“Quand le Père me fait trouver un lieu de paix, j’en jouis et j’en bénis mon Père, mais ce n’est pas pour cela que je suis venu. Je suis venu pour convertir au Seigneur les lieux coupables et éloignés de Lui.

517.4 - Vous voyez que je pourrais rester à Béthanie et je n’y reste pas.”

“C’est aussi pour ne pas nuire à Lazare.”

“Non, Judas de Simon Fils de Simon comme il est rappelé en Jean 6,71. Iscariote veut dire l'homme (ish, Genèse 2,23) de Kérioth. . Même les pierres savent que Lazare est mon ami. Aussi, à cause de cela, il serait inutile que je freine mon désir de réconfort. Mais c’est pour…”

“Pour les sœurs de Lazare, pour Marie spécialement.”

“Non plus, Judas de Simon. Même les pierres savent que la luxure de la chair ne me trouble pas. Remarque que parmi les nombreuses accusations que l’on m’a faites, la première qui est tombée a été celle-là, car même mes adversaires les plus acharnés ont compris que de la soutenir c’était démasquer leur habitude du mensonge. Personne parmi les gens honnêtes n’aurait cru que j’étais un sensuel.

La sensualité ne peut avoir d’attirance que pour ceux qui ne se nourrissent pas de surnaturel et qui abhorrent le sacrifice. Maïs pour celui qui s’est voué au sacrifice, pour celui qui est victime, quelle attirance veux-tu que possède le plaisir d’une heure? La jouissance des âmes victimes est toute entière dans l’esprit, et si elles revêtent une chair, elle n’est pas plus qu’un vêtement. Penses-tu que les habits que nous revêtons aient des sentiments? Il en est de même de la chair pour ceux qui vivent de l’esprit: un vêtement, rien de plus. L’homme spirituel est le véritable surhomme parce qu’il n’est pas esclave des sens, alors que l’homme matériel est une non-valeur, par rapport à la vraie dignité de l’homme, car il a trop d’appétits qui lui sont communs avec la brute et il lui est même inférieur tout en la surpassant, en faisant de l’instinct naturel à l’animal un vice dégradant.”

Judas, perplexe, se mord les lèvres puis il dit:

“Oui. Et puis, du reste, tu ne pourrais plus nuire à Lazare. D’ici peu la mort le soustraira à tout danger de vengeance… Et alors pourquoi ne vas-tu pas à Béthanie plus souvent?”

“Parce que je ne suis pas venu pour jouir, mais pour convertir. Je te l’ai déjà dit.”

“Pourtant… tu jouis d’avoir tes frères avec Toi?”

“Oui. Mais il est vrai aussi que je n’ai pas de préférences pour eux. Quand on doit se séparer pour trouver une place dans les maisons, eux ne restent pas généralement avec Moi, mais c’est vous qui restez. Et cela pour vous montrer qu’aux yeux et à l’esprit de celui qui s’est voué à la rédemption, la chair et le sang n’ont pas de valeur, mais la seule chose qui a de la valeur, c’est la formation des cœurs et leur rédemption.

517.5 - Maintenant nous allons nous rendre à Nobé et nous nous séparerons de nouveau pour le sommeil et je vais encore te garder avec Moi et je garderai Matthieu, Philippe et Barthélemy.”

“Nous sommes peut-être les moins formés? Moi, spécialement, que tu gardes toujours près de Toi?”

“Tu l’as dit, Judas de Simon.”

“Merci, Maître. Je l’avais compris” dit l’Iscariote avec une colère mal contenue.

“Et si tu l’as compris, pourquoi ne t’efforces-tu pas à te former? Crois-tu peut-être que pour ne pas te mortifier, je pourrais mentir? Nous sommes entre frères, d’ailleurs, et les défauts de l’un ne doivent pas être un objet de raillerie et ne doivent pas être un objet d’abattement les avertissements donnés en présence des autres, qui savent déjà réciproquement en quoi manquent chacun des frères. Personne n’est parfait, c’est Moi qui vous le dis. Mais même les imperfections de chacun, si pénibles à voir et à supporter, doivent causer une amélioration de soi-même pour ne pas accroître les ennuis réciproques. Et crois-moi, Judas, même si je te vois pour ce que tu es, personne, pas même ta mère, ne t’aime comme je t’aime et personne ne s’efforce de te rendre bon comme ton Jésus.”

“Mais, en attendant, tu me fais des reproches et tu m’humilies, même en présence d’un disciple.”

“Est-ce la première fois que je te rappelle à la justice?” Judas se tait, “Réponds, te dis-je!” dit Jésus impérieusement.

“Non.”

“Et combien de fois l’ai-je fait publiquement? Peux-tu dire que je t’ai couvert de honte? Ou bien dois-tu dire que je t’ai couvert et défendu? Parle!”

“Tu m’as défendu, c’est vrai. Mais maintenant…”

“Mais maintenant c’est pour ton bien. Celui qui caresse un fils coupable, dit le proverbe Dit le proverbe : en Siracide 30, 7-8. , devra ensuite bander ses plaies. Et un autre proverbe dit encore qu’un cheval indompté devient intraitable, et le fils abandonné à lui-même un casse-cou.”

“Mais suis-je peut-être ton fils?” demande Judas alors que son visage adoucit son air courroucé pour marquer son regret.

“Si je t’avais engendré tu ne pourrais l’être davantage, et je me ferais arracher les entrailles pour te donner mon cœur et te rendre tel que je voudrais…”

Judas a un de ses retours… et sincère, vraiment sincère, il se jette dans les bras de Jésus en criant:

“Ah! je ne te mérite pas! Je suis un démon et je ne te mérite pas! Tu es trop bon! Sauve-moi, Jésus!” Judas a déjà eu ce type de revirement : Cf EMV 422.5

Et il pleure, il pleure réellement avec les pleurs agités d’un cœur troublé par des choses qui ne sont pas bonnes, et par leur contraste avec le remords d’avoir affligé celui qui l’aime.