“Oh! prends-moi aussi avec Toi, Seigneur!” dit Étienne.

“Viens…”

Ils se séparent. Je ne sais pas où va Jésus. Mais je sais où va Judas de Kériot. Il va à la Belle Porte, en montant des marches qui mènent de l’Atrium des Gentils à celui des femmes, et après l’avoir traversé, en montant à son extrémité d’autres marches, il jette un coup d’œil dans l’Atrium des Hébreux et, fâché, il frappe le sol du pied parce qu’il ne trouve pas celui qu’il cherche. Il revient sur ses pas. Il voit un des gardes du Temple. Il l’appelle et lui ordonne avec son arrogance habituelle: “Va trouver Éléazar ben Anna. Qu’il vienne tout de suite à la Belle. Judas de Simon l’attend pour des choses graves.”

Il s’appuie à une colonne et attend. Après un moment, Éléazar fils d’Anna, Elchias, Simon, Doras, Cornélius, Sadoq, Nahoum et d’autres, accourent avec leurs vêtements qui volent au vent.

Judas parle à voix basse, mais excitée:

“Ce soir! Après la cène. Au Gethsémani. Venez-y et prenez-le. Donnez-moi l’argent.”

“Non. Nous te le donnerons quand tu viendras nous prendre ce soir. Nous ne nous fions pas à toi! Nous te voulons avec nous. On ne sait jamais!” raille Elchias.

Les autres l’approuvent en chœur.

Judas s’enflamme de dédain à cause de l’insinuation. Il jure:

“Je jure sur Jéhovah que je dis la vérité!”

Sadoq lui répond:

“C’est bien. Mais il vaut mieux faire ainsi. Quand c’est l’heure, tu viens, tu prends ceux qui sont chargés de la capture et tu vas avec eux. Qu’il n’arrive pas que les gardes imbéciles arrêtent Lazare au hasard et fassent arriver des malheurs. Tu leur indiqueras l’homme par un signe… Tu dois comprendre! C’est la nuit… il y aura peu de clarté… les gardes seront fatigués, endormis… Mais si tu les guides!… Voilà! Qu’en dites-vous?”

Le perfide Sadoq se tourne vers ses compagnons, et dit:

“Je proposerais comme signal un baiser. Un baiser! Le meilleur signe pour indiquer l’ami trahi. Ah! Ah!”

Tous rient: un chœur de démons ricanant.

Judas est furieux, mais il ne recule pas. Il ne recule plus. Il souffre pour le mépris qu’ils lui montrent, non pas pour ce qu’il va faire, si bien qu’il dit:

“Mais rappelez-vous que je veux l’argent compté dans la bourse avant de sortir d’ici avec les gardes.”

“Tu l’auras! Tu l’auras! Nous te donnerons même la bourse pour que tu puisses garder l’argent, comme une relique de ton amour. Ah! Ah! Ah! Adieu, serpent!”

Judas est livide. Il est déjà livide. Il ne perdra jamais plus cette couleur et cette expression d’épouvanté désespérée. Au contraire, avec les heures, elle s’accentuera toujours jusqu’à être insoutenable à la vue quand il sera pendu à l’arbre… Il s’enfuit…

598.19 – Jésus s’est réfugié dans le jardin d’une maison amie, un jardin tranquille des premières maisons de Sion. Il est entouré de murs élevés et anciens. Il est silencieux et frais, couvert comme il l’est par les feuillages un peu agités des vieux arbres. Une voix de femme peu lointaine chante une douce berceuse.

Il a dû se passer des heures car les serviteurs de Lazare, de retour après être allés je ne sais où, disent:

“Tes disciples sont déjà dans la maison où on prépare la cène et Jean, après avoir apporté avec nous les fruits aux enfants de Jeanne de Kouza, s’en est allé prendre les femmes pour les accompagner chez Joseph d’Alphée, qui est venu seul aujourd’hui, alors que sa mère ne comptait plus le voir, et puis, de là, à la maison de la cène car c’est le soir.”

“Nous irons nous aussi. Elles sont arrivées les heures des cènes…” Jésus se lève pour remettre son manteau.

“Maître, il y a là dehors des personnes, des personnes fortunées. Elles voudraient te parler sans être vues par les pharisiens” dit un serviteur.

“Fais-les entrer. Esther ne s’y opposera pas. N’est-ce pas, femme?” dit Jésus en se tournant vers une femme d’âge mûr qui accourt pour le saluer.

“Non, Maître. Ma maison est la tienne, tu le sais. Tu ne t’en es servi que trop peu!”

“Autant qu’il faut pour dire à mon cœur: c’était une maison amie.” Il commande au serviteur: “Conduis ceux qui attendent.”

598.20 – Il entre une trentaine de personnes bien mises. Elles le saluent. Quelqu’un parle au nom de tous:

“Maître, tes paroles nous ont secoués. Nous avons entendu en Toi la voix de Dieu. Mais ils nous traitent de fous parce que nous croyons en Toi. Que faire alors?”

“Ce n’est pas à Moi qu’il croit celui qui croit en Moi, mais il croit à Celui qui m’a envoyé et dont aujourd’hui vous avez entendu la voix très sainte. Ce n’est pas Moi que voit celui qui me voit, mais il voit Celui qui m’a envoyé, car je suis une seule chose avec mon Père. À cause de cela, je vous dis que vous devez croire pour ne pas offenser Dieu, qui est mon Père et le vôtre, et qui vous aime jusqu’à sacrifier son Fils Unique. S’il y a des doutes dans les cœurs que je sois le Christ, il n’y a pas de doute que Dieu est au Ciel, et la voix de Dieu que j’ai appelé Père, aujourd’hui, au Temple, en Lui demandant de glorifier son Nom, a répondu à Celui qui l’appelait Père, et sans Lui dire “menteur ou blasphémateur” comme disent plusieurs. Dieu a confirmé qui je suis: sa Lumière. Je suis la Lumière venue au monde afin que celui qui croit en Moi ne reste pas dans les Ténèbres. Si quelqu’un entend mes paroles et ensuite ne les met pas en pratique, Moi je ne le juge pas. Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. Celui qui me méprise et ne reçoit pas mes paroles a quelqu’un qui le juge. La parole que j’ai annoncée, c’est elle qui le jugera au dernier jour.

En effet, elle était sage, parfaite, douce, simple, comme l’est Dieu. Car cette Parole, c’est Dieu. Ce n’est pas Moi, Jésus de Nazareth, appelé le fils de Joseph le menuisier de la race de David et fils de Marie, enfant hébraïque, vierge de la race de David mariée à Joseph, qui ai parlé. Non. Je n’ai pas parlé de Moi-même, mais c’est mon Père, Celui qui est dans les Cieux et dont le nom est Jéhovah, Celui qui aujourd’hui a parlé, Celui qui m’a envoyé, qui m’a prescrit de dire ce que je dois dire et de quoi je dois parler. Et je sais que dans son commandement il y a la vie éternelle. Les choses donc que je dis, je les dis comme me les a dites le Père, et en elles il y a la Vie. C’est pour cela que je vous dis: écoutez-les. Mettez-les en pratique et vous aurez la Vie. Car ma parole est Vie, et celui qui l’accueille, accueille, en même temps que Moi, le Père des Cieux qui m’a envoyé pour vous donner la Vie. Et celui qui a Dieu en lui a en lui la Vie.

598.21 – Allez. Que la paix vienne à vous et y reste.”

Il les bénit et les congédie. Il bénit aussi les disciples. Il retient seulement Isaac et Étienne. Il embrasse les autres et les congédie et, quand ils sont partis, il sort le dernier avec les deux, et il va avec eux par les ruelles les plus solitaires et déjà sombres, à la maison du Cénacle. Arrivé là, il embrasse et bénit avec un amour particulier Isaac et Étienne, il les baise, les bénit de nouveau, les regarde partir, et puis il frappe et entre.

59822 – Jésus dit:

“Tu mettras ici les visions de l’adieu à ma Mère, du Cénacle, de la Cène. Et maintenant faisons nous deux, toi et Moi, la vraie commémoration pascale. Viens…”