Le vieillard Lui rend son baiser sur la joue et Lui murmure à l’oreille:
“Défie-toi de l’autre Judas, mon Seigneur, je ne veux pas souiller ma langue… Mais défie-toi. Ce n’est pas avec de bonnes pensées qu’il vient chez mon fils…”
“Oui. Mais ne pense plus au passé. Tout sera bientôt fini et personne ne pourra plus me nuire. Adieu, Éli-Hanna. Le Seigneur est avec toi.”
Ils se séparent…
521.6 - “Maître, que t’a dit le vieillard tout bas?” demande Pierre qui marche à côté de Jésus et avec peine, car Jésus fait de grands pas avec ses longues jambes, chose interdite à Pierre de si petite taille.
“Pauvre vieillard! Que veux-tu qu’il me dise que je ne sache déjà?” répond Jésus en évitant une réponse précise.
“Il parlait de son fils, hein? Il t’a dit qui c’est?”
“Non, Pierre. Je te l’assure. Il a gardé ce nom dans son cœur.”
“Mais tu le connais pourtant?”
“Je le connais, mais je ne te le dirai pas.”
Un silence prolongé. Puis, tourmentée, la question de Pierre et son aveu.
“Mais pourquoi, Maître, dans quel but l’Iscariote va-t-il dans la maison d’un homme très mauvais tel que le fils d’Éli-Hanna? J’ai peur, Maître! Il n’a pas de bons amis. Il n’y va pas ouvertement. Il n’a pas en lui la force de résister au mal. J’ai peur, Maître. Pourquoi? Pourquoi Judas va-t-il chez ces gens et en cachette?”
Le visage de Pierre exprime une interrogation anxieuse.
Jésus le regarde et ne répond pas. Que doit-il répondre en effet? Quoi, pour ne pas mentir et lancer le fidèle Pierre contre l’infidèle Judas? Il préfère laisser parler Pierre.
“Tu ne réponds pas? Moi, depuis hier, depuis le moment où le vieillard a cru reconnaître Judas parmi nous, je n’ai pas de paix. C’est comme le jour où tu as parlé avec l’épouse du sadducéen. Tu te souviens? Tu te rappelles mon soupçon?”
“Je me le rappelle. Et toi, tu te rappelles les paroles que je t’ai dites alors Que je t'ai dites en EMV 503.3/4. ?”
“Oui, Maître.”
“Il n’y a pas autre chose à dire Simon. Les actions de l’homme ont une apparence différente de la réalité. Mais je suis content d’avoir pourvu aux besoins de cet homme. C’est comme si Ananias était revenu. Et vraiment, si Simon de Tecua ne l’avait pas accueilli, je l’aurais conduit dans la maisonnette de Salomon, pour y avoir toujours un père pour nous attendre. Mais pour Éli, c’est mieux ainsi. Simon est bon, il a de nombreux petits-enfants. Éli aime les enfants… Et les enfants font oublier tant de choses douloureuses…”
Avec son habituel savoir-faire pour distraire l’interlocuteur et l’amener à d’autres sujets, quand il trouve qu’il ne convient pas de répondre à des questions dangereuses, Jésus a distrait Pierre de sa pensée. Et il continue de lui parler des enfants qu’il a connus ça et là, pour arriver à lui rappeler Marziam qui peut-être à cette heure retire les filets après avoir péché dans le beau lac de Génésareth.
Pierre est loin maintenant de la pensée d’Éli et de Judas, et il sourit en demandant:
“Mais, après la Pâque, nous y allons, n’est-ce pas? C’est si beau! Oh! beaucoup plus qu’ici. Nous, galiléens, nous sommes des pécheurs pour ceux de Judée… Mais pour vivre ici! Oh! Miséricorde éternelle! Si nous, nous serons châtiés, certainement dans cette région il n’y aura pas de récompense.”
Jésus appelle les autres restés en arrière et il s’éloigne avec eux sur la route réchauffée par le soleil de décembre.