“C’est un astre assombri. Ramène-le à la lumière par ton héroïsme d’épouse et de chrétienne. Adieu. Sauf à ma Mère, ne parle pas aux autres de ma venue. Il ne faut parler des révélations qu’à ceux à qui il est juste de le faire, et au bon moment.”
Jésus lui sourit en resplendissant, et dans cet éclat il disparaît.
Jeanne se lève, perdue dans un rêve, combattue entre la joie et la peine, entre la crainte d’avoir rêvé et la certitude d’avoir vu, mais ce qu’elle ressent en elle-même la rassure.
622.4 - Elle va trouver les enfants qui jouent tranquillement sur la terrasse supérieure et les embrasse.
“Tu ne pleures plus, maman?” demande timidement Marie. Ce n’est plus la pauvre enfant miséreuse mais une fillette délicate et gracieuse habillée avec soin et bien peignée; et Matthias, brun et agile, dit avec son exubérance de garçon:
“Dis-moi qui te fait pleurer et je le punirai.”
Jeanne les prend tous les deux sur son cœur et dit, en parlant sur la chevelure châtaine de Marie et les cheveux bruns de Matthias:
“Je ne pleure plus. Jésus est ressuscité et nous bénit.”
“Oh! alors, il ne saigne plus? Il n’a plus mal?” demande Marie.
“Sotte! Dis plutôt: il n’est plus mort! Maintenant il est heureux, alors!… Car être mort, ce doit être laid…” dit Matthias.
“Alors, il n’y a plus à pleurer, maman?” demande de nouveau Marie.
“Non. Pour vous innocents, non. Vous jubilez avec les anges.”
“Les anges!…, dit Marie. Cette nuit, je ne sais pas à quelle veille c’était, j’ai senti une caresse et je me suis éveillée en disant: “Maman!” mais ce n’était pas toi que j’appelais. J’appelais la maman morte, car cette caresse était plus légère et plus douce que la tienne, et j’ai ouvert un moment les yeux. Mais j’ai vu seulement une grande lumière et j’ai dit: “Mon ange m’a embrassée pour me consoler de la grande douleur que j’ai pour la mort du Seigneur”.
“Moi aussi. Mais j’avais grande envie de dormir et j’ai dit: “Est-ce toi?” Je pensais à mon Gardien et je voulais lui dire: “Va embrasser Jésus et Jeanne pour qu’ils n’aient plus peur” mais je n’y suis pas arrivé. J’ai recommencé à dormir et à rêver et il me semblait être au Ciel avec toi et Marie. Puis est venu ce tremblement de terre et je me suis éveillé effrayé. Mais Esther m’a dit: “N’aie pas peur. C’est déjà passé” et j’ai dormi encore.”
Jeanne les embrasse de nouveau et puis les laisse à leurs jeux tranquilles et elle va à la maison du Cénacle. Elle demande Marie. Entre chez elle. Elle ferme la porte et dit sa grande parole:
“Je l’ai vu. Je le dis à toi. Je suis réconfortée et heureuse. Aime-moi, car il a dit que je dois te rester unie.”
La Mère répond:
“Je t’ai déjà dit que je t’aime, dans la journée du sabbat. Hier. Car c’est hier… Et elle paraît si loin cette journée de pleurs et de ténèbres de cette journée de lumière et de sourire!”
“Oui… Tu as déjà dit, maintenant je m’en souviens, ce que Lui maintenant m’a répété. Tu as dit: “Nous, les femmes, devrons agir car nous sommes restées et les hommes se sont enfuis… C’est toujours la femme qui donne la vie…” Oh! Mère, aide-moi à donner la vie à Kouza! Lui a laissé la Foi!…”
Jeanne recommence à pleurer.
Marie la prend dans ses bras:
“Plus fort que la foi est l’amour. C’est la vertu la plus active. C’est par elle que tu créeras l’âme nouvelle de Kouza. Ne crains pas. Mais moi, je t’aiderai.”