“Ah! elle s’était repentie! Elle t’a supplié et Toi…”
“Non. Elle ne s’était même pas repentie. Elle était seulement humiliée et effrayée.”
“Mais alors!… Pourquoi?… Je ne te comprends plus! Avant je pouvais comprendre tes pardons à Marie de Magdala, à Jean d’En-Dor, à… en somme à beaucoup de pé…”
“Dis-le: à Matthieu. Moi je ne m’en formalise pas. Au contraire, je te suis reconnaissant si tu m’aides à me rappeler ma dette de reconnaissance envers mon Maître” dit Matthieu avec calme et dignité.
“Eh bien, oui, même à Matthieu… Mais eux s’étaient repentis de leurs péchés, de leur vie de désordre. Mais elle!… Je ne te comprends plus! Et je ne suis pas le seul à ne pas te comprendre…”
“Je le sais. Tu ne me comprends pas… Tu m’as toujours peu compris, et tu n’es pas le seul. Mais cela ne change pas ma façon d’agir.”
“Le pardon doit être donné à qui le demande.”
“Oh! Si Dieu devait pardonner seulement à ceux qui le demandent! Et frapper tout de suite celui qui à la faute ne fait pas suivre le repentir! Tu ne t’es jamais entendu pardonner avant de t’être repenti? Peux-tu vraiment dire que tu t’es repenti et que c’est pour Cela que tu as été pardonné?”
“Maître, moi…”
495.3 – “Écoutez-moi tous, car plusieurs d’entre vous trouvent que je me suis trompé, et que Judas a raison. Il y a ici Pierre et Jean. Ils ont entendu ce que j’ai dit à la femme et ils peuvent vous le répéter. Je n’ai pas fait preuve de sottise en pardonnant. Je n’ai pas dit ce que je dis aux autres âmes, auxquelles j’ai pardonné parce qu’elles étaient tout à fait repenties. Mais j’ai donné à cette âme la possibilité et le temps d’arriver au repentir et à la sainteté, si elle veut y arriver. Souvenez-vous-en pour quand vous serez les maîtres des âmes.
Il y a deux choses qu’il est essentiel d’avoir pour pouvoir être de vrais maîtres, et être dignes d’être de vrais maîtres. La première chose: une vie austère pour soi-même, pour pouvoir juger sans l’hypocrisie de condamner chez les autres ce qu’on se pardonne à soi-même. La seconde: une patiente miséricorde pour donner aux âmes la possibilité de guérir et de se fortifier.
Ce ne sont pas toutes les âmes qui guérissent instantanément de leurs blessures. Certaines n’y arrivent que par étapes successives, et parfois lentes et susceptibles de rechutes. Les chasser, les condamner, les effrayer, ce n’est pas l’art du médecin spirituel.
Si vous les chassez loin de vous, elles retourneront se jeter par contrecoup dans les bras des faux amis et des faux maîtres. Ouvrez vos bras et votre cœur aux pauvres âmes, toujours. Qu’elles sentent en vous un vrai et saint confident sur les genoux duquel elles n’aient pas honte de pleurer. Si vous les condamnez en les privant des secours spirituels, vous les rendrez de plus en plus malades et plus faibles. Si elles ont peur de vous et de Dieu, comment pourront-elles lever les yeux vers vous et vers Dieu?
C’est l’homme que l’homme rencontre d’abord comme premier juge. Il n’y a que l’être qui vit, spirituellement qui sache rencontrer d’abord Dieu. Mais la créature, qui est déjà arrivée à vivre spirituellement, ne tombe pas dans de fautes graves. La partie humaine peut encore avoir des faiblesses, mais l’esprit, qui est fort, veille et les faiblesses ne deviennent pas des fautes graves. Tandis que l’homme, qui est encore beaucoup chair et sang, pèche et rencontre l’homme. Or, si l’homme qui doit lui indiquer Dieu et former son esprit, lui inspire la peur, comment le coupable peut-il s’abandonner à lui? Et comment peut-il dire: “Je m’humilie car je crois que Dieu est bon et qu’il pardonne” s’il voit qu’un de ses semblables n’est pas bon?
Vous devez être le terme de comparaison, la mesure de ce qu’est Dieu, comme une piécette est la partie qui fait comprendre la valeur d’un talent. Mais si vous êtes cruels avec les âmes, vous, piécettes qui êtes une partie de l’Infini, et le représentez, que croiront-elles alors que soit Dieu? Quelle dureté intransigeante imagineront-elles en Lui?
495.4 – Judas, toi qui juges avec sévérité, si en ce moment, Moi, je te disais: “Moi, je vais te dénoncer au Sanhédrin pour pratiques magiques… Judas a développé ce penchant notamment lorsque le pouvoir de faire des miracles, donné aux apôtres, a commencé à se tarir chez lui. ”
“Seigneur! Tu ne le feras pas! Ce serait… ce serait… Tu sais que c’est…”
“Je sais et je ne sais pas. Mais tu vois comment tu demandes immédiatement la pitié pour toi… et tu sais que tu ne serais pas condamné par eux, car…”
“Que veux-tu dire, Maître? Pourquoi dis-tu cela?” dit Judas très agité, en interrompant Jésus.
Lui, très calme, mais avec un regard qui transperce le cœur de Judas, et en même temps freine son apôtre troublé sur lequel convergent les regards des onze autres apôtres et de plusieurs disciples, dit:
“Mais parce qu’ils t’aiment. Tu y as de bons amis. Tu l’as dit plusieurs fois.”
Judas pousse un soupir de soulagement et s’essuie la sueur, étrange en cette journée froide et venteuse, et il dit:
“C’est vrai. De vieux amis. Mais je ne crois pas que si je péchais…”
“Et tu demandes pitié à cause de cela?”
“Certainement. Je suis encore imparfait, et je veux devenir parfait.”
“Tu l’as dit. Cette créature aussi est très imparfaite. Je lui ai donné le temps de devenir bonne, si elle le veut.”
Judas ne réplique plus.
495.5 – Ils sont maintenant sur la route de Béthanie, déjà loin de Jérusalem. Jésus s’arrête et dit:
“Et vous, avez-vous donné aux pauvres ce que je vous ai donné? Avez-vous fait tout ce que je vous avais dit?”
“Tout, Maître” disent les apôtres et les disciples.
“Alors, écoutez. Maintenant je vais vous bénir et vous congédier. Vous vous disperserez comme toujours à travers la Palestine. Vous vous réunirez de nouveau ici pour la Pâque. Ne manquez pas alors… et, pendant ces mois, fortifiez votre cœur et le cœur de ceux qui croient en Moi. Soyez de plus en plus justes, désintéressés, patients. Soyez ce que je vous ai enseigné d’être. Faites le tour des villes, des villages, des maisons isolées. N’évitez personne. Supportez tout. Ce n’est pas votre moi que vous servez, comme je ne sers pas le moi de Jésus de Nazareth, mais je sers mon Père. Vous aussi servez votre Père. Par conséquent, ce sont ses intérêts, non les vôtres, qui doivent vous être sacrés, même s’ils peuvent faire souffrir et blesser vos intérêts humains. Ayez l’esprit d’abnégation et d’obéissance. Il pourra arriver que je vous appelle ou que je vous donne l’ordre de rester où vous êtes. Ne jugez pas mon ordre. Quel qu’il soit obéissez, en croyant fermement que cet ordre est bon et qu’il vous est donné pour votre bien. Et ne soyez pas jaloux si j’en appelle certains, sans appeler les autres. Vous voyez…
Certains se sont détachés de Moi… et j’en ai souffert. C’étaient ceux qui voulaient encore se régler d’après leur esprit. L’orgueilest le levier qui renverse les esprits, et l’aimant qui me les arrache. Ne maudissez pas ceux qui m’ont quitté. Priez pour qu’ils reviennent… Mes bergers resteront deux par deux dans le voisinage immédiat de Jérusalem.
Isaac pour le moment vient avec Moi, avec Marziam. Aimez-vous beaucoup entre vous. Aidez-vous les uns les autres. Mes amis, tout le reste que votre esprit vous le dise, en vous rappelant ce que je vous ai enseigné, et que vous le disent vos anges. Je vous bénis.”
Tous se prosternent pendant que Jésus dit la bénédiction mosaïque. Puis ils s’empressent de saluer Jésus. Enfin ils se séparent de Lui qui, avec les douze, Isaac et Margziam, avance sur la route de Béthanie.
“Maintenant, nous allons nous arrêter le temps de saluer Lazare et puis nous continuerons vers le Jourdain.”
“Allons-nous à Jéricho?” demande, intéressé, Judas de Kérioth.
“Non. À Bethabara.”
“Mais… la nuit…”
“Il ne manque pas de maisons ni de villages d’ici jusqu’au fleuve…”
Personne ne parle plus et, à part le bruissement des oliviers et le bruit des pas, il ne reste pas d’autre bruit.