488.4 - …Mais Jésus est bien plus près qu’ils ne le pensent. Sorti par quelque porte, il a fait le tour de l’Antonia et il est sorti de la Cité par la Porte du Troupeau pour descendre dans la vallée du Cédron, qui a très peu d’eau au milieu de son lit.

Jésus le passe en sautant sur les pierres qui émergent de l’eau et se dirige vers le Mont des Oliviers. En cet endroit ils sont touffus et encore mélangés aux maquis qui rendent sombre, je dirais funèbre, cette partie de Jérusalem, resserrée entre les murailles grises du Temple qui domine de ce côté par toute sa montagne et le Mont des Oliviers de l’autre côté. Plus au sud, la vallée s’éclaircit et s’élargit, mais ici elle est vraiment étroite, un coup d’ongle d’une griffe gigantesque qui a creusé un sillon profond entre le Moriah et le Mont des Oliviers.

Jésus ne va pas vers le Gethsémani, mais au contraire tout à l’opposé, en direction du nord, en marchant toujours sur la montagne qui ensuite s’élargit en une vallée sauvage où, davantage adossé à un autre cirque de collines basses et elles aussi sauvages et pierreuses, court le torrent qui dessine une courbe au nord de la ville. Aux oliviers succèdent les arbres stériles, épineux, tordus, ébouriffés, mêlés à des ronces qui envoient leurs tentacules de tous côtés. Un lieu très triste, très solitaire. Il a quelque chose d’infernal, d’apocalyptique. Quelques tombeaux, et rien de plus. Pas même des lépreux. Elle est étrange cette solitude qui contraste avec la foule de la ville si proche et si remplie de gens et de bruit. Ici, à part le gargouillement de l’eau sur les pierres et le bruissement du vent dans les arbres poussés entre les pierres, on n’entend aucun bruit. Il manque même la note joyeuse des oiseaux si nombreux dans les oliviers du Gethsémani et de l’Oliveraie. Le vent plutôt fort qui vient du nord-est et soulève des petits tourbillons de poussière, repousse la rumeur de la ville, et le silence, le silence d’un lieu de mort, règne dans l’endroit, oppressant, presque effrayant.

488.5 - “Mais on y va vraiment par là?” demande Pierre à Isaac.

“Oui, oui. On y va aussi par d’autres routes, en sortant par la Porte d’Hérode, et de préférence par celle de Damas. Mais il est bon que vous connaissiez les sentiers moins connus. Nous avons fait le tour de tous les environs pour les connaître et vous les enseigner. Vous pourrez aller ainsi où vous voudrez dans les environs, sans passer par les chemins habituels.”

“Et… peut-on se fier à ceux de Nobé?” demande encore Pierre.

“Comme à ceux de ta propre maison. Thomas, l’hiver dernier, Nicodème toujours, le prêtre Jean son disciple, et d’autres ont fait du petit village un endroit qui Lui appartient.”

“Et toi, tu as fait plus que tous” dit Benjamin (le berger).

“Oh! moi!! Alors tout le monde s’y est mis, si moi j’ai agi. Mais crois-moi, Maître, que tout autour de la ville, tu as des endroits sûrs…”

“Rama aussi… dit Thomas, qui tient à sa ville. Mon père et mon beau-frère ont pensé à Toi avec Nicodème.”

“Alors Emmaüs aussi” dit un homme qui ne m’est pas inconnu, mais je ne sais pas dire au juste qui il est, et aussi parce que j’ai trouvé plus d’un Emmaüs en Judée, sans parler de cette localité près de Tarichée.

“C’est loin pour aller et venir comme je fais maintenant. Mais je ne manquerai pas d’y venir quelquefois. Il ne s'agit donc pas d'Emmaüs de la montagne, proche de Jérusalem et village des pèlerins. Les autres villages recensés sont : Emmaüs de la plaine et Emmaüs de Tibériade.

“Et chez moi” dit Salomon.

“Là certainement au moins une fois pour saluer le vieil homme.”

“Il y a aussi Béther.”

“Et Bet-Çur.”

“Je n’irai pas chez les femmes disciples, mais quand ce sera nécessaire, je les ferai venir.”

“J’ai un ami sincère près de En Rogel Quartier de Jérusalem, au sud du Temple. . Sa maison t’est ouverte et personne de ceux qui te haïssent ne pensera que tu es si près d’eux” dit Étienne.

“Le jardinier des jardins du roi peut te donner l’hospitalité. Il est intime avec Manahen qui lui a obtenu cette place… et puis… tu l’as guéri un jour…”

“Moi? Je ne le connais pas…”

“Il était, à Pâque, parmi les pauvres que tu as guéris chez Kouza Chez Kouza en EMV 370.24. . Un coup de faux souillée de fumier lui faisait pourrir la jambe et son premier maître l’avait renvoyé pour ce motif. Il mendiait pour ses enfants et tu l’as guéri. Manahen l’a placé aux jardins, lui ayant obtenu la place dans un bon moment de l’Antipas. Maintenant cet homme fait tout ce que Manahen lui dit. Et pour Toi ensuite…” dit Mathias (le berger).

488.6 - “Je n’ai jamais vu Manahen avec vous… dit Jésus en fixant longuement Mathias qui change de couleur et se trouble. Viens en avant avec moi.”

Le disciple le suit.

“Parle!”

“Seigneur… Manahen s’est trompé… Lors de la tentative de couronnement de Jésus (Cf. EMV 464.8). et il souffre beaucoup comme Timon et quelques autres encore. Ils n’ont pas de paix car tu…”

“Ils ne vont pas croire que j’ai de la haine pour eux…”

“Oh! non! Mais… ils ont peur de tes paroles et de ton visage.”

“Oh! quelle erreur! C’est justement parce qu’ils se sont trompés qu’ils doivent venir au Remède. Sais-tu où ils sont?”

“Oui, Maître.”

“Alors va les trouver et dis-leur que je les attends à Nobé.”

Mathias s’en va sans perdre de temps.

Le sentier de la montagne s’élève donnant de Jérusalem une vue complète quand on la voit du nord… Jésus, avec les siens, lui tourne le dos en allant précisément dans la direction opposée à la ville.