“Je voudrais pouvoir retourner ici aussi. Car, avec les apôtres, nous aurions décidé, pourvu que Lazare le permette…”
“Tout ce que tu veux, Mère. Tout ce qui est à moi, est à toi. Je le disais d’abord à Jésus. Maintenant je le dis à toi. Et celui qui reçoit une grâce, c’est toujours moi, si tu acceptes mon cadeau.”
“Fils, laisse-moi t’appeler ainsi, je voudrais que tu nous accordes de faire de cette maison, c’est-à-dire du Cénacle, le lieu de la réunion et de l’agape fraternelle.”
“C’est juste. C’est en ce lieu que ton Fils a institué le nouveau Rite éternel, a établi la nouvelle Église, en élevant au nouveau Pontificat et au Sacerdoce ses apôtres et disciples. Il est juste que cette pièce devienne le premier temple de la nouvelle religion. La semence qui demain sera un arbre, et ensuite une forêt immense, le germe qui demain sera un organisme vivant, complet et qui grandira toujours de plus en plus en hauteur, en profondeur et largeur, pour s’étendre sur toute la Terre. Quelle table et quel autel sont plus saints que ceux sur lesquels Lui a partagé le Pain et posé le Calice du nouveau Rite qui durera tant que durera la Terre?”
“C’est vrai, Lazare. Et, tu vois? C’est pour lui que je suis occupée à coudre les nappes pures. Car je crois, comme personne ne croira avec une pareille puissance, que le Pain et le Vin, c’est Lui, dans sa Chair et dans son Sang, Chair toute sainte et toute innocente, Sang Rédempteur, donnés aux hommes en nourriture et en Boisson de Vie. Que le Père, le Fils et l’Esprit-Saint vous bénissent, vous qui êtes toujours bons, sages, pleins de pitié pour le Fils et sa Mère.”
642.6 - “Alors, c’est dit. Prends. Voici la clef qui ouvre les différentes grilles de l’enceinte du Gethsémani, et voilà la clef de la maison. Et sois heureuse autant que Dieu t’accorde de l’être, et autant que notre pauvre amour voudrait que tu le sois.”
Joseph d’Arimathie, maintenant que Lazare a fini de parler, dit à son tour: “Et voici la clef de l’enceinte de mon jardin.”
“Mais toi… Tu as bien le droit d’y entrer, toi!”
“J’en ai une autre, Marie. Le jardinier est un juste, et de même son fils Cf. La visite des apôtres dans le Jardin du Tombeau : EMV 631. . Tu pourras trouver là eux seulement et moi. Et nous serons tous prudents et respectueux.”
“Que Dieu vous bénisse de nouveau” répète Marie.
“À toi nos remerciements, ô Mère. Notre amour et la paix de Dieu pour toi, toujours.” Ils se prosternent après ce dernier salut, baisent de nouveau le bord de son vêtement et s’en vont.
642.7 - Ils viennent de sortir de la maison quand on entend un autre coup discret à la porte de la pièce où est Marie.
“Entre donc” dit Marie.
Jean ne se le fait pas dire deux fois. Il entre et ferme, un peu agité: “Que voulaient Joseph et Lazare? Y a-t-il quelque danger?”
“Non, fils. Il n’y a que l’exaucement de mon désir. Mon désir et celui des autres. Tu sais comment Pierre et Jacques d’Alphée, le premier Pontife, et l’autre chef de l’Église de Jérusalem, sont désolés à la pensée de me perdre, et effrayés par la crainte de ne pas savoir faire sans moi. Jacques surtout. Même l’apparition spéciale de mon Fils à lui, son élection voulue par Jésus, ne le consolent pas et ne lui donnent pas courage. Mais aussi les autres!… Maintenant Lazare satisfait ce désir général et nous rend maîtres du Gethsémani. Toi et moi. Seuls, là. Voici les clefs. Et celle-ci est du jardin de Joseph… Nous pourrons aller au Tombeau, à Béthanie, sans passer par la ville… Et aller au Golgotha… Et venir ici chaque fois qu’il y aura l’agape fraternelle. Tout nous est accordé par Lazare et Joseph.”
“Ce sont deux véritables justes. Lazare a eu beaucoup de Jésus. C’est vrai. Mais aussi, avant d’avoir, il a toujours tout donné à Jésus. Es-tu heureuse, Mère?”
“Oui, Jean, tellement! Je vivrai, tant que Dieu le voudra, pour assister Pierre et Jacques, et vous tous, et j’aiderai les premiers chrétiens de toutes les façons. Si les juifs, les pharisiens et les prêtres ne seront pas aussi des fauves contre moi, comme ils l’ont été pour mon Fils, je pourrai exhaler mon esprit là où Lui est monté vers le Père.”
642.8 - “Tu monteras aussi, ô Mère.”
“Non. Je ne suis pas Jésus, moi. Je suis née humainement.”
“Mais sans la tache d’origine. Moi, je suis un pauvre pêcheur ignorant. En fait de doctrine et d’écritures, je ne sais rien d’autre que ce que le Maître m’a enseigné. Pourtant je suis comme un enfant car je suis pur. Et à cause de cela, peut-être, j’en sais plus que les rabbis d’Israël parce que, Lui l’a dit, Dieu cache les choses aux sages et Il les révèle aux petits, aux purs. Et à cause de cela je pense, je dis plutôt: je sens que tu auras le sort qu’aurait eu Ève si elle n’avait pas péché. Et plus encore, puisque tu n’as pas été épouse d’un Adam-homme, mais de Dieu pour donner à la Terre le nouvel Adam fidèle à la Grâce.
Le Créateur, en créant les premiers parents, ne les avait pas destinés à la mort, c’est-à-dire à la corruption du corps le plus parfait créé par Lui, et rendu le plus noble de tous les corps créés parce que doué d’une âme spirituelle et des dons gratuits de Dieu, grâce auxquels ils pouvaient se dire “fils adoptifs de Dieu”, mais Il voulait pour eux seulement le passage du Paradis terrestre au Paradis céleste. Or tu n’as jamais eu de tache d’aucun péché sur ton âme. Même le grand péché commun à tous, héritage d’Adam pour tous les humains ne t’a pas frappé, car Dieu t’en a préservée par un privilège singulier, unique, puisque depuis toujours tu étais destinée à devenir l’Arche du Verbe. Et l’Arche aussi qui, hélas! ne contient que des choses froides, arides, mortes, puisqu’en vérité le peuple de Dieu ne les met pas en pratique comme il devrait, est, et devrait être, toujours toute pure. L’Arche, oui. Mais qui, parmi ceux qui s’en approchent, Pontife et Prêtres, l’est réellement comme tu l’es? Personne. C’est pourquoi je sens qu’à toi, seconde Ève, et Ève fidèle à la Grâce, la mort ne sera pas donnée.”
642.9 - “Mon Fils, second Adam, la Grâce elle-même, toujours obéissant au Père, à moi, d’une manière parfaite, est mort. Et de quelle mort!”
“Il était venu pour être le Rédempteur, Mère. Il a quitté le Père, le Ciel, pour prendre Chair afin de racheter les hommes par son Sacrifice, leur rendre la Grâce, et donc de les élever de nouveau au rang de fils adoptifs de Dieu, héritiers du Ciel. Lui devait mourir, et mourir avec son Humanité très Sainte. Et toi, tu es morte dans ton cœur, en voyant son supplice atroce et sa Mort. Tu as déjà tout souffert pour être Rédemptrice avec Lui. Je suis un pauvre sot, mais je sens que toi, Arche véritable du Dieu vrai et vivant, tu ne seras pas, tu ne peux être soumise à la corruption. Comme la nuée de feu La nuée de feu, en Exode 13,21-22 ; Nombres 9,15-23. La verge d'Aaron, en Nombres 17,23-26. Les eaux du Jourdain, en Josué 3,14-17. protégea et dirigea l’Arche de Moïse vers la Terre promise, ainsi le Feu de Dieu t’attirera à son Centre. Comme la verge d’Aaron ne sécha pas, ne mourut pas, mais au contraire, bien que détachée de l’arbre, produisit des bourgeons, des feuilles et des fruits, et vécut dans le Tabernacle, ainsi toi, choisie par Dieu entre toutes les femmes qui ont habité et habiteront la Terre, tu ne mourras pas comme une plante qui se dessèche, mais dans l’éternel Tabernacle des Cieux tu vivras éternellement, avec toute toi-même.
Comme les eaux du Jourdain s’ouvrirent pour laisser passer l’Arche et ceux qui la portaient, et le peuple tout entier, au temps de Josué, ainsi pour toi s’ouvriront les barrières que le péché d’Adam a mises entre la Terre et le Ciel, et tu passeras de ce monde au Ciel éternel. J’en suis certain car Dieu est juste. Et pour toi s’applique le décret émis par Lui pour celui qui n’a ni le péché héréditaire, ni un péché volontaire sur son âme.”
642.10 - “Jésus t’a-t-il révélé cela?”
“Non, Mère. Celui qui me l’a dit, c’est l’Esprit Paraclet. Celui dont le Maître nous a avertis qu’Il nous aurait révélé les choses futures et toute vérité. Le Consolateur déjà me l’a dit en mon esprit pour me rendre moins amère la pensée de te perdre, ô Mère bénie que j’aime et vénère autant et plus que la mienne pour ce que tu as souffert, pour ce que tu es bonne et sainte, inférieure seulement à ton Fils très Saint, entre tous les saints présents et à venir. La plus grande Sainte.” Et Jean, tout ému, se prosterne pour la vénérer.
La note doctrinale Mater populi fidelis du 4 novembre 2025 ne met pas en doute la participation de Marie à la Rédemption ; elle rappelle simplement qu'il faut une terminologie qui respecte la primauté du Rédempteur : Jésus. Le terme corédemptrice, bien qu'historique et bien qu'ayant remplacé le terme plus ancien de Rédemptrice dans l'usage liturgique, lui semble porteur d'ambigüité et donc d'usage inopportun. Cependant cette discipline de langage ne doit pas occulter la participation Marie à la Rédemption. Marie est la première et la plus parfaite coopératrice du Christ, la "nouvelle Ève" qui, par son "oui", rend possible l'incarnation et, par sa maternité spirituelle, continue d'intercéder pour l'humanité. Les affirmations des encycliques et d'autres écrits, antérieurs à cette note, restent valables lorsqu'elles sont comprises à la lumière de cette coopération subordonnée, et non comme une attribution d'un pouvoir rédempteur égal à celui de Jésus.