577 – Troisième annonce de la Passion. Marie d’Alphée évoque la figure de Joseph. La demande insensée des fils de Zébédée
8 mars 1947
Vision du samedi 8 mars 1947
577.1 – L’aube éclaire à peine le ciel et rend la marche encore difficile quand Jésus quitte Doco encore endormie. On n’entend certainement pas le bruit des pas car ils avancent avec précaution et les gens dorment encore dans les maisons fermées. Personne ne parle avant qu’ils ne soient sortis de la ville dans la campagne qui se réveille lentement dans la lumière faible et toute fraîche après la rosée.
Alors l’Iscariote dit:
“Route inutile, sans repos. Il aurait mieux valu ne pas venir jusqu’ici.”
“Ils ne nous ont pas mal reçus, le peu d’entre eux que nous avons trouvés! Ils ont perdu leur nuit pour nous écouter et pour aller prendre les malades des campagnes, et cela a été vraiment bien d’être venus. En effet ceux qui, à cause de la maladie ou d’autre chose, ne pouvaient espérer voir le Seigneur à Jérusalem, l’ont vu ici et ont été consolés par la santé ou d’autres grâces. Les autres, on le sait, sont déjà allés à la ville… C’est l’usage pour nous d’y aller, pourvu qu’on le puisse, quelques jours avant la fête” dit doucement Jacques d’Alphée, car il est toujours doux, à l’opposé de Judas de Kériot qui, même dans ses meilleures heures, est toujours violent et autoritaire.
“Justement parce que nous allons nous aussi à Jérusalem, il était inutile de venir ici… Ils nous auraient entendus et vus là-bas…”
“Mais pas les femmes ni les malades” réplique en l’interrompant Barthélemy qui vient à l’aide de Jacques d’Alphée.
Judas feint de ne pas entendre et il dit, comme s’il continuait la conversation: “Du moins je crois que nous allons à Jérusalem, bien que maintenant je n’en sois plus sûr après le discours au berger.”
“Et où veux-tu qu’on aille sinon là?” demande Pierre.
“Bah! Je ne sais pas. Tout est tellement irréel de ce que nous faisons depuis quelques mois, tout tellement contraire à ce que l’on peut prévoir, au bon sens, à la justice même, que…”
“Ohé! Mais je t’ai vu boire du lait à Doco et pourtant tu parles comme si tu étais ivre! Où les vois-tu les choses contraires à la justice?” demande Jacques de Zébédée avec des yeux peu rassurants. Et il renchérit: “Assez de reproches au Juste! As-tu compris que cela suffit? Tu n’as pas le droit, toi, de Lui faire des reproches. Personne n’a ce droit car Lui est parfait, et nous… Aucun de nous ne l’est, et toi moins que tous.”
“Mais oui! Si tu es malade, soigne-toi, mais ne nous ennuie pas avec tes discussions. Si tu es lunatique, le Maître est là. Fais-toi guérir et n’en parlons plus!” dit Thomas qui perd patience.
577.2 – En effet Jésus est en arrière avec Jude d’Alphée et Jean, et ils aident les femmes qui, moins habituées à marcher dans la pénombre, ont de la peine à avancer par le sentier difficile et encore plus sombre que les champs, parce qu’il est taillé dans une épaisse oliveraie. Et Jésus ne cesse de parler avec les femmes restant étranger à ce qui arrive plus en avant et que pourtant entendent ceux qui sont avec Lui. En effet, si les paroles arrivent difficilement, leur ton indique que ce ne sont pas des paroles douces mais qu’elles sentent déjà la dispute.
Les deux apôtres, le Thaddée et Jean, se regardent… mais ne parlent pas. Ils regardent Jésus et Marie. Mais Marie est tellement voilée par son manteau qu’on ne lui voit pour ainsi dire pas le visage et Jésus semble ne pas avoir entendu.
Ils parlaient de Benjamin et de son avenir, et ils parlent de la veuve Sara d’Afec qui s’est établie à Capharnaüm et est la mère affectueuse non seulement de l’enfant de Giscala mais aussi des petits enfants de la femme de Capharnaüm qui, après un second mariage, n’aimait plus les enfants du premier lit et qui ensuite est morte “si malheureusement que vraiment on a vu la main de Dieu dans sa mort” dit Salomé. Pourtant, à la fin de la conversation, Jésus va en avant avec Jude Thaddée et il se joint aux apôtres après avoir dit en partant:
“Reste pourtant, Jean, si tu le veux. Je vais répondre à l’inquiet et mettre la paix.”
Mais Jean, après avoir fait encore quelques pas avec les femmes, comme désormais le sentier devient plus ouvert et plus clair, rejoint Jésus en courant justement quand il dit:
“Rassure-toi donc, Judas. Comme nous ne l’avons jamais fait, nous ne ferons rien d’irréel. Même maintenant nous ne faisons rien d’opposé à ce que l’on pouvait prévoir. C’est le temps où il est prévisible que tout véritable israélite, non empêché par des maladies ou des choses très graves, monte au Temple. Et nous, nous montons au Temple.”
“Pas tous pourtant. J’ai entendu dire que Marziam n’y sera pas. Est-il malade peut-être? Pour quel motif ne vient-il pas? Te paraît-il possible de le remplacer par le samaritain Benjamin, le jeune pastoureau d'Enon. ?”
Le ton de Judas est insupportable…
Pierre murmure:
“O Prudence, enchaîne ma langue à moi qui suis un homme!”
Et il serre fortement ses lèvres pour ne pas en dire davantage. Ses yeux, un peu bovins, ont un regard émouvant, tant y sont visibles l’effort que fait l’homme pour freiner son indignation et sa peine d’entendre Judas parler de cette façon.