“Vous l’avez dit: un égouttement inutile ou du moins oiseux. Moi aussi, si je devais m’attacher uniquement aux endroits où les cœurs sont disposés à m’accueillir par justice ou par sympathie, je ferais un travail imparfait. En effet je travaillerais, cela oui, mais sans fatigue, et même en donnant à mon moi une grande satisfaction, en un compromis agréable entre le devoir et le plaisir. Ce n’est pas accablant de travailler là où l’amour vous entoure et où l’amour rend dociles les âmes à travailler. Mais s’il n’y a pas de fatigue, il n’y a pas de mérite, et il n’y a pas beaucoup de profit, parce que l’on fait peu de conquêtes et que l’on se borne à ceux qui sont déjà dans la justice. Je ne serais pas Moi si je ne cherchais pas à racheter d’abord à la Vérité, puis à la Grâce tous les hommes.”
558.5 – “Et tu crois y réussir? Que pourras-tu faire de plus que tu n’as déjà fait pour amener tes adversaires à ta parole? Quoi? Si même la résurrection de l’homme de Béthanie n’a pas suffi pour faire dire aux juifs que tu es le Messie de Dieu?”
“J’ai encore quelque chose à faire de plus grand, de beaucoup plus grand que ce que j’ai déjà fait.”
“Quand, Seigneur?”
“Quand la lune de Nisan sera pleine La passion aura lieu lors de la pleine lune de Nisan. C'est dans moins de 2 mois. . Faites attention alors.”
“Y aura-t-il un signe dans le ciel? On dit que quand tu es né, le ciel se fit entendre par des lumières, des chants et des étoiles extraordinaires.”
“C’est vrai. Pour dire que la Lumière était venue dans le monde. Alors, en Nisan, le ciel et la terre auront des signes, et cela semblera la fin du monde, à cause des ténèbres et des secousses et du rugissement de la foudre dans le firmament et des tremblements dans les entrailles ouvertes de la Terre. Mais ce ne sera pas la fin. Ce sera le commencement, au contraire. D’abord, à ma venue, le Ciel enfanta pour les hommes le Sauveur, et comme c’était une action de Dieu, la paix accompagnait l’événement. Au nisan, ce sera la Terre qui par sa propre volonté enfantera pour elle le Rédempteur, et comme ce sera une action des hommes, elle ne sera pas accompagnée de la paix. Mais il y aura une convulsion horrible. Et dans l’horreur de l’heure du siècle et de l’enfer, la Terre déchirera son sein sous les flèches enflammées de la colère divine, et elle criera sa volonté, trop ivre pour en comprendre la portée, trop possédée par Satan pour l’empêcher.
Comme une folle qui enfante, elle croira détruire le fruit considéré comme maudit, et elle ne comprendra pas qu’au contraire elle relèvera ainsi en des lieux où jamais plus la douleur et les embûches ne le rejoindront. L’arbre, le nouvel arbre, à partir de ce moment étendra ses branches sur toute la Terre, à travers tous les siècles, et Celui qui vous parle, avec amour ou avec haine, sera reconnu pour le vrai Fils de Dieu et le Messie du Seigneur. Et malheur à ceux qui le reconnaîtront sans vouloir l’avouer, et sans se convertir à Moi.”
558.6 – “Où cela arrivera-t-il, Seigneur?”
“À Jérusalem. Elle est bien la cité du Seigneur.”
“Alors nous n’y serons pas car au Nisan, la Pâque nous retient ici. Nous sommes fidèles à notre Temple.”
“Il vaudrait mieux que vous soyez fidèles au Temple vivant qui n’est ni sur le Moriah ni sur le Garizim, mais qui, étant divin, est universel. Mais Moi je sais attendre votre heure, celle où vous aimerez Dieu et son Messie en esprit et en vérité.”
“Nous croyons que tu es le Christ. C’est pour cela que nous t’aimons.”
“Aimer, c’est laisser le passé pour entrer dans mon présent. Vous ne m’aimez pas encore parfaitement.”
Les samaritains se regardent par en dessous, silencieusement. Puis l’un d’eux dit:
“Pour Toi, pour venir à Toi, nous le ferions. Mais nous ne pourrions pas, même si nous le voulions, entrer là où sont les juifs. Tu le sais. Eux ne veulent pas de nous…”
“Et vous ne voulez pas d’eux. Mais soyez en paix. D’ici peu il n’y aura plus deux régions, deux Temples, deux pensées opposées. Mais un unique peuple, un unique Temple, une unique foi pour tous ceux qui veulent la Vérité.
558.7 – Mais maintenant je vous quitte. Les enfants sont désormais consolés et distraits, et long est pour Moi le chemin de retour à Éphraïm pour arriver avant la nuit. Ne vous agitez pas. Cela pourrait attirer l’attention des petits et il ne faut pas qu’ils remarquent mon départ. Continuez. Moi je m’arrête ici. Que le Seigneur vous guide sur les sentiers de la Terre et sur les sentiers de sa Voie. Allez.”
Jésus s’approche de la montagne et les laisse s’éloigner. La dernière chose que l’on remarque de la caravane qui retourne à Sichem, c’est le joyeux éclat de rire d’un enfant qui se propage dans le silence du chemin montagneux.