“Les paroles de Gamaliel!” s’écrie Simon.

“…que je ne suis pas un roi, mais le Roi, c’est cette haine de tout l’enfer et du monde entier envers Moi? Je dois enseigner, souffrir, vous sauver. C’est cela que je dois faire. Et cela Satan ne le veut pas et les satans ne le veulent pas.

478.10 - L’un de vous a dit: “Les paroles de Gamaliel”. Voici: lui n’est pas mon disciple et il ne le sera jamais tant que je serai de ce monde, mais c’est un juste. Eh bien: parmi ceux qui me proposent et qui vous proposent le pauvre royaume humain, y a-t-il par hasard Gamaliel?”

“Oh! non! dit Simon. Étienne a dit que le rabbi, ayant appris ce qui est arrivé chez Chouza, s’est écrié: “Mon esprit tressaille en se demandant si Lui peut être vraiment ce qu’il dit. Mais toute question serait morte avant de se former dans mon esprit, et pour toujours, s’il avait consenti à cette chose. L’Enfant, que j’ai entendu, a dit que l’esclavage comme la royauté ne seront pas ce que nous croyons, en comprenant mal les prophètes, c’est-à-dire matérielles, mais de l’esprit, grâce au Christ, Rédempteur de la Faute et Fondateur du Royaume de Dieu dans les esprits.

Je me rappelle ces paroles, et c’est sur elles que je juge le Rabbi. Si, en le jugeant, je le trouvais au-dessous de cette hauteur, je le repousserais comme un pécheur et un menteur. Et j’ai tremblé de voir se dissoudre dans le néant l’espérance que cet Enfant m’a donnée”

“Oui, mais en attendant, il ne l’appelle pas le Messie” dit Joseph.

“Il attend un signe, dit-il” répond Simon.

“Et Toi, donne-le-lui, alors! Et qu’il soit puissant.”

“Je lui donnerai ce que je lui ai promis, mais pas maintenant.

478.11 - Vous, allez à cette fête. Moi je n’y viens pas publiquement, comme rabbi, comme prophète, pour m’imposer, car ce n’est pas encore mon temps.”

“Mais, au moins, tu viendras en Judée? Tu donneras aux juifs des preuves qui les convainquent? Pour qu’ils ne puissent pas dire…”

“Oui. Mais crois-tu qu’elles serviront à me procurer la paix? Frère, plus j’agirai et plus je serai haï. Mais je te contenterai. Je leur donnerai les preuves les plus grandes qui puissent exister… et je leur dirai des paroles capables de changer des loups en agneaux, des pierres dures en cire molle. Mais cela ne servira à rien…”

Jésus est triste.

“Je t’ai fait souffrir? Je le disais pour ton bien.”

“Non, tu ne me donnes pas du chagrin… Je voudrais pourtant que tu me comprennes, que toi, mon frère, tu me voies pour ce que je suis… Je voudrais m’en aller avec la joie de te savoir mon ami. L’ami comprend et il veille sur les intérêts de l’ami…”

“Et moi, je te dis que je le ferai. Je sais qu’ils te haïssent. Désormais, je le sais. C’est pour cela que je suis venu. Mais tu le sais: je veillerai sur Toi. Je suis l’aîné, je réfuterai les calomnies et je penserai à ta Mère” promet Joseph.

“Merci, Joseph. Il est grand mon fardeau et tu l’allèges. La douleur, une mer, s’avance avec ses flots pour me submerger et avec elle la haine… Mais si j’ai votre amour, ce n’est rien. C’est que le Fils de l’homme a un cœur… et ce cœur a besoin d’amour…”

“Et moi, je te le donne. Oui. Sous l’œil de Dieu qui me voit, je te dis que je te le donne. Va en paix, Jésus, à ton travail. Je t’aiderai. Nous nous aimions bien. Puis… Mais maintenant redevenons ce que nous étions autrefois, l’un pour l’autre. Toi: le Saint; moi: l’homme, mais unis pour la gloire de Dieu. Adieu, Frère.”

“Adieu, Joseph.”

Ils s’embrassent. C’est le tour de Simon qui demande:

“Bénis-nous pour que nos cœurs s’ouvrent à toute la Lumière.”

Jésus les bénit et, avant de les quitter, il leur dit encore:

“Je vous confie ma Mère…”

“Va en paix. Elle aura deux fils en nous.”

Ils se quittent.

478.12 - Jésus revient sur la route et, avec Jean à côté de Lui, il se met à marcher vite, très vite.

Après un bon moment, Jean rompt le silence pour demander:

“Mais Joseph d’Alphée, il est convaincu ou non, désormais?”

“Pas encore.”

“Et alors, Toi, qu’es-tu pour lui? Messie? Homme? Roi? Dieu? Je n’ai pas bien compris. Il me semble qu’il…”

“Joseph est comme dans un de ces rêves du matin où l’esprit se rend déjà à la réalité en se dégageant d’un lourd sommeil qui lui donnait des rêves irréels, parfois des cauchemars. Les fantômes de la nuit s’éloignent, mais l’esprit flotte encore dans le rêve qu’on ne voudrait pas voir finir parce qu’il est beau… Pour lui, c’est cela. Il approche du réveil, mais pour l’instant il caresse encore son rêve. Il le retient pour ainsi dire car, pour lui, il est beau… Mais il faut savoir prendre ce que l’homme peut donner, et louer le Très-Haut pour la transformation survenue jusqu’à présent. Bienheureux les enfants! Il est si facile pour eux de croire!”

Et Jésus passe un bras à la taille de Jean, qui sait être enfant et croire, pour lui faire sentir son amour.