608 – Le chemin de croix du Prétoire au Calvaire

26 mars 1945

Vision du lundi 26 mars 1945

608.1 – Après sa condamnation, Jésus reste ainsi, gardé par les soldats attendant la croix, pas plus d’une demie heure, peut-être encore moins aussi. Puis Longinus, chargé de présider l’exécution, donne ses ordres. Le centurion Longinus est fêté par l'Église le 1er septembre (16 octobre dans les Églises d'Orient).

Mais avant que Jésus soit conduit dehors, sur le chemin, pour recevoir la croix et se mettre en marche, Longinus l’a regardé deux ou trois fois avec une curiosité déjà nuancée de compassion et, avec le coup d’œil de quelqu’un habitué à certaines choses, il s’approche de Jésus avec un soldat et Lui offre pour le désaltérer une coupe de vin, je crois, car il coule d’une vraie gourde militaire un liquide d’un blond rosé clair.

“Cela te fera du bien. Tu dois avoir soif et dehors, il y a du soleil, et la route est longue.”

Mais Jésus répond:

“Que Dieu te récompense de ta pitié, mais ne te prive pas.”

“Mais moi, je suis sain et fort…Toi… Je ne me prive pas… Et puis volontiers je le ferais dans ce cas pour te réconforter… Une gorgée… pour me montrer que tu ne hais pas les païens.”

Jésus ne refuse plus et boit une gorgée de la boisson. Il a les mains déjà déliées, comme il n’a plus le roseau ni la chlamyde et il peut le faire Lui-même. Ensuite il refuse, bien que la boisson fraîche et bonne devrait soulager la fièvre qui déjà se manifeste dans les traces rouges qui s’allument sur ses joues pâles et sur ses lèvres sèches et gercées.

“Prends, prends. C’est de l’eau et du miel. Cela soutient, désaltère… Tu me fais pitié… oui… pitié… Ce n’était pas Toi qu’il fallait tuer d’entre les hébreux… Hélas!… Moi, je ne te hais pas… et je chercherai à ne te faire souffrir que le nécessaire.”

Mais Jésus ne recommence pas à boire… Il a vraiment soif… La soif terrible de ceux qui ont perdu du sang et des fiévreux… Il sait que ce n’est pas une boisson narcotinisée et il boirait volontiers. Mais il ne veut pas moins souffrir. Mais je comprends, comme je comprends ce que je dis grâce à une lumière intérieure que, plus que l’eau au miel, le réconforte la pitié du romain.

“Que Dieu te rende en bénédictions ce soulagement” dit-il ensuite.

Et il a encore un sourire… un sourire déchirant avec sa bouche enflée, blessée, qu’il remue difficilement aussi parce que entre le nez et la pommette droite est fortement enflée la forte contusion du coup de bâton qu’il a reçu dans la cour intérieure après la flagellation.

608.2 – Arrivent les deux larrons encadrés chacun par une décurie de soldats. C’est l’heure de partir. Longinus donne les derniers ordres.

Une centurie est disposée sur deux rangs distants de trois mètres l’un de l’autre, et elle sort ainsi sur la place où une autre centurie a formé un carré pour repousser la foule afin qu’elle ne gêne pas le cortège. Sur la petite place, se trouvent déjà des hommes à cheval: une décurie de cavalerie avec un jeune gradé qui les commande et avec les enseignes. Un soldat à pied tient par la bride le cheval moreau Moreau : se dit d'un cheval extrêmement noir. du centurion. Longinus monte en selle et va à sa place à deux mètres en avant des onze cavaliers.

On apporte les croix: celles des deux larrons sont plus courtes. Celle de Jésus est beaucoup plus longue. Je dis que la pièce verticale n’a pas moins de quatre mètres. Je la vois apportée déjà formée.

J’ai lu à ce sujet, quand je lisais… c’est-à-dire il y a des années, que la croix fut formée en haut du Golgotha et que le long du chemin les condamnés portaient seulement les deux poteaux sur leurs épaules. C’est possible, mais moi, je vois une vraie croix bien formée, solide, avec les bras parfaitement encastrés dans la pièce principale et bien renforcée par des clous et des boulons Il s'agit d'un anachronisme de vocabulaire, mais non d'observation. Voir la note explicative sur le wiki Maria Valtorta. . En fait, si on réfléchit qu’elle était destinée à soutenir le poids appréciable qu’est le corps d’un adulte et à le soutenir même dans les convulsions finales, appréciables aussi, on comprend qu’elle ne pouvait être montée sur le sommet étroit et incommode du Calvaire. Daniel-Rops, in "Jésus en son temps" estime que le poids total d'une croix devait être de 70 kg, soit le poids d'un homme adulte.

Avant de donner la croix à Jésus, on Lui passe au cou l’écriteau avec la mention “Jésus le Nazaréen Roi des Juifs”. La corde qui le soutient s’emmêle dans la couronne qui se déplace et griffe là où il n’y a pas déjà de griffures et pénètre en de nouveaux points en donnant une douleur nouvelle et en faisant de nouveau couler du sang. Les gens rient d’une joie sadique, insultent, blasphèment.

Maintenant ils sont prêts, et Longinus donne l’ordre de marche:

“D’abord le Nazaréen, derrière les deux larrons; une décurie autour de chacun, les sept autres décuries sur les ailes et comme renfort, et le responsable sera le soldat qui fait frapper à mort les condamnés”.

608.3 – Jésus descend les trois marches qui amènent du vestibule sur la place. Et il apparaît tout de suite avec évidence que Jésus est dans des conditions de grande faiblesse. Il vacille en descendant les trois marches, gêné par la croix qui repose sur son épaule toute écorchée, par l’écriteau qui se déplace devant Lui et dont la corde scie le cou, par les balancements qu’imprimé au corps la longue pièce de la croix qui saute sur les marches et sur les aspérités du sol.

Les juifs rient de le voir comme un homme ivre qui tâtonne et ils crient aux soldats:

“Poussez-le. Faites-le tomber. Dans la poussière le blasphémateur!”

Mais les soldats font seulement ce qu’ils doivent faire, c’est-à-dire ordonnent au Condamné de se mettre au milieu du chemin et de marcher. Longinus éperonne son cheval et le cortège se met lentement en mouvement.