Le roi dit en montrant les murs:

“Voilà, ici se trouvent tous les trésors de la Terre, et d’autres plus grands encore que les trésors de la Terre, car ici se trouvent toutes les œuvres du génie humain, et il y a aussi des œuvres qui proviennent de sources surhumaines. Allez, prenez ce que vous voulez”.

Et il se plaça au milieu de la pièce, les bras croisés, pour observer.

L’homme riche et sage se dirigea d’abord vers les coffres-forts et il en enleva les couvercles avec une hâte de plus en plus fébrile. De l’or en barres, de l’or en bijoux, de l’argent, des perles, des saphirs, des rubis, des émeraudes, des opales… brillaient de tous les coffres-forts. C’était des cris d’admiration à chaque ouverture… Et puis il se dirigea vers les pupitres, et en lisant les titres des rouleaux, de nouveaux cris d’admiration sortaient de ses lèvres et enfin l’homme enthousiasmé, se tourna vers le roi et lui dit: “Mais tu as un trésor sans pareil et les pierres ont autant de valeur que les rouleaux et vice versa! Et je puis vraiment choisir librement?”

“Je l’ai dit: comme si tout t’appartenait”.

L’homme se jeta le visage contre le sol en disant:

“Je t’adore, Ô grand roi!” et il se leva, en courant d’abord vers les coffres, puis vers les pupitres, en prenant des uns et des autres ce qu’il voyait de meilleur.

Le roi sourit une première fois dans sa barbe en voyant la fièvre avec laquelle l’homme courait d’un coffre-fort à un autre, et une seconde fois quand il le vit se jeter à terre pour l’adorer et il sourit pour la troisième fois en voyant avec quelle cupidité, quelle règle et quelle préférence il choisissait les gemmes et les livres; il se tourna vers l’enfant qui était resté à son côté pour lui dire:

“Et toi, tu ne vas pas choisir les belles pierres et les rouleaux de valeur?”

L’enfant secoua la tête pour dire non.

“Et pourquoi?”

121 “Parce que pour les rouleaux, je ne sais pas lire, et pour les pierres… je n’en connais pas la valeur. Pour moi, ce sont des cailloux, et rien de plus”.

“Mais elles te rendraient riche…”

“Je n’ai pas de père, ni de mère, ni de frère. À quoi cela me servirait d’aller dans mon refuge avec un trésor en mon sein?”.

“Mais avec tu pourrais t’acheter une maison…”.

“J’y habiterais toujours seul”.

“Des vêtements”.

“J’aurais toujours froid car il me manque l’amour des parents”.

“De la nourriture”.

“Je ne pourrais me rassasier des baisers de maman, ni les acheter à aucun prix”.

“Des maîtres, et apprendre à lire…”.

“Cela me plairait davantage. Mais, ensuite, que lire?”.

“Les œuvres des poètes, des philosophes, des sages et les paroles anciennes et les histoires des peuples”.

“Choses inutiles, vaines ou passées… Cela ne vaut pas la peine”.

“Quel sot enfant!” s’écria l’homme qui avait maintenant les bras chargés de rouleaux, et la ceinture et la tunique sur la poitrine, gonflées de pierres précieuses.