Pendant ce temps, Jésus guérit des malades qu’on Lui a amenés et ne se soucie pas d’autre chose jusqu’au moment où, se frayant un passage à travers les gens, un groupe de prêtres et de pharisiens, qui ont à leur tête un homme d’environ trente, trente-cinq ans, et que tout le monde fuit avec une crainte qui ressemble à de la terreur, arrive à Jésus.

“Tu es encore ici? Va-t-en! Au nom du Souverain Prêtre!”

Jésus se redresse — il était penché sur un paralytique — et il le regarde avec calme et douceur. Puis il se penche de nouveau pour imposer les mains au malade.

“Va-t’en! As-tu compris? Séducteur des foules, ou nous te ferons arrêter.”

“Va, et loue le Seigneur par une vie sainte” dit Jésus au malade qui se lève guéri.

C’est son unique réponse alors que ceux qui le menacent crachent leur venin, mais la foule, par ses hosannas, les avertit de ne pas faire de mal à Jésus.

Mais si Jésus est doux, Joseph d’Alphée ne l’est pas. Il se redresse en bombant la poitrine, rejetant sa tête en arrière pour paraître plus grand, et il crie:

“Eléazar, Ô toi qui avec tes pareils voudrais abattre le sceptre du Fils élu de Dieu et de David, sache que tu es en train de couper tout arbre, et le tien pour commencer, dont tu es si fier, car ton iniquité agite au-dessus de ta tête l’épée du Seigneur!”

Il dirait autre chose, mais Jésus lui met la main sur l’épaule en disant:

“Paix, paix, mon frère!”

Et Joseph, rouge d’indignation, se tait.

491.8 - Ils se dirigent vers la sortie. Et une fois hors de l’enceinte, on vient rapporter à Jésus que les chefs des prêtres et des pharisiens ont reproché aux gardes de ne pas avoir arrêté Jésus, et qu’eux s’étaient excusés en disant que personne n’avait jamais parlé comme Jésus. Réponse qui avait rendus fous de rage les princes des prêtres et les pharisiens, parmi lesquels il y avait plusieurs membres du Sanhédrin, au point que pour prouver aux gardes qu’il n’y avait que les sots qui pouvaient être séduits par un fou, ils voulaient aller l’arrêter comme blasphémateur, pour apprendre aussi à la foule à comprendre la vérité. Mais Nicodème, qui était présent, s’y était opposé en disant:

“Vous ne pouvez intenter une action contre Lui. Notre Loi défend de condamner un homme avant de l’avoir entendu et d’avoir vu ce qu’il fait. Et nous n’avons entendu et vu de Lui que des choses qui ne sont pas condamnables.”

Sur quoi la colère des ennemis de Jésus s’était retournée contre Nicodème qu’ils avaient menacé, insulté et bafoué, comme si c’était un sot et un pécheur. Et Eléazar ben Anna était parti personnellement avec les plus furieux, pour chasser Jésus, n’osant faire rien de plus à cause de la foule.

Joseph d’Alphée est furieux. Jésus le regarde et lui dit:

“Tu le vois, ô frère?”

Il n’en dit pas davantage… Mais il y a tant de choses dans ces mots! Il y a l’avertissement qu’il a raison, qu’il parle ou se taise, il y a le rappel de ses paroles, il y a l’indication de ce que sont en Judée les castes dominantes, de ce qu’est le Temple, et ainsi de suite.

Joseph baisse la tête et il dit:

“Tu as raison…”

Il se tait, pensif, puis à l’improviste il jette ses bras au cou de Jésus et il pleure sur sa poitrine en disant:

“Mon pauvre Frère! Pauvre Marie! Pauvre Mère!”

Je crois que Joseph, à ce moment, a l’intuition claire du sort de Jésus…

“Ne pleure pas! Fais, toi aussi, comme Moi, la volonté de notre Père!” dit Jésus pour le réconforter.

Et il l’embrasse pour le consoler.

491.9 - Quand Joseph est un peu calmé, ils se dirigent vers la maison où il loge et là ils se saluent en s’embrassant. Et Joseph, excessivement ému, dit comme dernières paroles:

“Va en paix, Jésus! Par dessus tout. Ce que je t’ai dit près de Nazareth, je te le répète, et plus fortement encore. Va en paix. Aie seulement le souci de ton travail. Pour le reste, moi, je m’en occupe. Va et que Dieu te réconforte.”

Et il l’embrasse encore, l’air paternel, et il le caresse comme pour laisser sur sa tête sa bénédiction de chef de famille. Puis Joseph salue ses frères. Aussi Simon les salue. Mais je remarque que Jacques, je ne sais pour quel motif, est plutôt réservé avec Joseph, et réciproquement. En revanche avec Simon il y a davantage d’affection.

Joseph dit à Jacques cette parole:

“Je dois donc dire que tu es perdu pour moi?”

“Non, frère. Tu dois dire que toi, tu sais où je suis et qu’il te revient de me trouver. Sans rancune. Je prie beaucoup pour toi, au contraire. Mais dans les choses de l’esprit, il ne faut pas prendre deux sentiers en même temps. Tu sais ce que je veux dire…”

“Tu vois que je le défends…”

“Tu défends l’homme et le parent. Ce n’est pas assez pour te donner ces fleuves de Grâce dont Lui parlait. Défends le Fils de Dieu, sans avoir peur du monde, sans calculs intéressés, et tu seras parfait. Adieu. Je te confie notre mère et Marie de Joseph…”

Je ne sais si Jésus a entendu, car il est occupé à saluer les autres nazaréens et galiléens. Une fois finies les salutations, il ordonne:

“Allons sur le Mont des Oliviers. De là, nous nous dirigerons en quelque lieu…”