Jésus porte sur eux l’un de ces regards d’une pénétrante et solennelle perspicacité, et il répond:
«Pourquoi me tentez‑vous hypocritement? Certains parmi vous savent pourtant que l’on ne me trompe pas avec des honneurs affectés! Mais montrez‑moi une pièce de monnaie utilisée pour s’acquitter du tribut.»
Ils lui en présentent une.
Il l’observe au recto et au verso et, la gardant sur la paume de sa main gauche, il la frappe de l’index de sa main droite:
«De qui est cette image et que dit cette inscription?
– C’est la figure de César et l’inscription porte son nom, le nom de Caius Tibère César, actuellement empereur de Rome.
– Dans ce cas, rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.»
Puis il leur tourne le dos après avoir rendu la pièce à celui qui la lui avait prêtée.
594.5 – Au milieu des nombreux pèlerins qui l’interrogent, Jésus réconforte, absout, guérit pendant des heures. Enfin il sort du Temple, peut‑être pour franchir la porte et prendre la nourriture que lui apportent les serviteurs de Lazare qui en ont été chargés.
Quand il y revient, c’est l’après‑midi. Il est infatigable. Grâce et sagesse coulent de ses mains posées sur les malades, ou de ses lèvres pour des conseils personnels donnés à la foule de ceux qui l’approchent. On dirait qu’il désire tous les consoler ou les guérir tant que cela lui est encore possible.
Finalement, le crépuscule est venu, et les apôtres sont assis par terre sous le portique, fatigués et étourdis par ce mouvement continuel de la foule dans les cours du Temple à l’approche de la Pâque. C’est alors que des hommes s’approchent de l’Inlassable, des riches, à en juger par leurs vêtements somptueux.
Matthieu, qui ne sommeille que d’un œil, se lève et secoue les autres:
«Des sadducéens viennent trouver le Maître! Ne le laissons pas seul, et veillons à ce qu’ils ne l’offensent pas ou ne cherchent pas à lui faire tort et à le mépriser encore une fois.»
Ils se lèvent tous pour rejoindre le Maître, qu’ils entourent immédiatement. Je crois deviner qu’il y a eu des représailles quand ils sont allés au Temple ou qu’ils y sont revenus à sexte.
594.6 – Après avoir rendu honneur à Jésus avec des courbettes exagérées, ils lui disent:
«Maître, tu as répondu si sagement aux hérodiens que le désir nous est venu d’obtenir, nous aussi, un rayon de ta lumière.
Écoute: Moïse a dit Moïse a dit, en Deutéronome 25,5-6. : “Si un homme meurt sans enfant, que son frère épouse la veuve pour donner une descendance à son frère.” Or, il y avait parmi nous sept frères. Le premier épousa une jeune fille et mourut sans descendance, laissant ainsi sa femme à son frère. Le second mourut lui aussi sans laisser de descendance, et de même le troisième, qui épousa la veuve des deux précédents. Et il en fut de même jusqu’au septième. Finalement, après avoir épousé les sept frères, la femme mourut. Alors, dis‑nous: à la résurrection des corps, s’il est vrai que les hommes ressuscitent et que notre âme survit et s’unit de nouveau au corps au dernier jour Les sadducéens, partisans d'une lecture stricte de l'Écriture, ne croient pas à la résurrection ni à une récompense éternelle, qui ne sont pas mentionnées explicitement. Ils ne croient pas de même aux anges, au Démon et à l'enfer. , pour reconstituer les vivants, lequel des sept frères aura la femme pour épouse, puisqu’ils l’ont eue tous les sept sur la terre?
– Vous êtes dans l’erreur. Vous ne savez comprendre ni les Écritures ni la puissance de Dieu. L’autre vie sera radicalement différente de celle‑ci, et les nécessités de la chair n’existeront pas dans le Royaume éternel comme dans celui‑ci. En vérité, après le Jugement final, la chair ressuscitera et se réunira à l’âme immortelle pour refaire un tout, qui vivra comme et mieux que ne le font actuellement ma personne et la vôtre. Mais elle ne sera plus sujette aux lois et surtout aux pulsions et aux abus qui existent maintenant.
À la résurrection, les hommes et les femmes ne se marieront pas, mais ils seront semblables aux anges de Dieu dans le Ciel, qui ne se marient pas, mais vivent dans l’amour parfait, qui est divin et spirituel. Quant à la résurrection des morts, n’avez‑vous pas lu comment Dieu a parlé à Moïse dans le buisson Dans le buisson ardent, en Exode 3,1‑6. ? Qu’a dit alors le Très‑Haut? “Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob Deutéronome 25,5. . ” Il n’a pas dit: “J’ai été”, pour faire comprendre qu’Abraham, Isaac et Jacob avaient existé, mais n’existaient plus. Il a dit: “Je suis.” Car Abraham, Isaac et Jacob existent. Ils sont immortels, comme tous les hommes dans leur partie immortelle, tant que les siècles dureront, puis avec leur chair ressuscitée pour l’éternité. Ils existent comme existent Moïse, les prophètes, les justes, comme, malheureusement, existe Caïn, ainsi que les hommes du déluge, les Sodomites, et tous ceux qui sont morts en état de péché mortel. Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants.
594.7 – Est‑ce que, toi aussi, tu mourras et tu retrouveras la vie?» demandent‑ils pour le tenter.
Ils sont déjà las de devoir se montrer doux. Leur haine est telle qu’ils ont du mal à se contenir.
«Je suis le Vivant, et ma chair ne connaîtra pas la décomposition. L’arche nous a été enlevée et l’actuelle connaîtra le même sort, même comme symbole. Le Tabernacle nous a été enlevé et sera détruit. Mais le vrai Temple de Dieu ne pourra être ni enlevé ni détruit. Quand ses adversaires croiront l’avoir fait, alors viendra le moment où il s’établira dans la véritable Jérusalem, dans toute sa gloire. Adieu.»
Et il se hâte vers la Cour des Juifs, car les trompettes d’argent appellent au sacrifice du soir.
594.8 – Jésus me dit:
«Comme je t’ai fait remarquer l’expression “à ma coupe” dans la vision où la mère de Jean et de Jacques demande une place pour ses fils En EMV 377.11. , j’attire ton attention, dans la vision d’hier, sur le passage: “celui qui tombera contre cette pierre se brisera. Contre cette pierre, en EMV 592.17. ”
Les traducteurs écrivent toujours “sur”. Or j’ai bien dit contre, et non pas sur. C’est une prophétie contre les ennemis de mon Église. Ceux qui se jettent contre elle pour lui faire obstacle — parce qu’elle est la pierre angulaire —, sont brisés. L’histoire de la terre, depuis vingt siècles, confirme mes paroles. Les persécuteurs de l’Eglise qui se jettent contre la pierre angulaire sont brisés.
J’ajoute que celui sur qui tombera le poids de la condamnation du Chef et Époux de mon Épouse, de mon Corps mystique, celui‑là sera écrasé. Que cela reste à l’esprit de ceux qui se croient à l’abri des châtiments divins sous prétexte qu’ils appartiennent à l’Église.
594.9 – Et, pour prévenir une objection des scribes et des sadducéens toujours vivants et malveillants pour mes serviteurs, je déclare ceci: s’il se trouve, dans les dernières visions, des phrases qui ne sont pas dans les évangiles, telles que celles de la fin de la vision d’aujourd’hui, des passages où je parle du figuier desséché et d’autres encore, ils doivent se rappeler que les évangélistes appartenaient toujours à ce peuple, et qu’ils vivaient à une époque où tout heurt un peu trop vif pouvait avoir des répercussions violentes et nuisibles aux néophytes. Qu’ils relisent les Actes des Apôtres, et ils verront que la fusion de tant de courants d’esprit différents ne s’est pas faite dans la paix et que, s’ils s’admiraient mutuellement et reconnaissaient leurs mérites réciproques, il ne manqua pas parmi eux de dissentiments, car les pensées des hommes sont variées et toujours imparfaites. Et pour éviter des ruptures plus profondes entre ces diverses opinions, les évangélistes, éclairés par l’Esprit Saint, omirent volontairement dans leurs écrits des phrases qui auraient choqué l’excessive susceptibilité des Hébreux et scandalisé les païens, qui avaient besoin de croire parfaits les Hébreux — eux qui formaient le noyau d’où venait l’Église — pour ne pas s’éloigner en disant: “Ils ne valent pas mieux que nous.”
Connaître les persécutions du Christ, oui. Mais être au courant des maladies spirituelles du peuple d’Israël désormais corrompu, surtout dans les classes les plus élevées, non. Ce n’était pas bien. C’est ainsi qu’ils firent de leur mieux pour les dissimuler.
Qu’ils observent comment les évangiles deviennent de plus en plus explicites, jusqu’au limpide évangile de mon Jean, au fur et à mesure que l’époque de leur rédaction s’éloignait de mon Ascension vers mon Père.
Jean est le seul à rapporter entièrement même les taches les plus douloureuses du noyau apostolique en qualifiant ouvertement Judas de “voleur”; c’est aussi lui qui rappelle intégralement les bassesses des juifs (dans le chapitre 6: la volonté feinte de me faire roi, les disputes au Temple, l’abandon d’un grand nombre après le discours sur le Pain du Ciel, l’incrédulité de Thomas).
Dernier survivant, ayant vécu assez longtemps pour voir l’Église déjà forte, il lève les voiles que les autres n’avaient pas osé lever. Mais maintenant, l’Esprit de Dieu veut que soient connues même ces paroles. Ils doivent en bénir le Seigneur, car ce sont autant de lumières et autant d’indications pour les justes de cœur.»
594.10 – «Tu placeras ici la seconde partie du mardi, autrement dit “l’instruction nocturne aux Douze, à Gethsémani”».