Et elle a encore grandi davantage quand, étant dans le Temple, tu as vu s’accomplir le signe tant attendu qui a marqué le commencement de l’ère chrétienne. Et elle a encore grandi quand, avec ces paroles puissantes, angoissées, tu as prié au pied de la croix de mon Fils, désormais glacé et éteint. Elle est devenue presque parfaite chaque fois où, par la parole ou en te retirant à part, tu as défendu les serviteurs de mon Fils et que tu n’as pas voulu prendre part à la condamnation des premiers martyrs. Crois-le, Gamaliel, chacun de tes actes de douleur, de justice, d’amour, a fait grandir en toi ta vision spirituelle.”
647.5 - “Ce n’est pas encore assez tout cela! Voilà: moi j’ai eu la grâce rare de connaître ton Fils dès sa première manifestation publique, au moment de sa majorité. J’aurais dû voir dès ce moment! Comprendre! J’ai été aveugle et sot… Je n’ai pas vu et pas compris. Pas alors, et pas d’autres fois où j’ai eu la grâce de l’approcher, devenu désormais Homme et Maître, et d’entendre ses paroles toujours plus justes et plus puissantes. Entêté, j’attendais le signe humain, les pierres secouées… Et je ne voyais pas que tout en Lui était un signe certain! Et je ne voyais pas qu’il était la Pierre angulaire prédite par les Prophètes, la Pierre qui déjà secouait le monde, le monde entier: hébreu et gentil, la Pierre qui secouait les pierres des cœurs par sa Parole, par ses prodiges! Je ne voyais pas sur Lui le signe visible de son Père en tout ce qu’il faisait ou disait! Comment peut-Il pardonner tant d’obstination?”
647.6 - “Gamaliel, peux-tu croire que moi, qui suis le Siège de la Sagesse, la Pleine de Grâce qui, par la Sagesse qui en moi a pris Chair, et qu’étant par la Grâce qu’Il m’a donnée, pleine de la connaissance des choses surnaturelles, je puis te donner un bon conseil?”
“Oh! oui, je le crois! C’est justement parce que je crois que tu es cela que je viens à toi pour avoir la lumière. Toi, Fille, Mère, Épouse de Dieu, qui certainement dès ta conception t’a comblée de ses lumières de Sagesse, tu ne peux que m’indiquer le chemin que je dois prendre pour avoir la paix, pour trouver la vérité, pour conquérir la vraie Vie. Je suis tellement conscient de mes erreurs, tellement écrasé par ma misère spirituelle, que j’ai besoin d’aide pour oser aller à Dieu.”
“Ce que tu regardes comme un obstacle est au contraire une aile pour t’élever vers Dieu. Tu t’es démoli toi-même, tu t’es humilié. Tu étais une montagne puissante, tu t’es rendu vallée profonde. Sache que l’humilité est semblable à l’engrais du terrain le plus aride pour le préparer à donner des plantes et des moissons magnifiques. C’est un escalier pour monter, ou plutôt c’est une échelle pour monter vers Dieu qui, voyant celui qui est humble, l’appelle à Lui pour l’exalter, pour l’enflammer de sa Charité et l’éclairer de ses lumières pour qu’il voie. C’est pour cela que moi je te dis que tu es déjà dans la Lumière, sur le bon Chemin, tourné vers la Vie véritable des fils de Dieu.”
647.7 - “Mais pour avoir la Grâce je dois entrer dans l’Église, avoir le Baptême qui purifie de la faute et nous rend de nouveau fils adoptifs de Dieu. Je n’y suis pas opposé, au contraire. J’ai détruit en moi le fils de la Loi, je ne puis plus avoir d’estime et d’amour pour le Temple. Mais je ne veux pas être rien. Je dois donc réédifier sur les ruines de mon passé l’homme nouveau, et la foi nouvelle. Je pense pourtant que les apôtres et les disciples sont méfiants et prévenus à mon égard, à l’égard du grand rabbi à la nuque raide…”
Jean l’interrompt pour lui dire:
“Tu te trompes, ô Gamaliel. Moi, tout le premier, je t’aime et je marquerais comme un jour de très grande grâce celui où tu pourrais te dire agneau du troupeau du Christ. Je ne serais pas son disciple si je ne mettais pas en pratique ses enseignements. Et Lui nous a commandé l’amour et la compréhension pour tous, et spécialement pour les plus faibles, les malades, les égarés. Il nous a ordonné d’imiter ses exemples. Et nous le voyions toujours tout amour pour les coupables repentis, ou les fils prodigues qui revenaient au Père, ou les brebis égarées. De la Magdeleine à la Samaritaine, d’Aglaé au larron, combien il en a rachetés par miséricorde! Il aurait pardonné même à Judas pour son crime suprême, s’il s’était repenti. Il lui avait pardonné tant de fois! Moi seul je sais à quel point il l’a aimé, connaissant pourtant toute sa conduite.
647.8 - Viens avec moi, je ferai de toi un fils de Dieu et un frère pour le Christ Sauveur.”
“Tu n’es pas le Pontife. Le Pontife c’est Pierre. Et Pierre sera-t-il bon comme toi? Lui, je le sais, est très différent de toi.”
“Il l’était. Mais depuis qu’il a vu combien il a été faible, jusqu’à être lâche et à renier son Maître, il n’est plus ce qu’il était, et il est miséricordieux pour tous et avec tous.”
“Alors, conduis-moi tout de suite à lui. Je suis âgé, et j’ai déjà trop tardé. Je me sentais trop indigne, et je craignais que tous les serviteurs du Christ me jugent de la même façon. Maintenant que les paroles de Marie et les tiennes m’ont réconforté, je veux entrer tout de suite au Bercail du Maître, avant que mon vieux cœur, brisé par tant de choses, s’arrête. Conduis-moi, car j’ai congédié le serviteur qui m’a conduit ici pour qu’il n’entende rien. Il va revenir à l’heure de prime. Mais alors je serai déjà loin, et de deux manières. De cette maison et du Temple. Pour toujours. J’irai d’abord, moi, fils rebelle, à la maison du Père, moi, brebis perdue, au vrai Bercail du Pasteur éternel. Puis je retournerai dans ma maison lointaine Probablement à Giscala, là où est enterré son grand-père, plutôt qu'à Gamala de Judée une résidence peut-être trop proche de Jérusalem , pour y mourir dans la paix et dans la grâce de Dieu.”
647.9 - Marie, d’un mouvement spontané, l’étreint et lui dit:
“Que Dieu te donne la paix. La paix et la gloire éternelle parce que tu l’as mérité, en montrant ta vraie pensée aux puissants chefs d’Israël sans craindre leurs réactions. Que Dieu soit avec toi, toujours. Que Dieu te donne sa bénédiction.”
Gamaliel cherche de nouveau les mains de Marie. Il les prend dans les siennes, les baise, et s’agenouille en la priant de poser ces mains bénies sur sa vieille tête lasse.
Marie le satisfait. Elle fait même davantage. Elle trace un signe de croix sur sa tête inclinée puis, avec Jean, elle l’aide à se mettre debout, l’accompagne à la porte et reste à le regarder s’éloigner, conduit par Jean vers la vraie Vie, lui, homme humainement fini, mais surnaturellement recréé.