“Dieu Lui pardonnera s’il reste au dehors.”

“Ce n’est pas sa faute s’il ne peut monter au Temple.”

“Sa prudence est sagesse. S’il venait à être pris, tout serait fini avant son heure.”

“Certainement il n’est pas prêt pour se proclamer notre roi, et il ne veut pas être pris.”

“On dit que pendant qu’on le croyait à Éphraïm, il est allé un peu partout, jusqu’auprès des tribus nomades, pour recruter des partisans et des soldats et chercher des protections.”

“Qui te l’a dit?”

“Ce sont les mensonges habituels. Lui est le Roi saint et non le roi des troupes.”

“Peut-être qu’il fera la Pâque supplémentaire. Il est plus facile alors de passer inaperçu. Le Sanhédrin est dissous après les fêtes, et tous les synhédristes vont à leurs maisons pour la moisson. Jusqu’à la Pentecôte, il ne se réunit pas de nouveau.”

“Et une fois les sanhédristes Sanhédriste : Maria Valtorta (ou la traduction française) emploie usuellement le terme de synhédriste pour désigner un membre du Sanhédrin. partis, qui voulez-vous qui Lui fasse du mal? Ce sont eux les chacals.”

“Hum! Que Lui use de tant de prudence? C’est une chose trop humaine. Lui est plus qu’un homme et n’usera pas d’une prudence lâche.”

“Lâche? Pourquoi? On ne peut traiter de lâche celui qui s’épargne pour sa mission.” “C’est toujours de la lâcheté, car toute mission est toujours inférieure à Dieu. En effet le culte de Dieu doit avoir toujours la préséance sur toute autre chose.”

Ces paroles passent de bouche en bouche. Jésus fait semblant de ne pas les entendre.

576.4 – Jude d’Alphée s’arrête pour attendre les femmes et, lorsqu’elles sont arrivées — elles étaient avec le garçon en arrière à une trentaine de pas — il dit à Nikê:

“Avez-vous donné beaucoup à Sichem après que nous sommes partis?”

“Pourquoi?”

“Parce que Judas n’a plus la moindre piécette. Tes sandales, Benjamin, ne vont pas tenir. C’est écrit. À Tersa, on n’a pas pu entrer Voir l'épisode précédent. Marie de Magdala comptait acheter de nouvelles sandales au jeune Benjamin. et même si nous l’avions pu, le manque d’argent aurait empêché tout achat… Tu devras entrer ainsi à Jérusalem…”

“Avant, il y a Béthanie” dit Marthe en souriant.

“Et avant, il y a Jéricho et ma maison” dit Nikê, en souriant aussi.

“Et avant tout cela, il y a moi. J’ai promis et je tiendrai la promesse. Voyage d’expérience que celui-là! J’ai connu ce que c’est de ne pas avoir une didrachme, et maintenant je vais connaître ce que c’est de devoir vendre un objet par besoin” dit Marie de Magdala.

“Et que veux-tu vendre, Marie, si tu ne portes plus de bijoux?” demande Marthe à sa sœur.

“Mes grosses épingles à cheveux en argent. Elles sont nombreuses. Mais pour tenir en place ce poids inutile, des épingles de fer peuvent suffire. Je les vendrai. Jéricho est remplie de gens qui achètent ces choses et aujourd’hui c’est jour de marché et aussi demain et toujours à cause de ces fêtes.”

“Mais, ma sœur!”

“Quoi? Tu te scandalises en pensant qu’on puisse me croire assez pauvre pour devoir vendre mes épingles d’argent? Oh! je voudrais t’avoir toujours donné de ces scandales! C’était pire quand sans besoin, je me vendais moi-même pour satisfaire les vices d’autrui et les miens.”

“Mais, tais-toi! Il y a le garçon qui ne sait pas!”

“Il ne sait pas encore. Peut-être ne sait-il pas encore que j’étais la pécheresse. Demain il le saurait par des gens qui me haïssent parce que je ne le suis plus, et certainement avec des détails que mon péché n’a pas eus, tout en étant si grand. Il vaut donc mieux qu’il l’apprenne de moi et qu’il voie combien peut le Seigneur qui l’a accueilli: faire d’une pécheresse une repentie, d’un mort un ressuscité: de moi, morte dans mon esprit, de Lazare, mort dans son corps, deux vivants. Car, Benjamin, c’est cela qu’il nous a fait à nous le Rabbi. Souviens-t’en toujours et aime-le de tout ton cœur, car il est vraiment le Fils de Dieu.”