Mais, Ô peuple qui m’as pour ainsi dire porté en triomphe, l’obstacle le plus difficile, le plus formé, qui se reforme toujours après que l’on a essayé de le rompre ou de le surmonter, c’est le moi personnel.

522.5 - Je semblais ne rien voir, mais j’ai tout vu. Et j’ai tout apprécié. Et qu’ai-je vu? J’ai vu un pécheur converti, quelqu’un qui avait le cœur dur, qui aimait ses aises, qui était orgueilleux, vaniteux, luxurieux et avare. Et je l’ai vu se dépouiller de son ancien moi même dans les choses peu importantes, et changer ses manières d’agir et ses affections comme en celles-ci, pour accourir vers son Sauveur, lutter pour le rejoindre, et supplier humblement, et recevoir patiemment des quolibets et des reproches, et souffrir en son corps à cause des heurts de la foule et dans son cœur pour se voir repoussé en arrière de tout le monde, sans même pouvoir recueillir un de mes regards. Et j’ai vu d’autres choses en lui, des choses que vous aussi connaissez, mais dont vous ne voulez pas tenir compte bien que par elles vous avez été soulagés.

Vous direz: “Et comment le connais-tu, Toi qui n’habites pas parmi nous?” Je vous réponds: de même que je lis dans le cœur des hommes, ainsi je n’ignore pas les actions des hommes et je sais être juste et récompenser en proportion du chemin fait pour me rejoindre, des efforts faits pour raser la forêt sauvage qui couvrait l’esprit, le rendre bon, en débarrasser tout ce qui n’était pas l’arbre de vie, de le planter en roi dans le moi, en l’entourant des plantes des vertus pour qu’il soit honoré, en veillant pour qu’aucun animal immonde, parce que rampant, parce qu’avide de corruption, ou lascif, ou oisif — les différentes passions mauvaises — ne se niche dans le feuillage, mais que seul l’habite, cet esprit qui est le vôtre, ce qui est bon et susceptible de louer le Seigneur, c’est-à-dire les affections surnaturelles: autant d’oiseaux chanteurs et de doux agneaux disposés à être immolés, disposés à la louange parfaite pour l’amour de Dieu.

522.6 - Et de même que je n’ai pas ignoré les œuvres de Zachée, ses pensées, ses fatigues, ainsi je n’ai pas ignoré que chez plusieurs de cette ville, qui m’ont acclamé, il y a un amour plutôt sensible que spirituel.

Si vous m’aimiez selon la justice, vous auriez eu pitié de votre concitoyen, vous ne l’auriez pas mortifié en lui rappelant le passé. Ce passé que lui a annulé, et dont Dieu ne se souvient pas Ne se souvient pas : dans le sens qu'exprime Ezéchiel 18, 21-22 | Ezéchiel 33, 14-16. parce qu’il ne revient pas sur le pardon qu’il a accordé à moins que la créature ne pèche de nouveau. Et Il y revient pour le juger pour le nouveau péché, non plus pour celui qui a été pardonné.

Or je vous dis, et je vous le donne comme votre compagnon dans les méditations de la nuit, que ce n’est pas dans les acclamations que consiste un véritable amour pour Moi, mais dans l’accomplissement de ce que je fais et enseigne dans la pratique de l’amour réciproque, de l’humilité et de la miséricorde, en vous souvenant que pour la partie matérielle vous avez été formé d’une même boue et que la boue a toujours de l’attrait pour le marécage, et que par conséquent, si jusqu’à présent la force qui est en vous et qui vous a tenu soulevé au-dessus du marécage: l’esprit, n’a jamais connu de défaites — et c’est une chose impossible car l’homme est pécheur et Dieu seul est sans péché — demain votre esprit pourrait en connaître, et de plus nombreuses et plus graves que celles du vieux pécheur désormais né de nouveau à la Grâce, redevenu par elle un être jeune et nouveau comme un jeune enfant, ayant pour lui l’humilité qui lui vient du souvenir d’avoir été pécheur, et la volonté décidée de faire dans le reste de sa vie autant de bien qu’il suffirait pour remplir une vie longue et toute consacrée au bien, au point de réparer, et dans une mesure pleine et débordante, tout le mal qu’il peut avoir fait.

Demain je vous parlerai. Pour ce soir, j’ai terminé. Allez avec mon avertissement et bénissez Dieu qui vous envoie le Médecin pour exciser votre sensualité cachée sous un voile de santé spirituelle, comme des maladies cachées qui rongent la vie sous le voile d’une apparente santé…

522.7 - Viens, Zachée.”

“Oui, mon Seigneur. Je n’ai plus qu’un vieux serviteur et j’ouvre moi-même la porte et avec elle mon cœur ému, oh! combien! pour ton infinie bonté.”

Et après avoir ouvert la grille, il fait entrer Jésus et les apôtres, et il le conduit vers la maison à travers le jardin devenu un potager… La maison aussi est dépouillée de tout superflu. Zachée allume une lampe et appelle le serviteur.

“Voilà. Le Maître est ici. Il dort ici avec les siens et soupe ici. As-tu préparé comme j’ai dit?”

“Oui, sauf les légumes que je vais jeter maintenant dans l’eau bouillante, tout est prêt.”

“Alors, change de vêtement, et va dire à ceux que tu sais que Lui est ici, et qu’ils viennent.”

“J’y vais, maître. Sois béni Toi, Maître, qui me fais mourir content!” Il s’en va.

“C’est le serviteur de mon père qui est resté avec moi. Les autres, je les ai congédiés. Mais lui m’est cher. C’était la voix qui ne se taisait jamais quand je péchais, et je le maltraitais à cause de cela. Maintenant, après Toi, c’est celui que j’aime plus que tout autre… Venez, amis. Il y a ici du feu et ce qui peut refaire des membres fatigués et glacés. Toi, Maître, dans ma propre pièce…”

Et il le conduit vers une chambre au fond d’un couloir.

522.8 - Il entre, ferme la porte, mélange de l’eau chaude dans un broc, déchausse Jésus, le sert. Avant de Lui remettre les sandales, il baise le pied nu et se le met sur le cou en disant:

“Ainsi! Pour que tu écrases les restes du vieux Zachée!”

Il se lève, regarde Jésus avec un sourire qui lui tremble sur les lèvres, un sourire humble, quelque peu mouillé de larmes. Il a un geste pour indiquer tout l’environnement. Il dit:

“J’ai tant péché, ici! Mais j’ai tout changé, pour que ce qui avait cette saveur ne me fût plus présent… Les souvenirs… Je suis faible… J’ai laissé seulement vivre le souvenir de ma conversion dans ces murs dépouillés, dans ce lit dur… Le reste… J’en ai fait de l’argent parce qu’il ne m’en restait plus et que je voulais faire du bien. Assieds-toi, Maître…”

Jésus s’assoit sur un siège de bois, et Zachée se met par terre, à ses pieds, moitié assis, moitié agenouillé. Il recommence à parler.

“Je ne sais si j’ai bien fait, si tu peux approuver mon travail. Peut-être ai-je commencé par où je devais finir, mais eux aussi y sont. Et seul un vieux publicain peut n’avoir pas de dégoût pour eux en Israël. Non, j’ai mal dit. Non seulement un vieux publicain, mais Toi aussi, ou plutôt c’est Toi qui m’as enseigné à les aimer vraiment.

Auparavant ils étaient mes complices dans le vice, mais je ne les aimais pas. Maintenant je les réprime, mais je les aime. Toi et moi. Le tout Saint, le pécheur converti. Toi, parce que tu n’as jamais péché et que tu veux nous donner la joie, qui est tienne, de l’Homme sans faute. Et moi, car j’ai tant péché et je sais comme elle est douce la paix qui vient du fait d’être pardonné, racheté, renouvelé… Je l’ai voulue pour eux. Je les ai cherchés. Oh! cela a été dur au commencement! Je voulais les rendre bons et il y avait moi que je devais rendre bon… Quelle peine! Me surveiller car je me rendais compte qu’ils me surveillaient. Il aurait suffi d’un rien pour les éloigner… Et puis… Plusieurs péchaient par besoin, par nécessité de métier. J’ai tout vendu afin d’avoir de l’argent pour les entretenir jusqu’à ce qu’ils trouvent d’autres métiers moins avantageux, plus fatigants, mais honnêtes. Et il y a toujours quelqu’un d’eux qui vient, un peu par curiosité, un peu par désir d’être un homme et pas seulement un animal. Et je dois les recevoir, eux, tant qu’ils ne se sont pas faits au nouveau joug. Plusieurs se sont circoncis: un premier pas vers le vrai Dieu. Mais je ne l’impose pas. J’ai de larges bras pour embrasser les misères, moi qui ne peux en éprouver du dégoût. Je voudrais, moi aussi, leur donner ce que tu voudrais donner à tous: la joie de n’avoir plus de remords puisque nous ne pouvons pas être sans faute comme Toi. Maintenant dis-moi, ô mon Seigneur, si j’ai trop osé.”

“Tu as bien travaillé, Zachée. Tu leur donnes plus que tu n’espères et plus que tu ne penses que je veuille donner aux hommes. Non seulement la joie d’être pardonnés, sans remords, mais celle d’être bientôt des habitants de mon Royaume céleste. Je n’ignorais pas les œuvres que tu faisais. Je te suivais dans ton avancée sur le chemin ardu mais glorieux de la charité, car c’est de la charité, et de la plus pure. Tu as compris la parole du Royaume. Peu l’ont comprise parce que survit en eux la conception antique et la conviction d’être déjà saints et savants. Toi, une fois enlevé de ton cœur le passé, tu es resté vide, et tu as pu, tu as voulu plutôt, mettre en ton intérieur les paroles nouvelles, l’avenir, l’éternel. Continue ainsi, Zachée, et tu seras l’exacteur Exacteur : celui qui commet des exactions. Désignait anciennement les percepteurs d'impôts. C'est dans ce sens que Jésus l'emploie ici. de ton Seigneur Jésus” dit Jésus pour finir en souriant et en mettant sa main sur la tête de Zachée.

“Tu m’approuves, Seigneur? En tout?”

522.9 - “En tout, Zachée. Je l’ai dit aussi à Nikê qui me parlait de toi. Nikê te comprend. Elle est ouverte à la pitié universelle.”

“Nikê m’aidait beaucoup. Mais maintenant, je ne la vois qu’à chaque nouvelle lune… J’aurais voulu la suivre, mais Jéricho est favorable à mon nouveau travail…”

“Elle ne restera pas longtemps à Jérusalem… Tu te déplacerais pour rien. Ensuite Nikê reviendra ici…”

“Après quand, Seigneur?”

“Après la proclamation de mon Royaume.”

“Ton Royaume… J’ai peur de ce moment. Ceux qui maintenant se disent tes fidèles, sauront-ils l’être alors? Car certainement il y aura des soulèvements et des luttes entre ceux qui t’aiment et ceux qui te haïssent… Tu le sais, Seigneur, que tes ennemis soudoient jusqu’à des voleurs, la lie du peuple, pour avoir des partisans prêts à faire nombre pour s’imposer aux autres? Je l’ai su par un de mes pauvres frères… Oh! entre celui qui vole légalement, entre celui qui vole l’honneur et qui dépouille un voyageur, y a-t-il peut-être beaucoup de différence? J’ai volé moi aussi légalement, jusqu’à ce que tu me sauves, mais je n’aurais pas, même alors, secondé ceux qui te haïssent… Lui est un jeune, un voleur, oui un voleur. Un soir que j’étais allé vers l’Adomin pour attendre trois de mes semblables qui venaient d’Ephraïm avec des bestiaux achetés à meilleur marché, je l’ai trouvé aux aguets dans une gorge. Je lui ai parlé… Je n’ai jamais eu de famille, et pourtant je croîs que si j’avais eu des fils, je leur aurais parlé ainsi, pour les persuader de changer de vie. Il m’a expliqué comment et pourquoi il était devenu voleur… Oh! que de fois les vrais coupables sont des gens qui semblent ne faire rien de mal!,.. Je lui ai dit: “Ne vole plus. Si tu as faim, il y a encore un pain pour toi. Je te trouverai un travail honnête. Puisque tu n’es pas devenu homicide, arrête-toi, sauve-toi”. Et je l’ai persuadé. Il m’a dit qu’il était resté seul parce que les autres avaient été achetés pour une grosse somme d’argent par ceux qui te haïssent, et maintenant ils sont prêts à fomenter des soulèvements et à se dire tiens pour scandaliser le peuple, cachés dans les grottes du Cédron, dans les tombeaux, vers le Phasel Tour Phasaël, une des tours du palais d'Hérode ainsi nommée en souvenir de son frère. Les autres tours sont nommées Mariamne et Hippique. , dans les cavernes au nord de la ville, au milieu des tombeaux des Rois et des Juges, partout… Que veulent-ils faire, Ô Seigneur?”

“Josué a pu arrêter le soleil Josué à la bataille de Gabaon (Josué 10, 12-13). mais eux, avec tous leurs moyens, ne pourront arrêter la volonté de Dieu.”

“Ils ont l’argent, Seigneur! Le Temple est riche, et n’est pas corban pour eux l’or offert au Temple, s’il leur sert pour triompher CORBAN (KORBANE) (Lévitique 2.1 | Lévitique 4.12 | Lévitique 10.17) se dit d'une offrande sacrée à remettre au Temple, et donc soustraite à l'usage profane. Les pharisiens en abusaient, ce que Jésus condamne en EMV 300.8 comme en Marc 7, 11. .”

“Ils n’ont rien. C’est Moi qui ai la force. Leur édifice tombera comme les feuilles séchées par les vents d’automne dont un enfant aurait fait un château. Ne crains pas, Zachée, ton Jésus sera Jésus.”

“Dieu le veuille, Seigneur!… On nous appelle. Allons.”…