbe, et la Martyre du plus grand pardon.
Pour son Cœur Immaculé qui n’a jamais connu aucune tache, même la plus légère, J’ouvre les trésors du Ciel, et pour sa tête qui n’a jamais connu l’orgueil, Je fais de ma splendeur un diadème et Je la couronne puisqu’elle est pour Moi la plus sainte, pour qu’elle soit votre Reine”.
651.16 - Dans le Ciel il n’y a pas de larmes. Mais au lieu des larmes de joie qu’auraient eu les esprits s’il leur avait été accordé de pleurer, liquide qui coule par suite d’une émotion, il y eut, après ces divines paroles, un rayonnement de lumières, un changement de splendeurs en de plus vives splendeurs, une ardeur de flammes de charité en un feu plus ardent, un son insurpassable et indescriptible d’harmonies célestes auxquelles s’unit la voix de mon Fils pour louer Dieu le Père et sa Servante éternellement bienheureuse.”
Le mercredi 1er mai 1946.
651.17 - [Jésus dit].
“Il y a une différence entre la séparation de l’âme d’avec le corps pour une vraie mort, et la séparation momentanée de l’esprit d’avec le corps et d’avec l’âme qui le vivifie par extase ou ravissement contemplatif.
Alors que la séparation de l’âme d’avec le corps provoque la mort vraie, la contemplation extatique, c’est-à-dire l’évasion temporaire de l’esprit hors des barrières des sens et de la matière, ne provoque pas la mort Cette affirmation sur la composition tripartite de l'Homme (corps, âme, esprit) est développée par Maria avant les visions, dès son Autobiographie (page 352.) dans la suite de saint Paul (1 Thessaloniciens 5, 23). Plus particulièrement, la différence entre la mort et l'extase, développée ici en date du 1er mai 1946, est reprise plus tard par Azarias (Les Cahiers de 1945 à 1950, 1er mai 1948, page 475). . Et cela parce que l’âme ne se détache pas et ne se sépare pas totalement d’avec le corps, mais le fait seulement avec sa partie la plus excellente qui se plonge dans les feux de la contemplation.
Tous les hommes, tant qu’ils sont en vie, ont en eux l’âme morte par suite du péché ou vivante par la justice, mais seuls les grands aimants de Dieu atteignent la contemplation vraie.
Cela tend à montrer que l’âme, qui conserve l’existence tant qu’elle est unie au corps - et cette particularité est pareille en tous les hommes - possède en elle-même une partie plus excellente: l’âme de l’âme, ou l’esprit de l’esprit, qui chez les justes sont très forts, alors que chez ceux qui ont cessé d’aimer Dieu et sa Loi, ne serait-ce que par la tiédeur ou les péchés véniels, ils deviennent faibles, privant la créature de la capacité de contempler et de connaître, autant que peut le faire une créature humaine, selon le degré de perfection qu’elle a atteint, Dieu et ses éternelles vérités.
Plus la créature aime Dieu et le sert de toutes ses forces et possibilités, et plus la partie la plus excellente de son esprit augmente sa capacité de connaître, de contempler, de pénétrer les éternelles vérités.
651.18 - L’homme, doué d’une âme rationnelle, est une capacité que Dieu emplit de Lui-même. Marie, étant la plus sainte de toutes les créatures après le Christ, a été une capacité comble, jusqu’à déborder sur ses frères dans le Christ de tous les siècles, et pendant les siècles des siècles, de Dieu, de ses grâces, de sa charité et de ses miséricordes.
Elle a trépassé, submergée par les flots de l’amour. Maintenant, au Ciel, devenue un océan d’amour, elle déborde sur les fils qui lui sont fidèles, et aussi sur les fils prodigues, ses flots de charité pour le salut universel, elle qui est la Mère universelle de tous les hommes.”