“Je le ferai, s’il m’est donné de le faire, mais j’en doute beaucoup. Quelque chose me dit en mon intérieur que, comme il arriva pour Élie, ravi par un tourbillon céleste sur un char de feu Cf. 2 Rois 2, 9-11. , il en sera ainsi pour elle. Je n’aurai pas le temps de m’apercevoir de son passage prochain qu’elle sera déjà au Ciel avec son âme.”

“Mais son corps au moins restera. Il est resté celui du Maître! Et il était Dieu!”

“Pour Lui, il était nécessaire qu’il en fût ainsi. Pour elle, non. Lui devait, par sa Résurrection, démentir les calomnies des juifs, par ses apparitions persuader le monde, devenu hésitant ou même négateur à cause de sa mort sur la Croix. Mais elle n’a pas besoin de cela. Mais si je puis le faire, je te préviendrai.

648.5 - Adieu, Pierre, Pontife et mon frère dans le Christ. Je retourne vers elle qui certainement m’attend. Que Dieu soit avec toi.”

“Et avec toi. Et dis à Marie de prier pour moi, et de me pardonner encore pour ma lâcheté de la nuit du Procès. C’est un souvenir que je n’arrive pas à effacer de mon cœur, une chose qui ne me laisse pas en paix…”

Des larmes descendent sur les joues de Pierre, qui dit pour terminer:

“Qu’elle soit pour moi une Mère, une Mère aimante pour son fils prodigue et malheureux…”

“Il n’est pas besoin que je le lui dise. Elle t’aime plus qu’une mère, selon le sang. Elle t’aime en Mère de Dieu, et avec la charité d’une Mère de Dieu. Si elle était prête à pardonner à Judas, dont la faute était sans mesure, pense si elle ne t’a pas pardonné à toi! Paix à toi, frère. Je m’en vais.”

“Et moi, je te suis, si tu le permets. Je veux la voir une fois encore.”

“Viens. Je connais la route à prendre pour entrer au Gethsémani sans être vus.”

648.6 - Ils se mettent en route, et vont, rapides et silencieux, vers Jérusalem en passant pourtant par la route haute qui rejoint l’Oliveraie du côté le plus éloigné de la ville.

Ils y arrivent quand déjà l’aube blanchit. Ils entrent au Gethsémani et descendent vers la petite maison. Marie, qui est sur la terrasse, les voit venir et en poussant un cri de joie, elle descend à leur rencontre.

Pierre tombe vraiment à ses pieds, le visage contre terre, en lui disant:

“Mère, pardon!”

“De quoi donc? As-tu par hasard péché en quelque chose? Celui qui me révèle toute vérité m’a seulement révélé que tu es son digne successeur dans la Foi. Comme homme, je t’ai toujours trouvé juste, bien que parfois impulsif. Que dois-je donc te pardonner?”

Pierre pleure en silence.

Jean explique:

“Pierre ne sait pas se donner la paix parce qu’il a renié Jésus, dans la Cour du Temple.”

“C’est du passé. C’est effacé, Pierre. Jésus t’a-t-il peut-être fait des reproches?”

“Oh! non!”

“Était-il moins affectueux avec toi qu’auparavant?”

“Non. En vérité, non. Au contraire!…”

“Et ne t’a-t-il pas dit comment Lui, et moi avec Lui, nous t’avons compris et pardonné?”

“C’est vrai. Je suis toujours le même sot.”

“Et alors va et reste en paix. Je te dis que nous nous trouverons tous, toi, les autres apôtres et diacres Les diacres ont donc déjà été institués pour décharger les apôtres des charges matérielles. On y trouve Étienne, le premier martyr, Nicolaï d'Antioche, Timon d'Aëra, ainsi que Philippe d'Arbela, Prochore, Nicanor et Parménas. Dans l'œuvre de Maria Valtorta, on n'identifie que les quatre premiers. , et moi, tous au Ciel, près de l’Homme-Dieu. Pour autant qu’il m’est donné, je te bénis” et, comme elle a fait pour Gamaliel Voir le chapitre précédent. , Marie met ses mains sur la tête de Pierre et y trace dessus un signe de croix.

Pierre se penche pour lui baiser les pieds, puis se lève, bien plus serein qu’avant, et, toujours accompagné de Jean, il revient à la haute grille, la franchit et s’en va, pendant que Jean, après avoir fermé l’entrée, revient trouver Marie.