“Tu es d’ailleurs, homme? Tu ne t’es pas arrêté à Jérusalem? Ton vêtement poussiéreux et tes sandales en cet état nous paraissent appartenir à un pèlerin infatigable.”
“Je le suis. Je viens de très loin…”
“Tu dois être fatigué, alors. Et tu vas loin?”
“Très loin. Plus loin encore que de l’endroit d’où je viens.”
“Tu fais du commerce? Des marchés?”
“Je dois acheter une quantité infinie de troupeaux pour le plus grand Seigneur. Je dois faire le tour du monde pour choisir des brebis et des agneaux, et descendre même parmi les troupeaux sauvages qui pourtant, quand ils seront rendus domestiques, seront meilleurs que ceux qui maintenant ne sont pas sauvages.”
“Travail difficile. Et tu as continué ta route sans t’arrêter à Jérusalem?”
“Pourquoi le demandez-vous?”
“Parce que toi seul sembles ignorer ce qui y est arrivé ces jours- ci.”
“Qu’est-il arrivé?”
“Tu viens de loin et c’est pour cela que peut-être tu ne sais pas. Mais ta façon de parler est pourtant de Galilée. Aussi, même si tu es serviteur d’un roi étranger ou fils de galiléens expatriés, tu dois savoir, si tu es circoncis, que depuis trois ans dans notre patrie s’est levé un grand prophète du nom de Jésus de Nazareth, puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant les hommes, qui allait en prêchant à travers tout le Pays. Et il se disait le Messie. Ses paroles et ses œuvres étaient réellement du Fils de Dieu, comme Lui se disait. Mais seulement du Fils de Dieu. Tout Ciel… Maintenant tu sais pourquoi…
625.4 - Mais es-tu circoncis?”
“Je suis premier-né et consacré au Seigneur.”
“Alors tu connais notre Religion?”
“Je n’en ignore pas une syllabe. Je connais les préceptes et les usages. L’halakha, la midrashim et l’haggadah me sont connues comme les éléments de l’air, de l’eau, du feu et de la lumière qui sont les premiers vers lesquels tend l’intelligence, l’instinct, les besoins de l’homme qui vient de naître.”
“Eh bien, alors tu sais qu’Israël eut la promesse du Messie, mais comme d’un roi puissant qui aurait rassemblé Israël. Celui-ci, au contraire, n’était pas ainsi…”
“Comment donc?”
“Lui ne visait pas un pouvoir terrestre. Mais c’était d’un royaume éternel et spirituel qu’il se disait roi. Lui n’a pas rassemblé, mais au contraire a divisé Israël, car maintenant il est divisé entre ceux qui croient en Lui et ceux qui le disent malfaiteur. En vérité il n’avait pas l’étoffe d’un roi car il ne voulait que douceur et pardon. Et comment dominer et vaincre avec ces armes?… ”
“Et alors?”
“Et alors les Chefs des Prêtres et les Anciens d’Israël l’ont pris et l’ont jugé passible de la mort… en l’accusant, pour dire vrai, de fautes qui n’étaient pas vraies. Sa faute était d’être trop bon et trop sévère…”
“Comment pouvait-il, s’il était l’un, être l’autre?”
“Il le pouvait car il était trop sévère en disant la vérité aux Chefs d’Israël et trop bon pour ne pas faire contre eux des miracles de mort, en foudroyant ses injustes ennemis.”
“Il était sévère comme le Baptiste?”
“Voilà… je ne saurais dire. Il faisait de durs reproches, surtout dans les derniers temps, aux scribes et aux pharisiens et menaçait ceux du Temple comme marqués par la colère de Dieu. Mais ensuite, si quelqu’un était pécheur et se repentait, et si Lui voyait dans son cœur un vrai repentir, car le Nazaréen lisait dans les cœurs mieux qu’un scribe dans le texte, alors il était plus doux qu’une mère.”
“Et Rome a permis qu’on tue un innocent?” “Pilate l’a condamné… Mais il ne le voulait pas et le disait: Juste. Mais ils le menacèrent de l’accuser auprès de César et il eut peur.