“Et puis-je faire un choix? J’invoquerai les bénédictions du Ciel sur celui qui me donnera le pain et l’abri de la charité. Mais je veux travailler. Ce n’est pas une honte d’être serviteur. C’est une honte de commettre le péché…”
“Nous allons le dire à Simon” dit Jésus avec un sourire de compassion, en regardant le vieillard réduit à rien par les privations et la douleur morale.
520.10 - On ouvre la porte:
“Entre, Maître, la paix soit avec Toi et avec ceux qui sont avec Toi. Où est ce frère que tu m’amènes? Que je puisse lui donner le baiser de paix et de bienvenue” dit un homme d’environ cinquante ans.
“Le voilà, et que le Seigneur te récompense.”
“Je le suis. Tu es mon hôte, et qui te possède, possède Dieu. Je ne t’attendais pas, et je ne puis t’honorer comme je voudrais. Mais j’entends dire que tu comptes repasser d’ici quelques jours et je serai prêt à t’accueillir comme il convient.”
Ils sont maintenant dans une pièce où sont préparés des bassins fumants pour les ablutions. Le vieillard reste intimidé contre la porte, mais le maître de maison le prend par la main et l’amène à un siège, veut le déchausser de sa main, le servir comme un roi, et puis lui mettre des sandales neuves, alors que le vieillard dit:
“Pourquoi? Mais pourquoi? Je suis venu pour servir et tu me sers! Ce n’est pas juste.”
“C’est juste, homme. Je ne puis suivre le Rabbi parce que ma maison demande ma présence, mais comme le dernier disciple du Maître saint je m’arrange pour mettre en pratique ses paroles.”
“Tu le connais bien. Tu le connais vraiment, car tu es bon. Nombreux sont ceux qui le connaissent en Israël, mais comment? Avec leurs yeux et leur haine, et donc ils ne le connaissent pas. On connaît une femme quand on n’ignore plus rien d’elle et qu’on la possède tout entière. Il en est ainsi de Jésus de Nazareth, que je ne connais pas de vue, mais que je connais plus que tant de gens car je crois qu’en Lui se trouve la Sagesse. Mais toi, tu le connais vraiment, et Lui et sa doctrine.”
L’homme regarde Jésus, mais il ne dit rien.
Le vieillard reprend:
“J’ai dit à ce Rabbi que je veux travailler…”
“Oui, oui, nous trouverons un travail pour toi, mais pour le moment viens à table. Maître, tes disciples vont bientôt arriver. Pouvons-nous nous mettre à table quand même ou préfères-tu les attendre?”
“Je voudrais les attendre, mais si tu as du travail à faire…”
“Oh! Maître, tu sais que c’est une joie pour moi d’obéir à ton plus petit désir.”
Le petit vieux a en ce moment un premier soupçon sur l’identité de l’Homme qui l’a secouru en route, puis il le regarde, le regarde, puis il regarde ses compagnons… les examine attentivement… et tourne autour d’eux…
520.11 - Les fils d’Alphée entrent avec Jean. Jésus les appelle par leurs noms.
“Oh! Dieu Très-Haut! Mais alors… C’est Toi!” s’écrie le vieillard et il se jette par terre pour le vénérer.
Son étonnement n’est pas inférieur à celui des autres. Elle est si étrange cette façon de reconnaître le Maître! Si bien que Pierre lui demande:
“Qu’y a-t-il de spécial dans ces noms si communs en Israël, pour te faire comprendre que tu es en face du Messie?”
“C’est que je connais Judas. Il vient toujours chez mon fils et… ” il s’arrête, gêné d’avoir nommé son fils…
“Mais moi, je ne t’ai jamais vu, homme” dit le Thaddée Jude et Judas ont la même racine : Iehuda, et se distingue en français mais pas en hébreu, en latin ou en italien, d'où le quiproquo et la nécessité, en général, d'accoler des qualificatifs ou des surnoms. en se mettant bien en face de lui et en se baissant pour être bien vis à vis.
“Moi non plus je ne te connais pas. Mais un Judas, disciple du Christ, vient souvent chez mon fils, et j’ai entendu parler d’un Jean, d’un Jacques, d’un Simon ami de Lazare de Béthanie et de tant d’autres choses… Entendre trois des noms connus pour être ceux des disciples les plus intimes du Maître! Et Lui, si bon!… J’ai compris, voilà! Mais où est l’autre Judas?”
“Il n’est pas là, mais c’est vrai. Tu as compris. C’est Moi. Le Seigneur est bon, père. Tu as désiré me voir, et tu m’as vu. Bénissons les miséricordes de Dieu… Ne t’écarte pas, Éli-Anna. Tu restais près de Moi quand j’étais pour toi un voyageur et rien de plus. Pourquoi veux-tu t’éloigner de Moi maintenant que tu sais que je suis le But? Tu ne sais pas combien ton cœur m’a consolé! Tu ne peux le savoir. C’est Moi, et non pas toi, qui ai le plus reçu… Quand les trois quarts d’Israël, et plus encore, me haïssent au point de se rendre criminels, quand les faibles s’éloignent de mon chemin, quand les tribulations de l’ingratitude, de la rancœur, de la calomnie, me blessent de toutes parts, quand je ne puis trouver de soulagement dans la pensée que mon Sacrifice sera le salut pour Israël, trouver quelqu’un comme toi, Ô père, c’est avoir une compensation pour ma douleur… Tu ne sais pas… Personne ne sait les tristesses de plus en plus profondes du Fils de l’homme. J’ai soif d’amour… et trop de cœurs sont des sources taries auxquelles il est inutile de m’approcher… Mais allons…”
Et en tenant près de Lui le vieillard, il entre dans la pièce où les tables sont déjà prêtes…